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Cultures multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

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Le Joli Mai

de Chris Marker et Pierre Lhomme
Printemps. Cinquante ans après sa sortie, Arte Editions a la bonne idée de sortir en DVD ce documentaire signé Chris Marker (1921-2012) et Pierre Lhomme. Paris, printemps 1962. Les accords d’Evian scellent la fin de la guerre d’Algérie. Après Chronique d’un été (1960) de Jean Rouch et Edgar Morin, les deux réalisateurs saisissent l’air du temps, des sujets les plus graves aux plus futiles. Cette promenade dans Paris, avec la voix d’Yves Montand, est un précieux instantané en noir et blanc de la France. Ce qu’elle était, ce qu’elle aurait pu être et ce qu’elle deviendra.
Le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme, avec Yves Montand, Chris Marker, Simone Signoret (FRA, 1963, 2h16), 24,99 euros (éditions 2 DVD), indisponible en blu-ray.

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Room 237

de Rodney Ascher
Culte. Depuis sa sortie en 1980, Shining de Stanley Kubrick est devenu un film d’horreur culte. Ce film, adapté d’un roman de Stephen King (voir par ailleurs), concentre les peurs dans la fameuse chambre 237 de l’Overlook hôtel. Rodney Ascher étudie chaque détail du film de Kubrick pour essayer d’en révéler le sens caché. Pour cela, il donne la parole à des fans éclairés qui livrent leurs interprétations. Des plus savantes aux plus délirantes, ces analyses démontrent en tout cas la richesse presque infinie de cette œuvre de Kubrick.
Room 237 de Rodney Ascher, avec Jay Weidner, Buffy Visick, Scatman Crothers (USA, 2013, 1h47), 19,99 euros (DVD), indisponible en blu-ray. Sortie le 27 novembre.

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Sherrybaby

de Laurie Collyer
Fiction. Lorsque Sherry Swanson sort de prison, elle a arrêté la drogue. Désormais, son seul objectif, c’est de gagner la garde de sa fille prise en charge par son frère et son épouse. La documentariste américaine Laurie Collyer réalise ici sa première œuvre de fiction. Heureusement, elle ne tombe pas dans le mélo social larmoyant. Une partie de ce mérite revient à Maggie Gyllenhaal, excellente en mère de famille prête à tout pour sa fille. Du cinéma du réel indépendant, à la fois juste et sobre. On en redemande.
Sherrybaby de Laurie Collyer, avec Maggie Gyllenhaal, Brad William Henke, Sam Bottoms (USA, 2009, 1h36), 9,99 euros (DVD), indisponible en blu-ray. Sortie le 3 décembre.

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American Nighmare

de James DeMonaco
« Purge ». Une fois par an, pendant 12 heures, on peut tout faire, y compris tuer son prochain. C’est ce que propose le gouvernement américain dans un futur proche. Comme dans les années 1970, James DeMonaco utilise le film d’horreur pour tenir un propos politique et critiquer la société américaine, accusée d’être en pleine dérive. La « Purge » (titre original du film) est supposée permettre d’éliminer les plus faibles, tout en faisant baisser l’insécurité. American Nightmare traduit bien les angoisses et les dérapages de notre époque, sans toutefois atteindre la justesse de George Romero.
American Nightmare de James DeMonaco, avec Ethan Hawke, Lena Headey, Max Burkholder (USA, 2013, 1h26), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 10 décembre.

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Electrochoc, L’intégrale 1987-2013

de Laurent Garnier et David Brun-Lambert
Haçienda. L’histoire de la musique électronique vue à travers l’exceptionnel parcours du DJ et producteur Laurent Garnier, c’est ce que propose ce livre ambitieux et passionnant. Aidé par le journaliste et producteur délégué chez France Culture, David Brun-Lambert, Laurent Garnier commence par évoquer Manchester, le quartier sinistré de Whitworth Street et les murs en brique rouge d’un club mythique : l’Haçienda. Il jouera là-bas sous le nom de DJ Pedro. Et après, plus rien ne sera pareil. Garnier parle aussi de Détroit, de Chicago, des raves-party… Jusqu’à aujourd’hui. A 47 ans, sa voix (et sa plume) portent comme jamais.
Electrochoc, L’intégrale 1987-2013 de Laurent Garnier et David Brun-Lambert (Flammarion), 300 pages, 21 euros.

couv du livre

Mercantour Sauvage

de Caroline Audibert
Nature. Oiseaux, papillons, renards, vautours, chouettes, chevreaux, vipères, marmottes… Difficile de citer ici tous les animaux photographiés par Cédric Robion. Une certitude, ce sont de longs mois de travail dans le Mercantour qui ont été nécessaires pour livrer des photos de cette qualité. Forêts, plateaux, alpages, gorges, les 176 pages de ce livre permettent de se faire une idée assez juste de la richesse de ce parc national de 685 km2, créé en 1979, à cheval entre les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence. Le texte de Caroline Audibert insiste sur la préservation de cette nature.
Mercantour Sauvage de Caroline Audibert, photos de Cédric Robion (éditions Gilletta Nice-Matin), 176 pages, 34,90 euros.

couv du livre

Docteur Sleep

de Stephen King
Pari. Il fallait oser. 36 ans après The Shining, l’enfant lumière (1977), publier une suite était risqué. Mais Stephen King a relevé ce pari casse-gueule. Et pas qu’un peu. Popularisé en 1980 par le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Shining est devenu un véritable mythe et une incroyable source d’inspiration (Room 237 de Rodney Ascher). Dans Docteur Sleep, on suit le petit Danny Torrance devenu grand. Alcoolique, il erre de ville en ville. Sa mère est morte. Dan ressemble de plus en plus à son père. Et tout va basculer. Après 22/11/63 (2011), King confirme sa capacité à effrayer et à marquer l’inconscient collectif.
Docteur Sleep de Stephen King (Albin Michel), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nadine Gassié, 592 pages, 25 euros.

couv de la BD

Les Ombres

de Zabus et Hippolyte
Allégorie. On se souvient de sa superbe vision de Dracula (1897) de Bram Stoker (1847-1912). Le dessinateur Hippolyte est de retour avec pour scénariste Vincent Zabus pour mettre en image une pièce de théâtre de ce dernier. Avec pour thématique le départ et l’exil, Les Ombres fait bien sûr écho aux réfugiés politiques. Les Ombres est aussi une allégorie sur cette actualité que l’on regarde à la télé, parfois avec indifférence. Ces ombres sont ceux qu’on ne voit pas, ceux qu’on ne voit plus mais qui ont pourtant été contraints à partir, arrachés à leurs racines, pour échapper à leurs bourreaux.
Les Ombres de Zabus et Hippolyte (Phébus), 184 pages, 24 euros.

couv de la BD

C’est toi ma maman ?

d’Alison Bechdel
7. C’est long 7 ans. C’est le temps qu’il a fallu pour qu’arrive à Monaco et en France la suite de Fun Home (2006). L’édition originale américaine Are You My Mother ? est sortie au premier semestre 2012. Depuis, on attendait la traduction. Alison Bechdel parle des relations avec sa mère, actrice de théâtre amateur qui a épousé un homosexuel contrarié, avec qui elle a eu quatre enfants. Moins facile d’accès que Fun Home, C’est toi ma maman ? n’est pas une œuvre linéaire. Les travaux des psychanalystes Donald Winnicott et Virgina Woolf nourrissent aussi cette BD d’une rare intelligence.
C’est toi ma maman ? d’Alison Bechdel (Denoël Graphic), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lili Sztajn et Corinne Julve, 304 pages, 24 euros.

pochette de l'album

Horizons

Détroit
Noirceur. Détroit, c’est donc le nouveau projet de Bertrand Cantat, associé au bassiste Pascal Humbert. Le très beau et très mélancolique single Droit dans le soleil révélé sur internet en octobre, a été coécrit au Liban avec le metteur en scène Wajdi Mouawad. Mais voici enfin l’album Horizons. L’ex-leader de Noir Désir signe indiscutablement un disque d’une grande beauté. Tantôt électrique, tantôt acoustique, il séduit dès la première écoute. Null and Void, chanté en anglais par Cantat, rappelle le dernier album de Noir Désir, Des visages, des figures (2001). Sa voix cassée et plaintive n’a rien perdu de sa force. Sa noirceur fait le reste.
Horizons, Détroit (Barclay), 15,99 euros.

pochette de l'album

Les chansons de l’innocence retrouvée

Etienne Daho
Eden. La pochette des Chansons de l’innocence retrouvée est un écho à Eden (1996) un autre album d’Etienne Daho. Si la photo signée Richard Dumas ne laisse pas indifférent, le contenu de l’album enregistré entre New York et Londres n’est pas en reste. Décrit par Daho comme « intense, disco et noir », Les chansons de l’Innocence retrouvée est aussi l’occasion de profiter d’invités prestigieux, d’Au Revoir Simone à Yan Wagner. La peau dure, deuxième single très pop de cet album, frappe juste. Attention : suite à des problèmes de santé, les concerts prévus au printemps ont été repoussés à l’automne 2014.
Les Chansons de l’Innocence retrouvée, Etienne Daho, (Polydor/Universal), 17,99 euros.

pochette de l'album

If All Now Here

Feathers
Mystérieux. Petite séance de rattrapage. Perdu dans les sorties de ces derniers mois, le disque des quatre filles de Feathers méritait que l’on s’y attarde. Anastasia Dimou (chant, guitare), Kathleen Carmichael (claviers), Courtney Voss (basse) et Jordan Johns (batterie) sont originaires d’Austin et ont créé Feathers en 2011. Cet album électro-pop s’est imposé grâce au très efficace single Land of the Innocent. Difficile de ne pas succomber à la voix d’Anastasia Dimou et à ce son qui lorgne avec insistance et élégance du côté de la cold wave. Mixés par Steven DePalo de Cold Cave, les 10 titres de If All Now Here sont à la fois beaux et mystérieux.
If All Now Here, Feathers (Nyx), 8,99 euros (téléchargement iTunes).