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COP 21 : « Il faut agir maintenant ! »

CLIMAT/A Paris, Albert II compte bien signer un accord contraignant. Il nous explique quelles positions il prendra à la Conférence pour le climat.

Paris ne cèdera pas aux terroristes. « Le grand événement international de la conférence sur le climat (est) non seulement maintenu, mais sera un moment d’espérance et de solidarité », a affirmé le président François Hollande, devant le congrès à Versailles, trois jours après les attentats meurtriers du 13 novembre. Le raout climatique que représente la COP21 (1), qui démarre le 30 novembre, doit rassembler jusqu’au 11 décembre les délégations de 195 pays et près de 120 chefs d’Etats. De Obama à Poutine.

 

« Raisonnablement optimiste »

Parmi eux, le chef d’Etat monégasque reste « raisonnablement optimiste » sur l’issue de cette grande messe sur le climat. « On ne peut pas faire de pronostic mais je note des signes encourageants. L’engagement de grands pays, comme dernièrement la Chine, qui ont finalement bien compris les enjeux, est important. Il y a encore quelques points d’accrochage sur les sommes à engager et la contribution des pays développés et en développement, mais les premiers retours sont positifs », juge Albert II. Selon le dirigeant monégasque, la prise de conscience est aujourd’hui universelle. « Avant, ces réunions étaient du domaine des ministres de l’environnement, les chefs d’Etat ne venant signer qu’en fin de session. Le réchauffement climatique n’avait pas du tout le caractère d’urgence ni de prédominance dans l’agenda international. » Il s’agit aujourd’hui de conjurer le “syndrome de Copenhague”. « A l’aube de cette COP 21, il y a une mobilisation qui est plus forte qu’auparavant. Personne ne veut rester sur l’échec de Copenhague en 2009. Tout le monde a conscience que la décision d’un accord le plus contraignant possible doit être prise. Si on veut préparer l’avenir et limiter la hausse moyenne des températures sur la surface du globe à +2 degrés, c’est maintenant qu’il faut agir. L’objectif premier doit être un accord universel, juridiquement contraignant et applicable à partir de 2020 pour limiter les gaz à effet de serre. » Un objectif pas évident à atteindre puisque les engagements de chaque Etat, annoncés avant la COP, ne permettent pas encore d’atteindre cet objectif de limitation.

 

Un fonds vert monégasque

De son côté, Monaco vise une neutralité carbone en 2050. Et dans le cadre de la COP21, « j’ai assigné à mon gouvernement l’objectif de la réduction des gaz à effet de serre de 50 % en 2030, rappelle Albert II. Monaco doit montrer une exemplarité et des objectifs ambitieux. » Au début de son règne, en 2006, le chef de l’Etat monégasque avait ratifié le protocole de Kyoto, ce qui avait permis de réduire, en 2012, de 13,2 % les émissions de gaz à effet de serre monégasques. Aujourd’hui, Monaco va franchir un cap : « Nous allons créer un fonds vert national, alimenté de 5 millions d’euros en 2016 pour capitaliser en vue de réalisations de grandes installations collectives de production d’énergies renouvelables. » L’argent est en effet le nerf de la guerre. A Paris, le financement de la lutte contre le réchauffement climatique sera primordial. Il faut en effet absolument que soit tenue la promesse prise à Copenhague de mobiliser 100 milliards de dollars par an (public et privé) à partir de 2020 pour aider les pays du Sud à s’adapter, rappelle d’ailleurs à-tout-va Nicolas Hulot, envoyé spécial pour la préservation de la planète de l’Elysée. « Ce n’est que 0,2 % du PIB des pays de l’OCDE mais cela permettra de déclencher 6 % du PIB d’investissements climat dans les pays en développement. C’est le prix de la solidarité, et d’un futur viable pour tous », avait déclaré l’écologiste à L’Obs’ en octobre dernier. « Les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour financer le développement durable. Il faudra confirmer voire augmenter ces mesures », souligne également le chef de l’Etat monégasque. Comment ? « Il appartient (aux Etats) de créer les mécanismes pour revoir à la hausse le niveau des engagements en fonction de l’évolution des circonstances. Et si cela n’est pas suffisant, il faudra faire appel à la société civile et au secteur privé. Quand j’entends que Google veut investir des millions voire des milliards dans la recherche sur la téléportation, je pense que cet argent serait mieux utilisé pour combattre les changements climatiques. La téléportation, c’est très bien dans les séries télévisées de science fiction, mais ça ne correspond pas à un besoin vital de notre époque », tacle Albert II.

_Milena Radoman

(1) La COP 21 est la 21ème conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

 

RÔLE/Un Etat, une voix

Monaco veut jouer un rôle dans la conclusion d’un accord universel contraignant à la COP21. « Avec la règle, un Etat une voix, en vigueur dans les organisations internationales, la voix de chaque pays est importante, souligne Albert II. Nous faisons partie d’un groupe de pays GIE (Groupe d’intégrité environnementale), avec le Mexique, la Suisse, le Liechtenstein et la Corée du Sud. » Son objectif est de rapprocher les points de vue des pays développés et en développement.

 

Ça urge !

 

ENVIRONNEMENT/Depuis le début de son règne, le prince Albert défend ses positions pro-environnementales. Il pointe les urgences. Et les carences.

 

Aires marines protégées : une nécessité

Selon une étude récente du Fonds mondial pour la nature (WWF), les populations d’animaux marins observées (soit 5 829 populations appartenant à 1 234 espèces) ont diminué de moitié depuis 1970. Or seulement 3,4 % de l’océan est placé sous protection. Depuis des années, Albert II milite pour le développement des aires marines protégées. Sa fondation en a d’ailleurs financé une au Cambodge. « C’est une très bonne solution pour la protection des espèces et les populations qui disposeront de davantage de ressources à l’avenir », insiste le chef de l’Etat.

 

Le plastique, c’est dramatique

Chaque année, entre 10 et 20 millions de tonnes de déchets en tous genres sont déversés dans les océans, dont une grande majorité de matières plastiques. Selon les dernières estimations publiées en décembre 2014 dans la revue Plos One, plus de 5 000 milliards de particules de plastiques de toutes tailles pollueraient l’ensemble des mers. « Il faudra s’attaquer à ce problème énorme et effroyable avant qu’il ne soit trop tard. Il affecte les espèces marines mais nous également car il rentre dans notre chaîne alimentaire… » tonne Albert II.

 

Exilés climatiques : un statut, vite !

En octobre, le prince Albert s’est rendu, à l’invitation du président Tong, dans les îles Kiribati qui sont en première ligne en cas de hausse des mers. « La Principauté de Monaco est sensibilisée à la problématique des personnes déplacées du fait de catastrophes naturelles quelles qu’elles soient à travers sa participation au “groupe des amis de l’initiative Nansen” qu’elle a rejoint en 2014 », explique le chef de l’Etat. Cette démarche, “l’initiative Nansen”, du nom de l’explorateur et diplomate norvégien, premier haut-commissaire aux réfugiés, a été lancée par les gouvernements de la Suisse et de la Norvège en 2012 autour d’un comité de pilotage constitué de pays intéressés. « Il s’agit, à ce stade, d’un guide de bonnes pratiques ayant valeur de recommandations qui présente un plan d’actions dont la protection des personnes déplacées dans le pays d’accueil pour prendre en compte leur vulnérabilité, la notion de “réinstallation dans la dignité” y étant prônée », poursuit-il. Ce plan d’actions découlera-t-il sur un statut juridique ? Wait and see. « Son suivi institutionnel est en cours » note le prince. Il y a en tout cas urgence. Selon les experts, chaque année, 26 millions de personnes deviennent des réfugiés climatiques. Soit une personne chaque seconde…

 

Incinération ou méthanisation ?

Obsolète, l’incinérateur de Fontvieille doit faire peau neuve. Le conseiller de gouvernement Marie-Pierre Gramaglia a annoncé l’imminence du lancement d’un appel d’offres pour une usine de valorisation des déchets. Indiquant qu’il « ne s’agira pas forcément d’une usine d’incinération ». Interrogé à ce sujet, le prince s’est montré ouvert à d’autres hypothèses. Mais sans trancher pour autant pour une alternative en particulier. « La réflexion sur l’évolution de l’usine de traitement des déchets est lancée dans la perspective de trouver la meilleure solution pour la Principauté », a-t-il juste glissé.

 

FPA2 : plus d’humain

Alors que la Fondation prince Albert II (FPA2) fêtera ses 10 ans en 2016, c’est l’heure du bilan. Positif selon le chef de l’Etat : « Nous avons déjà lancé et participé à 350 projets. Et nous allons continuer dans cette voie. Beaucoup de projets emblématiques ont concerné la biodiversité comme la protection du thon rouge, des gypaètes et de phoques moine. » Une réorientation est néanmoins prévue : « Nous mettrons, à l’avenir, l’accent sur les problèmes de gestion de l’eau, car il y aura des besoins encore plus importants dans certaines zones du monde. L’idée est de replacer l’humain au centre des préoccupations. »

_Milena Radoman

écrit par Milena