Monte-Carlo tennis club

Coupe Davis
Monaco décroche le maintien

SPORT / Début février, Monaco a battu la Biélorussie en Coupe Davis groupe II. Le deuxième tour se déroulera du 5 au 7 avril, contre la Lettonie. L’occasion de plonger dans l’univers du tennis monégasque.

Le tennis monégasque et son équipe nationale font rarement la Une des journaux. Il faut dire qu’ils n’évoluent qu’en troisième division. Pendant que les nations comme la France, l’Espagne, les Etats-Unis ou plus récemment la Serbie jouent en « World Group », c’est-à-dire en première division, les Monégasques ont des objectifs plus modestes bien sûr. Du 1er au 3 février, Monaco était opposé à la Biélorussie pour jouer le maintien dans le groupe II de la zone Euro-Africaine. Loin d’être favoris au départ, ils ont gagné 3-1, avec un dernier match non joué d’un commun accord entre les deux parties. Une jolie performance avec notamment un Benjamin Balleret en grande forme qui a signé 3 victoires en 3 matchs, deux en simples et une en double. Rendez-vous pour le second tour du 5 au 7 avril contre la Lettonie.

Portrait du joueur

Christophe Boggetti © Photo L’Obs’

« Sacrifices »

Capitaine de l’équipe de tennis de Monaco, Christophe Boggetti explique à L’Obs’ les spécificités de son métier en principauté.

Votre parcours ?
J’ai d’abord été joueur et cela fait 30 ans que je suis à la fédération. Puis, je suis devenu directeur technique national. Ça allait dans le sens de ce que voulait ma présidente : je m’occupe un peu de l’entraînement et surtout de l’équipe.

Vous êtes en contact régulier avec vos joueurs ?
Tout dépend. S’ils sont à l’étranger, je ne suis pas leur entraîneur. Mais quand la compétition s’approche, je glane un maximum d’informations. Puis, je commence à discuter avec eux. Ce qui n’est pas toujours simple. Car comme avant deux joueurs faisaient souvent le tour du monde, il était alors difficile de bien sentir les choses par le biais de Skype ou de simples messageries sur internet.

La différence entre votre travail et celui du capitaine de l’équipe de France par exemple ?
La grosse différence c’est que l’équipe de France a la fédération de tennis la plus riche du monde. Le capitaine est salarié à plein temps. Sinon les autres capitaines sont souvent des employés de la fédération qui s’occupent du sport de haut niveau et qui ont la casquette de capitaine en Fed Cup ou en Coupe Davis. Après, dans la réalité des choses, on est souvent capitaine pour 10 ans. Après, le discours doit un peu changer. Et on laisse la place aux jeunes.

Vous dites quoi à vos joueurs pour les préparer ?
Ce sont des joueurs qui ont toujours été très sérieux. Donc j’essaie de les mettre dans de bonnes conditions, de les chouchouter un peu. Mon rôle est différent par rapport à un jeune joueur. Mes joueurs savent se gérer. Avec des jeunes, il y aurait moins de rigueur.

C’est plus facile alors ?
Mes joueurs se prennent en main. Ensuite, j’utilise la notion de sport d’équipe, qu’ils ne connaissent pas. Ensuite, ils se retrouvent à 4, ils s’entendent assez bien, donc c’est plus facile pour moi. Sinon, je fais aussi de petits matchs d’équipe pour cimenter cet esprit. Ils se sentent bien aussi quand quelqu’un prend en main tous les aspects extérieurs. Ce qui leur permet ensuite de se concentrer uniquement sur leur jeu.

Mais vous avez une équipe vieillissante !
Par rapport à la fédération monégasque, les fédérations qui ont de très grands champions ont très souvent une base de joueurs en « initiation » très importante. Ce qui n’est pas notre cas. Ensuite, il faut savoir que tout ça demande aussi beaucoup de sacrifices pour les familles, tous les week-ends et tout l’été.

Pourquoi ?
Parce qu’il faut assurer les déplacements des joueurs jusque dans les Bouches-du-Rhône. D’ailleurs, dans les belles histoire du tennis, comme celle du joueur serbe Novak Djokovic, il y a eu dès le départ une véritable volonté familiale. Ce qui est difficile ici. Mais on a quand même un ou deux jeunes prometteurs.

Donc la relève de votre équipe est assurée ?
Les premiers pas et les premiers échelons sont très faciles à gravir. C’est ensuite que ça devient très difficile. Car vous avez dans chaque club un espoir, qui progresse jusqu’à un certain niveau. Et puis, vous vous retrouvez proche de l’élite. C’est là qu’il y a beaucoup de déchets.

C’est-à-dire ?
Vous avez un nombre de jeunes joueurs de 15-16 ans qui jouent très bien. Mais après, pour être dans le top du classement français, 90 % des jeunes stagnent. Chez nous, nos jeunes progressent et ils peuvent prétendre un jour à une place intéressante. Pour réussir en troisième division de Coupe Davis, il faut un joueur entre la 200ème et 300ème place mondiale à l’Association des joueurs de tennis professionnels (ATP). Mais c’est très difficile.

Vous avez de jeunes joueurs avec ce profil ?
On a un petit pôle d’élite fédéral au sein du Monte-Carlo Country Club (MCCC) avec 4 ou 5 joueurs, dont un Monégasque de 17 ans que l’on a pris en main. Sinon, on a aussi trois autres joueurs, dont un qui commence à glaner des points ATP.

C’est possible de développer encore le tennis monégasque ?
Difficile de chercher plus en matière de développement vu les caractéristiques de la vie monégasque. Car les familles viennent de partout. Et bien souvent pour les week-ends d’été ou d’hiver, ils partent. Du coup, les attirer au MCCC, qui est le seul club fédéral de la fédération monégasque de tennis, n’est pas facile.
_Propos recueillis par Romain Chardan

Portrait du joueur

Benjamin Balleret © Photo L’Obs’

Benjamin Balleret

Date de naissance : 15/01/1983
Mensurations : 1m85/85 kg, droitier
Classement : 571 à l’ATP
(meilleur classement : 204)
Né à Monaco, c’est le plus jeune de cette équipe monégasque, malgré ses 30 ans. Dès l’âge de 2 ans, il se retrouve avec sa raquette « devant le mur au club à faire mes gammes. » Issu d’une famille de sportifs, avec pas mal de tennismen, il n’hésite pas à tenter d’autres sports avant de se concentrer sur le tennis. Compétiteur, « Balou », comme il est surnommé, intègre le circuit junior à 16 ans. Après 14 ans passés à sillonner le monde, Balleret avoue avoir failli raccrocher après une blessure en 2012. Mais la motivation est finalement revenue chez ce supporter de l’AS Monaco. Pour le moment, il ne s’est pas fixé de limite de temps : c’est son corps qui lui dira quand arrêter le tennis. Avant, peut être, de se tourner vers une carrière d’entraîneur.

Portrait du joueur

Guillaume Couillard © Photo L’Obs’

Guillaume Couillard

Date de naissance : 10 décembre 1975
Mensurations : 1m84/75 kg droitier
Classement : 946 (double) à l’ATP
(meilleur classement en double : 839)
A 38 ans, c’est le grand frère du groupe. Egalement entraîneur et formateur au sein de la fédération monégasque de tennis, Couillard continue de jouer en double, en attendant que la relève soit prête. Il a commencé à jouer à l’âge de 7 ans. Mais là où il se différencie des autres, c’est le moment qu’il a choisi pour se lancer à fond dans le monde du tennis : « J’ai vraiment décidé d’en faire mon métier à l’âge de 20 ans. » 11 ans plus tard, il avoue que l’adrénaline des matchs lui manque un peu. Mais que la Coupe Davis compense en partie ce manque. Il trouve aussi une compensation dans les matchs de ses poulains, qu’il vit comme s’il était sur le court.

Portrait du joueur

Thomas Oger © Photo L’Obs’

Thomas Oger

Date de naissance : 22/03/1980
Mensurations : 1m87/72kg, ambidextre
Classement : 1 283 à l’ATP/858 en double (meilleurs classements : 249 (simple) et 138 (double))
L’âme solitaire du groupe. Après avoir essayé plusieurs sports, Oger s’est tourné vers le tennis, un sport pour lequel il avait « des aptitudes, donc ça s’est fait naturellement. » Après avoir tourné sur pas mal de tournois dans le monde, Thomas Oger se contente aujourd’hui de jouer en France. Parallèlement, il s’investit de plus en plus dans la fédération monégasque. Une « manière d’aider » pour ce joueur de 33 ans. Si jouer lui permet de rester en forme, « car c’est en étant en forme qu’on prend du plaisir », ce mauvais perdant a déjà commencé à passer ses diplômes d’entraîneur : « C’est pour ma reconversion. Et pour passer le flambeau quand je raccrocherai. »

Portrait du joueur

Jean-René Lisnard © Photo L’Obs’

Jean-René Lisnard

Date de naissance : 25/09/1979
Mensurations : 1m73/71 kg, droitier
Classement : Non classé
(meilleur classement : 84)
Retraité des courts depuis l’an dernier, Jean-René Lisnard s’est tout naturellement tourné à 34 ans vers une carrière d’entraîneur. Notamment avec de jeunes joueurs pour commencer. Même si « prochainement ça va changer », comme il l’a expliqué à L’Obs’. Un métier qu’il « adore. » D’ailleurs, puisque c’est ce qu’il « fait de mieux, autant y rester. » C’est vrai qu’il aurait été dommage de quitter le tennis après un bilan honorable. Avec 19 participations à des grands chelem dans le tableau final en 15 ans de carrière professionnelle, Lisnard affiche le meilleur bilan de l’équipe monégasque. Un bilan auquel s’ajoutent quelques belles victoires. « J’ai battu quelques mecs du top 20. Comme Andy Murray, Thomas Berdych ou Richard Gasquet. Et j’ai aussi atteint le 3ème tour de l’Open d’Australie. » Pas si mal. Faire partager cette expérience au tennis monégasque pourrait l’intéresser. « Mais si on me le propose. » A suivre.