CONCRET/Parmi les projets financés par la Fondation prince Albert II : la création d’une première aire marine protégée au Cambodge. © Photo Jeremy Holden

COP21 : éteindre le feu !

CONCRET/Parmi les projets financés par la Fondation prince Albert II : la création d’une première aire marine protégée au Cambodge. © Photo Jeremy Holden

SOMMET/A Paris, les Etats participants à la Conférence pour le Climat (COP21) doivent impérativement signer un accord contraignant pour mettre un holà au réchauffement climatique. Et éviter que ce grand raout climatique ne fasse (encore) pschitt…

 

« La maison brûle », avait lâché le président français Chirac en 2002 à Johannesburg. Treize ans après, et à la veille de la Conférence pour le climat qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris (1), le diagnostic des scientifiques reste le même. Le rapport du GIEC est alarmant : « Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, nombre des changements observés sont sans précédent depuis des décennies, voire des siècles ou des millénaires », préviennent les scientifiques. Ces derniers sont formels : « Les projections réalisées sur la base de tous les scénarios d’émissions considérés indiquent une augmentation de la température de surface au cours du XXIème siècle. Il est très probable que la fréquence et la durée des vagues de chaleur augmenteront et que les précipitations extrêmes vont devenir plus intenses et plus fréquentes dans de nombreuses régions. Les océans vont continuer de se réchauffer et de s’acidifier et le niveau moyen de la mer de s’élever. »

 

Côtes méditerranéennes en danger

Bien évidemment, la mer Méditerranée n’est pas épargnée. Ainsi, selon les prévisions des chercheurs, elle pourrait gagner, par rapport à son niveau mesuré entre 1986 et 2005, au moins 17 à 31 cm en cinquante ans (entre 2046 et 2065) et 26 à 55 cm en cent ans (entre 2081 et 2100). Avec l’impact que l’on peut imaginer sur les populations et les infrastructures côtières… Pire : dans les prochains siècles, le scénario est cataclysmique car la hausse des mers pourrait atteindre plusieurs mètres, en fonction de l’ampleur de la fonte de la calotte glaciaire. Un scénario qui est, hélas, loin d’être irréaliste : une fonte intégrale des glaces du Groenland serait très probablement déclenchée si les températures globales montent de 4°C… Une hypothèse qui n’est pas impossible. Et sur la terre ferme, ce n’est pas mieux : à l’horizon 2071-2100, les experts prévoient en France « un renforcement du taux de précipitations extrêmes sur une large part du territoire »… Or, comme le souligne Bernard Fautrier, vice-président de la Fondation prince Albert II (FPA2), les pronostics du GIEC sont loin d’être fumeux : « Depuis un quart de siècle, on constate hélas que la réalité dépasse largement leurs prévisions… »

 

Pas le choix

Face à ce constat, les décideurs politiques ne peuvent donc plus tergiverser et doivent impérativement signer un accord contraignant à Paris pour inverser le processus et diminuer les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. La pression monte car la douche froide de Copenhague est encore dans tous les esprits. Chacun craint un bis repetita. Et pour cause. Selon les calculs de la Fondation Nicolas Hulot, qui mesure régulièrement les contributions des Etats à la réduction des émissions de CO2 et au ralentissement du réchauffement climatique, le diagnostic est pessimiste. « Les contributions conduiraient à un réchauffement supérieur à 3°C (voire 4°C), avec des émissions estimées à environ 56 gigatonnes équivalent CO2 en 2030, au lieu des 46 nécessaires pour atteindre les 2°C », se désole-t-elle. Les déclarations de François Hollande, hôte de ce grand raout climatique, ne versent pas plus dans l’optimisme. « Les bonnes intentions sont là […] mais nous sommes encore loin d’un accord contraignant et de financement à la hauteur de l’enjeu », a ainsi déclaré le chef de l’Etat français lors de sa conférence de rentrée, le 7 septembre dernier. « Il y a même des risques d’échec », a admis François Hollande.

 

Optimisme prudent

A Monaco, on veut rester optimiste. « On arrivera certainement à un accord. L’accord de 2015 sera certainement jugé non satisfaisant mais il enclenchera un processus qu’il faudra accélérer par la suite », estime Bernard Fautrier. Le vice-président de la FPA2 espère un virage, avec le changement récent ou à venir de dirigeants éloignés des problématiques climatiques en Australie ou au Canada. « La prise de conscience existe y compris chez les décideurs, les moyens technologiques pour arriver à des solutions alternatives aussi. Il faut trouver les moyens financiers et vaincre les lobbies charbonniers ou pétroliers. Je suis de plus en plus convaincu que le poids des opinions publiques sera déterminant pour pousser les dirigeants à aller dans le bon sens », lance le vice-président de la FPA2. A la veille de la COP21, Monaco participera d’ailleurs à la marche pour le climat. « Nous avions assisté à celle de New-York avec le prince l’an passé, médusés par l’ampleur du phénomène. Il était important que Monaco y participe », juge Bernard Fautrier. Pour le coup, cerise sur le gâteau (médiatique), ce sera a priori avec des vedettes de l’athlétisme présentes pour le gala de la FIA. Usain Bolt, l’homme le plus rapide de la planète, marchera ainsi peut-être au côté du prince Albert contre la surchauffe du globe le 29 novembre.

La sensibilisation, c’est le maître mot des organismes environnementaux monégasques. La COP 21 sert en effet de porte-voix. Ainsi la plateforme Océans et Climat, dont l’Institut océanographique de Monaco est cofondateur, a lancé un appel. « L’océan, qui représente 71 % de la surface de notre planète, absorbe 25 % du CO2 émis par l’humanité. 93 % de l’excès de chaleur produit par les gaz à effets de serre accumulés ces 50 dernières années, ont ainsi été absorbés par l’océan. Ce poumon, qui participe à la respiration de la planète, souffre de l’augmentation de température », alerte ainsi Robert Calcagno, directeur de l’Institut, faisant référence à l’acidification des océans. Pour la plateforme, il est impératif que l’océan soit intégré explicitement dans le futur régime climatique issu de la COP21. En cas de réussite de cette manifestation climatique, bien sûr.

_Milena Radoman

 

(1) La Conférence de Paris sur les changements climatiques est une conférence qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris en France. Elle est à la fois la 21e conférence des parties (COP-21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et la 11e conférence des parties siégeant en tant que Réunion des parties au protocole de Kyoto (CRP-11).

 

A Monaco aussi, la croissance verdit

 

Economie/Dessaler l’eau en utilisant des énergies renouvelables, c’est ce que propose Eaunergie.

 

Eaunergie-@-Eaunergie

Avez-vous déjà goûté de la vodka à base d’eau de mer dessalée ? Figurez-vous que cet alcool original est fabriqué à Monaco. Spirit Monaco utilise ainsi la technique de désalinisation d’une autre entreprise 100 % monégasque, Eaunergie. L’unité de dessalement est basée au port de Fonvieille.

Depuis qu’il a remporté le concours de la Jeune Chambre économique de Monaco, Mehdi Hadj-Abed fait son bonhomme de chemin. De la première station photovoltaïque à l’Auditorium Rainier III jusqu’à des projets en Mauritanie et au Maroc. Implanté également au Chili et dans l’Ile Maurice, Eaunergie propose des petites unités de dessalement fonctionnant avec des énergies renouvelables. Côté pratique, à Haïti, les EaumOb, conçues pour être assemblées localement, produisent 300 litres par heure juste en pompage manuel. La SeamOb, une unité mobile de dessalement, produit, elle, 30 L/h. « La plus grosse machine qui coûte 300 000 euros traite 1 500 litres par heure », commente le chef d’entreprise dont le chiffre d’affaires annuel évolue entre 50 000 et 100 000 euros.

 

Rendez-vous à Milan

A Monaco, Mehdi Hadj-Abed n’est pas le seul à surfer sur la croissance verte. Il a d’ailleurs cofondé la Chambre des énergies renouvelables et de l’écologie. « Il existe à Monaco un potentiel important de développement de cette économie », estime le président du syndicat, Eric Villalonga. Le 14 octobre, il sera en mission commando à Milan. Au pavillon monégasque de l’Exposition universelle, il présentera la valeur ajoutée des entreprises vertes made in Monaco.

_Milena Radoman

écrit par Milena