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Commerces en détresse

ECONOMIE/Les commerces situés à l’Allée Lazare Sauvaigo, dans la galerie princesse Stéphanie ou aux Jardins d’Apolline peinent à trouver leur clientèle. Les élus du conseil national demandent à ce qu’une aide financière leur soit accordée.

Il suffit de déambuler dans certaines rues commerçantes de la Principauté pour s’en rendre compte… La clientèle n’est pas vraiment au rendez-vous. Et les boutiques — aussi bien en semaine que durant le week-end — sont souvent désertes. A tel point que plusieurs d’entre elles ont déjà fait faillite. Pour le “monsieur commerce” du conseil national, l’élu Philippe Clérissi, il est urgent de sauver ces commerçants moribonds, locataires dans les domaines de l’Etat. « Certains ne se paient pas. Certains gagnent à peine le Smic. Il faut leur venir en aide ! », a-t-il alerté le 7 décembre en séance publique. Les artères où les commerces indépendants sont le plus en déroute sont clairement identifiées : l’allée Lazare Sauvaigo, la galerie princesse Stéphanie à Fontvieille, les Jardins d’Apolline, ou encore le boulevard des Moulins, qualifié par l’élu d’« artère sinistre et sinistrée, oubliée du chaland, aujourd’hui abandonnée même par les pigeons… » Pour expliquer la torpeur de ces boutiques, les causes avancées sont multiples. Premier obstacle : leur emplacement géographique, et son corollaire direct, le manque de passage. « Ces commerces sont selon moi mal placés. C’est un problème d’implantation. Ceux de l’allée Lazare Sauvaigo par exemple sont au milieu de nulle part », estime encore Philippe Clérissi.

Loyers trop chers ?

Autre facteur qui ferait barrière à la bonne marche de ces commerces : le prix des loyers. « Ils sont à environ 350 euros le mètre annuel, poursuit l’élu. Pour ces commerces, c’est bien trop cher par rapport à leur emplacement. Sur les Champs-Elysées, on peut payer des milliers d’euros le mètre puisqu’il y a de la fréquentation quasiment jour et nuit… Mais on ne peut pas demander à un commerçant de payer le même loyer dans la galerie princesse Stéphanie, aux jardins d’Apolline ou dans tout un autre quartier, en sachant que la fréquentation n’est pas du tout la même. » Une justification que ne partage pas totalement Jean Castellini. Le conseiller aux finances ne fait pas de « relation de causalité aussi évidente » entre un commerce qui « ne rencontre pas trop de succès » et des loyers trop élevés… « Ce n’est pas uniquement le loyer qui fait qu’un commerce n’est pas attractif ou profitable », a-t-il expliqué. Avant de sous-entendre, à demi-mot, que ce qui plongerait aussi les caisses de ces commerçants dans le rouge, c’est le choix des produits proposés, pas suffisamment attractifs. D’ailleurs, pour Philippe Clérissi, il ne faut pas se voiler la face. Les boutiques qui réalisent désormais les plus grosses marges sont les enseignes : « Les commerces indépendants n’ont plus leur place. C’est malheureusement ainsi. Seules les enseignes rapportent. »

Concurrence

Reste à voir si le gouvernement donnera ou non un coup de pouce à ces commerces en détresse. En séance publique, le conseiller Castellini n’a pas été très loquace sur ce point. Il a simplement assuré que « des aides seront apportées ». Mais pour le conseil national, c’est toute une stratégie qui est à revoir en terme d’urbanisme commercial. « Il faut considérer cette problématique quartier par quartier. Cela fait des années qu’on le demande. Mais je vois que rien n’est fait », peste Philippe Clérissi. D’autant qu’avec des poids lourds comme le Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer ou l’extension de Cap 3 000 à Saint-Laurent-du-Var, la concurrence régionale est de plus en plus féroce. La Principauté aura aussi tout un travail à faire en termes de publicité et de visibilité. Une étude de comportement clients menée en 2015 a en effet mis en avant que les résidents et les pendulaires ne connaissent « que peu ou pas les marques et les enseignes présentes à Monaco ». Et préfèrent ainsi effectuer leurs achats en Italie, à Nice ou à Cannes…

 

Attractivité/

Centre commercial de Fontvieille : les grandes enseignes au rendez-vous ?

Dans quelques années, le centre commercial de Fontvieille n’aura plus du tout le même visage. Ni les mêmes dimensions. Cet espace — ouvert en 1992 et logeant actuellement environ 36 boutiques — va être totalement rénové et agrandi. Après un appel d’offres, trois groupes ont été retenus par le gouvernement : Klepierre, Socri et Carrefour Properties. Reste à trancher une question : des élus du conseil national ont suggéré à l’Exécutif que ces futurs locaux commerciaux passent du domaine public de l’Etat… vers le domaine privé de l’Etat. Selon l’élu Marc Burini, c’est la garantie d’attirer de très grandes enseignes dans ce centre. Cette désaffectation permettrait en effet aux attributaires d’être propriétaires de leur fonds de commerce. « Il ne semble pas envisageable que les grandes enseignes que nous souhaitons attirer puissent accepter de s’implanter sans disposer de la propriété commerciale », avait-il indiqué il y a quelques mois. Mais en séance publique, le 7 décembre, le gouvernement a eu un autre son de cloche. Selon le conseiller pour les finances Jean Castellini (qui discute régulièrement avec les trois opérateurs), les grandes enseignes seraient probablement prêtes à s’installer à Monaco y compris sans bénéficier de la propriété commerciale : « Le droit au bail est manifestement quelque chose de très français. Cela n’existe presque nulle part ailleurs. Pourtant ces grandes enseignes sont présentes partout. Que ce soit en Angleterre, en Allemagne ou aux Etats-Unis. C’est aussi pour cela que nous prenons le temps de la réflexion. » De son côté, Laurent Nouvion, s’est toujours farouchement opposé à cette désaffectation : « La spéculation fait que les pas de porte atteindront des sommes colossales. Nous prenons le risque, dans une quinzaine d’années, de n’avoir plus aucun compatriote qui soit commerçant. Garder ces locaux dans le domaine public de l’Etat est donc une façon de sanctuariser les commerces pour les Monégasques. » Autre priorité pour le conseil national : construire des volumes et des surfaces commerciales en fonction des besoins de ces grandes enseignes. On se souvient par exemple qu’un Apple Store n’avait pas pu s’implanter à Monaco car les surfaces n’étaient pas conformes aux souhaits des dirigeants…