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Coup d’accélération
pour MonacoTech

INNOVATION/Inspiré de Station F, l’incubateur parisien signé Xavier Niel, MonacoTech sera lancé à l’automne. Une vingtaine de start-ups pourront s’installer pour diversifier l’économie du pays vers une industrie technologique à forte valeur ajoutée.

Ils fleurissent — voire pullulent — aux quatre coins de la France. On les appelle incubateurs, accélérateurs, pépinières ou encore couveuses. A l’automne, la Principauté surfera sur la vague start-up en ouvrant son premier incubateur-accélérateur du coté de Fontvieille. Hasard fortuit, ce sont dans les 820 m2 de la zone F, avenue Albert II, juste en dessous des bureaux de Monaco Telecom, que seront installés ces jeunes pousses. Un clin d’œil à l’un de ses plus fervents défenseurs, Xavier Niel, qui vient d’ouvrir le 1er juillet à Paris Station F (34 000 m2 pour 3 000 postes de travail) décrit comme « le plus grand campus de start-up au monde ». L’ombre du « serial-entrepreneur » plane sur la réalisation monégasque. Notamment parce que c’est sa prise de participation majoritaire dans Monaco Telecom qui a mis le pied à l’étrier du projet. Des locaux qu’il aurait minutieusement aménagés…

Conserver la matière grise

Cette arrivée précède la création de l’Observatoire de l’industrie lancé en 2015. Impulsée par Michel Roger, l’ancien ministre d’Etat, cette institution doit délivrer des pistes de diversifications économiques. Les préconisations se tournent vers une évolution nécessaire de l’industrie de fabrication, consommatrice d’espace et de main d’oeuvre, vers une industrie à plus forte valeur ajoutée au contenu technologique et intellectuel. Ou comment conserver la matière grise et encourager l’innovation pour parer aux contraintes géographiques. Ce bon « alignement des planètes » mène la Principauté vers un positionnement plus crédible stratégique vers une place d’innovation. « On veut ce qui fait sens à Monaco et qui a besoin de la Principauté pour se développer. On ne veut pas incuber pour qu’ils partent ailleurs », souligne Fabrice Marquet, directeur de MonacoTech. Pour se donner les moyens de réussir, le gouvernement présente des tarifs abordables : 150 euros par mois et par poste de travail pour l’incubation et 300 euros pour l’accélération. 60 postes de travail seront disponibles, ainsi qu’un espace de coworking et deux “Fab labs”, des laboratoire de fabrication de 25 et 35 m2 pour mettre au point leurs futures technologies. Les entrepreneurs bénéficieront aussi de l’écosystème monégasque florissant qui dispose de moyens importants, de compétences remarquables et de temps. Des passerelles naturelles se feront aussi avec Station F.

18 nationalités

L’engouement autour de la création de cet incubateur-accélérateur est certain. Lors de la première session de sélection en juillet, 67 projets (représentant 18 nationalités différentes) ont été déposés. Seul cinq ont été retenus par le jury. « On a eu 3 ou 4 projets qu’on a écarté, le reste était crédible et adapté. Donc le choix était dur », raconte Fabrice Marquet. En septembre, MonacoTech espère encore dénicher des jeunes entreprises dynamiques essentiellement dans trois secteurs : la finance (FinTech), la santé (HealthTech) et l’écologie (CleanTech). Potentiel économique, caractère innovant avec une preuve de concept de la technologie et entretien sont les passages obligés pour convaincre un jury exclusivement masculin et éclectique où l’on retrouve aussi bien Nicolas Brunel, directeur des investissements du groupe LVMH, Antoine Grimaud, co-fondateur de la société PayPlug, François-Xavier Leclerc, membre de la direction de l’expansion économique ou encore Thierry Crovetto, élu de la Nouvelle Majorité.

Positionner Monaco comme place de l’innovation

Mais qu’y gagne Monaco ? « Le but n’est pas une participation dans le capital des sociétés, contrairement à ce que proposent les autres structures. Ce qui nous intéresse, ce sont les retombées économiques indirectes comme la TVA et la création d’emploi », confie Alexandra Bogo, chargée de mission au département des finances. MonacoTech serait aussi la première pierre pour positionner clairement le micro-Etat sur la carte mondiale de l’innovation. Et si la mayonnaise prenait, il serait assez vite envisagé de mobiliser des surfaces supplémentaires pour permettre à ces jeunes pépites de devenir de vraies mines d’or.

 

PORTRAIT/

Fabrice Marquet : « Que MonacoTech reste profitable au pays »

Fabrice Marquet, 35 ans, est le directeur de MonacoTech. Parmi les 120 candidatures reçues, c’est le profil du Monégasque qui a tapé dans l’œil du gouvernement. Après toute une scolarité en Principauté, il intègre l’ESPCI, école d’ingénieur parisienne, puis file vers Columbia, prestigieuse université américaine. Son domaine de prédilection ? La recherche médicale. « Quand j’ai vu l’offre, je pensais me “faire incuber” et monter ma propre boîte. Je croyais que c’était mon seul moyen de revenir dans mon pays… », explique le jeune père de famille. Depuis son recrutement, Fabrice Marquet vit start-up 24h/24. « On veut que ce qui sort de MonacoTech reste un business profitable à Monaco. Il y a tout ici pour créer une telle structure. » Comme un ange-gardien, il sera chargé de prendre soin des arrivants. Mais ce multi-diplômé devra aussi gérer les troupes et réprimander ceux qui ne suivraient pas leur feuille de route. « Le but, c’est qu’ils créent et que ce soit des succès », insiste-t-il. Défendant pourtant la structure monégasque d’être un « hôtel à start-up rentable ». Il imagine MonacoTech comme une enceinte flexible et réactive où règnera « l’émulation collective ». Depuis plusieurs mois, il porte « ce sacré challenge » à bout de bras pour faire en sorte que les premiers incubés et accélérés deviennent des porte-étendards de l’industrie monégasque nouvelle génération. _A-S.F.

 

www.KeeSystem

« MonacoTech, c’est le deuxième étage de la fusée »

CHOIX/KeeSystem est l’une des premières start-up à avoir été sélectionnée pour intégrer l’incubateur-accélérateur MonacoTech. Une société monégasque qui a déjà fait ses preuves dans les Fintech.

Un géomètre qui crée à 23 ans un outil numérique pour les gestionnaires de fortune, ça ne se croise pas à tous les coins de rue… C’est pourtant le profil de Pierre-Alexandre Rousselot, fondateur de KeeSystem. En 2004, son père crée l’une des toutes premières sociétés de gestion monégasque, Capital Invest. Il demande à Pierre-Alexandre, passionné de mathématiques et de code, de lui créer un logiciel de gestion d’entreprise. Le fiston, qui « a appris la gestion de fortune au biberon », s’exécute. « A cette époque, j’étais géomètre le jour, programmateur la nuit… »

Outil complet

Lorsque son père vend la société à Julius Baer Monaco, c’est le déclic. La banque demande à intégrer le logiciel dans le deal. Ce sera le premier client de Pierre-Alexandre Rousselot, qui lance KeeSystem en 2009. L’éditeur de solutions propose un outil complet, Keesense, qui permet une gestion manuelle ou automatisée des ordres, donne en quelques clics une vision globale ou détaillée des actifs sous gestion ou encore automatise les contrôles de compliance (1). Depuis 2012, le bouche à oreille joue à plein. Et la société a récemment franchi un palier, embauchant de nouveaux spécialistes (notamment un ergonome) et un poids lourd, Cédric Cazes, ex-directeur commercial chez Barclay’s Monaco, séduit par l’aventure start-up. Aujourd’hui, la Fintech, qui a fait un million d’euros de chiffre d’affaires en 2016 — et presque autant sur 6 mois en 2017 —, compte 35 clients, surtout des sociétés de gestion, des Family Office et depuis le vote de la loi en 2016, des Multi Family Office, entre Monaco, la Suisse et le Luxembourg. « Genève, qui abrite 1 800 sociétés de gestion, est une cible évidente. C’est le Disneyland de la gestion de fortune et c’est à 40 minutes d’avion. Quant au Luxembourg, c’est la place financière européenne, dont on peut s’inspirer », souligne le trentenaire, toujours plein de projets. KeeSystem propose ainsi MyKeeApp, une fonctionnalité mobile pour les petites ou moyennes structures de gestion. « Grâce à cette innovation, le client, qui a différents comptes bancaires peut avoir une vision consolidée de ses actifs. C’est un service que certaine grandes banques n’offrent même pas à leur clientèle… C’est un avantage concurrentiel pour le gérant indépendant et un vrai plus pour le client final », loue Cédric Cazes, directeur des opérations stratégiques.

Fab-lab

Un positionnement qui a peut-être convaincu le jury de MonacoTech. En juillet, le fondateur de KeeSystem a en effet appris que sa société avait été retenue pour intégrer le fab-lab de l’accélérateur de la zone F. « Pour nous, l’accélérateur, c’est le deuxième étage de la fusée. Le mentoring et les conseils que MonacoTech va nous apporter va nous permettre d’évoluer à un moment clé », explique Pierre-Alexandre Rousselot, qui avoue avoir mis ses tripes sur la table devant les membres du jury. En croissance, la Fintech a choisi le bon créneau, « tendance » des gérants de fortune indépendants. On a même déjà proposé au jeune entrepreneur de lui racheter ses parts. « Pas question de casser mon jouet », prévient-il en rigolant.

_Milena Radoman

(1) L’objectif de la « compliance » (conformité) est de s’assurer du respect des règles établies au sein des établissements financiers.

 

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Les autres lauréats sont…

L’incubateur-accélérateur monégasque accueillera quatre autres pensionnaires dès le 18 septembre : CIEL (drônes), Hyve (réseau social orienté événements), TerraioT (IoT « Internet des Objets » à grande échelle) et YouStock (stockage intelligent).

 

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« Pas de marché, pas de levier ! »

CLÉS/La première cause de mortalité pour les start-up est de n’avoir pas trouvé leur marché. D’où l’intérêt d’assurer en amont une stratégie béton…

C’est bien d’avoir une idée innovante, c’est mieux de pouvoir assurer sa viabilité. Or « selon une étude américaine récente, 42 % des start-up échouent car elles n’ont pas réussi à répondre à deux questions essentielles : Que dois-je vendre ? Et à qui ? En clair, leur produit ou leur service n’a pas trouvé leur marché et la conséquence est immédiate : pas de marché, pas de vente. Pas de croissance, pas de levier ! » observe Lyonel Sireuille. C’est en partant de ce constat que ce Français, basé depuis plus de 20 ans en principauté, a décidé de créer The Idea Starter Company, et d’accompagner les sociétés innovantes, qu’il s’agisse de PME ou de grands groupes. En commençant par décortiquer la novation d’un produit. « L’innovation est la résultante de trois ingrédients essentiels : le projet doit-être connecté avec son temps donc enviable, réalisable techniquement et viable financièrement, voire rentable rapidement. » Pour chaque projet qui leur est soumis, Lyonel Sireuille et son équipe — notamment la société Vianeo — “cartographient” l’écosystème de la nouveauté, valident la stratégie d’accès au marché et identifient les différentes pistes de développement (1). Ils n’hésiteront pas à dire à l’entrepreneur s’il va droit dans le mur…

Un mega selfie

Parmi ses clients, on retrouve la start-up monégasque prometteuse MyMegaSelfie, qui propose une application depuis avril sur Apple Store et Google Play. Le concept ? « Elle permet de se photographier sur des sites touristiques ou des événements, en contrôlant des caméras professionnelles déjà sur place. Ce mega selfie, relayé par les réseaux sociaux, laisse à la fois un souvenir incroyable au touriste et met en valeur le patrimoine ou l’événement. Tout le monde y est gagnant ! », explique son concepteur Sébastien Darasse. La start-up est aujourd’hui en pleine levée de fonds. Elle a déjà capté 100 000 euros sur les 500 000 convoités, ce qui a permis de finaliser le développement technologique de l’application lancée en fanfare durant le Monte-Carlo Rolex Masters. Aujourd’hui, le photographe est en contact avec l’ASM-FC, intéressé par une utilisation de MyMefaSelfie lors de gros matchs du championnat de France et de Coupe. Si Sébastien Darasse veut attirer des institutions monégasques comme le musée océanographique (soit 600 000 visiteurs par an), toujours friand d’innovations, il vise l’Europe et ses 50 % du tourisme mondial. Aidé par Lyonel Sireuille, il s’attaque aux marchés B to B — l’entreprise touristique ou organisatrice d’un événement paye le service à l’application pour ses visiteurs — et B to C — l’utilisateur paye directement le recours à l’appli. Ce qui laisse imaginer des perspectives de croissance intéressantes avec des segments de marchés bien identifiés. La preuve ? Disneyland Paris a ainsi déjà contacté MyMegaSelfie. De quoi imaginer le développement, un jour, d’un Mickey Selfie, avec une technologie made in Monaco…

_Milena Radoman

(1) Ils utilisent la méthodologie ISMA 360 (Innovative Systemic Marketing Analysis), conçue par le professeur Dominique Vian.

 

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écrit par AnneSophie