Illustration Monaco et Chine

Chine
Monaco en opération séduction

INTERNATIONAL / 2 000 milliards de dollars. C’est l’argent que la Chine pourrait investir hors de ses frontières d’ici 2020. Monaco est sur les rangs.

Tous les experts sont d’accord. La Chine est sur le point de s’imposer comme première puissance mondiale. Si les exportations pèsent encore lourd, la stratégie semble évoluer. Depuis 2010, le rythme des investissements chinois augmente. Avec de grandes entreprises qui n’hésitent plus à miser sur l’international pour se développer. Depuis 2000, les investissements ont été multipliés par 20. « Après, bien sûr, tout ne change pas radicalement. Par exemple, la Chine a toujours besoin de s’assurer un accès aux ressources naturelles », explique un expert. Mais il y a mieux : d’ici 2020, la Chine pourrait chercher à investir 1 000 à 2 000 milliards de dollars dans le monde. Avec une somme pareille, difficile de ne pas attirer l’attention. Notamment celle de Monaco.

Milliardaires
« L’Europe serait passée 2ème destination des investissements chinois en 2011 et probablement en 2012. La première destination reste l’Asie, grâce à Singapour et Hong Kong. Ensuite il y a l’Afrique et l’Océanie. En revanche, pour les investissements en bons du Trésor, l’Amérique arrive en première position », explique Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre. Une logique qui repose sur une recherche de la sécurité. En diversifiant ses réserves de change et ses investissements, tout en lançant ses entreprises à l’international, la Chine ne place pas tous ses œufs dans le même panier. Mais tous les experts interrogés par L’Obs’ sont formels : difficile d’arriver à savoir ce que le gouvernement chinois va faire, car les centres de décision restent assez opaques. Pendant ce temps, on sait que plus de 500 000 Chinois sont à la tête de plus d’un million de dollars. Or, ils devraient être près 800 000 en 2013. Quant au nombre de milliardaires, il a enregistré une hausse de 30 % en 2011.

Vin
L’an dernier, les investissements chinois représentaient environ 10 milliards d’euros. Après avoir misé sur les terres agricoles et les matières premières en Afrique, la Chine s’attaque désormais à d’autres secteurs d’activité : high-tech, énergie, industrie automobile et chimique…
En France, quelques investissements chinois ont fait la une des médias. Notamment avec le rachat de domaines viticoles. Après la vente de Gevrey-Chambertin (Bourgogne), un autre grand cru classé a été vendu : Bellefont-Belcier, un grand cru classé de Saint-Emilion. C’est un industriel chinois qui a fait fortune dans le fer, mais qui s’est aussi lancé dans l’import de vin, qui a bouclé ce dossier le 23 novembre. D’après Le Nouvel Observateur et l’AFP, la négociation aurait tourné autour de 1,5 à 2 millions par hectare. Or, Bellefont-Belcier s’étend sur 13 hectares, sur la commune de Saint-Laurent-des-Combes, près de Saint-Emilion. Quant à l’investisseur qui a racheté 2 hectares de Gevrey-Chambertin pour 8 millions d’euros, il serait basé à Macao. « Il n’a racheté que 2 hectares. Mais sur cette zone, il y a le château de Gevrey-Chambertin. C’est pour ça que cette transaction a beaucoup frappé les esprits. C’est la première fois que la Bourgogne est concernée. C’est symbolique », décrypte Jean-François Di Meglio.

Energie
Mais bien sûr, il n’y a pas que des investissements symboliques. Avec la crise, la Chine se lance aussi dans des investissements stratégiques. Avec des réserves de change estimées à 3 500 milliards de dollars, la Chine peut jouer sur la situation d’entreprises européennes en difficulté. Exemple : le fonds souverain de l’État chinois China Investment Corporation (CIC) a racheté 30 % des parts de la branche exploration-production de GDF Suez. Montant de l’opération : 3,2 milliards de dollars. Une opération dans laquelle l’argent chinois ne sera pas réinvesti en France. « Cet argent servira à mener des opérations conjointes à l’étranger », précise Di Meglio.
Mais ce n’est pas tout. En 2011, China Three Gorges a repris 21 % de Energias de Portugal pour 2,7 milliards d’euros. Début 2012, le géant chinois des engins de chantier Sany a mis la main sur Putzmeister, leader allemand de ce secteur.
Quant au secteur du luxe, les Chinois ne l’oublient pas. L’entreprise Li & Fung, installée à Hong Kong, a racheté le maroquinier Delvaux, le chausseur Clergerie mais aussi Cerruti Holding SpA. « Les Chinois s’intéressent aussi beaucoup à la distribution de marques de luxe en Chine. Des marques comme Valentino par exemple », confirme Jean-François Di Meglio.

DTC
Bien sûr, à Monaco, on reste très attentif. « Monaco souhaite encourager l’établissement d’une population résidente de plus en plus cosmopolite et en provenance bien entendu des pays qui connaissent une forte croissance. Sans négliger les grands pays traditionnels. Monaco regarde vers l’Asie, l’Euro-Asie et la « New Europe », sans oublier l’Amérique Latine », indique le ministre d’Etat Michel Roger à L’Obs’. Avant d’ajouter : « Monaco n’est pas à vendre. Mais bien sûr les investisseurs privés ou des partenaires qualifiés sont les bienvenus, qu’ils viennent de Chine ou des autres pays du monde. » En tout cas, les contacts sont déjà établis entre la principauté et la Chine. « La direction du tourisme et des congrès a mis le paquet sur le Brésil, l’Inde et la Chine. Mais aussi l’Europe centrale », confirme le directeur du tourisme et des congrès (DTC), Guillaume Rose.

Yachting
Il n’y a pas que la DTC qui noue des contacts avec la Chine. Il y aussi Catherine Fautrier, ambassadeur itinérant pour la Chine (voir son interview par ailleurs). Et le Yacht Club de Monaco (YCM). Ce qui est assez logique dans la mesure où le marché des yachts attire des Chinois fortunés. « Ce n’est pas dans la tradition chinoise de naviguer. Mais le yachting est un marqueur social. Posséder un bateau, c’est montrer sa différence. Or, les Chinois sont très intéressés par le luxe, raconte le secrétaire général du YCM, Bernard d’Alessandri. Les Chinois ont accédé à tous les points clés du luxe. L’ultime, c’est le yacht. Aujourd’hui, le marché russe est mature. Du coup, il faut trouver d’autres marchés. Comme le Brésil, la Chine est une possibilité. »
Avec déjà 300 marinas ouvertes en Chine, pas question de rater cette opportunité. Car pour le moment, seulement 0,3 % des riches Chinois possèdent un bateau de loisir. Soit 1 500 Chinois seulement. Bref, le potentiel est là. Et il est énorme. Le 12 décembre, le YCM a signé un premier partenariat avec un yacht club chinois. Et un autre devrait suivre, avec un yacht club de Shanghai cette fois.

Ambassadeur
Pourtant, créer des liens avec la Chine n’est pas facile, avoue d’Alessandri : « Aujourd’hui les Chinois viennent plus à Cannes qu’à Monaco. Parce qu’ils ont l’impression que Cannes est plus « fun » que Monaco. Du coup, ils vont au Boat Show de Cannes. Mais quelques-uns viennent tout de même au Yacht Show de Monaco qui est plus important. » Pourtant Cannes possède un autre atout : son festival du film. « Or, il existe un gros intérêt pour le cinéma en Chine. L’industrie du cinéma les intéresse beaucoup. »
Peter Liu, membre du YCM depuis deux ans, a accepté de jouer le rôle d’ambassadeur. « Il nous a ouvert beaucoup de portes à Shanghai dans des lieux fermés. Résultat, on a été très bien accueilli. Des dîners ont même été organisés. Résultat, des Chinois vont venir prochainement rencontrer le prince. Ils connaissent Monaco et ils ont un intérêt pour la principauté », juge d’Alessandri qui observe aussi quelques rachats chinois. Début 2012, le groupe public SHIG-Weichai a racheté les bateaux de luxe italien Riva. Coût de l’opération : 374 millions d’euros. Toujours dans le secteur du yachting, un autre constructeur de yachts italien, Ferretti, a été repris par le groupe Shandong Heavy pour environ 400 millions d’euros.

Restaurants
Une certitude, le gouvernement suit le dossier chinois de près. « Que ce soit au niveau de son réseau diplomatique ou consulaire ou de la Chambre de développement économique (CDE), plusieurs contacts sont établis en permanence avec des investisseurs chinois potentiels qui sont ensuite suivis à Monaco par l’ambassadeur Fissore auprès du ministère d’Etat et le département des Finances », explique Michel Roger. A l’automne 2010, à l’occasion de l’exposition de Shanghai, une délégation économique monégasque a d’ailleurs accompagné le prince Albert. « Certains contacts ont été noués », ajoute sans en dire plus, le ministre d’Etat.
Difficile de savoir si ces contacts ont débouché sur du concret. En tout cas, un premier Chinois aurait acheté une villa à Monaco. « On souffre d’un handicap majeur, estime Guillaume Rose. Car à Monaco, il n’y a pas de restaurant chinois de luxe. Or, si on souhaite les attirer ici, c’est vital. »
Du coup, des entreprises installées à Monaco ont décidé de miser sur la Chine. Par exemple, une grande enseigne chinoise serait sur le point d’ouvrir au Fairmont. Interrogé par L’Obs’, le Fairmont n’a pas nié, mais a refusé d’en dire plus pour le moment.

Capitaux
A Monaco, une rumeur évoque l’hypothèse d’un restaurant chinois haut de gamme en lieu et place du Lorenzo, sur l’avenue princesse Grace, en face du Grimaldi Forum. Un dossier qui serait mené par Monaco Restaurant Group, qui appartient au groupe Giraudi. Contacté par L’Obs’, le groupe Giraudi a confirmé l’existence d’un projet, sans pouvoir encore donner une date d’ouverture précise.
Pour le candidat de la liste Union Monégasque (UM), Bernard Pasquier, la SBM doit aussi faire quelques efforts pour s’adapter à cette clientèle : « L’ouverture d’une ambassade de Monaco en Chine semble être une étape incontournable pour s’attaquer au marché chinois d’une manière stratégique. » Du côté d’Horizon Monaco (HM), Jean-Charles Allavena estime que dans les secteurs de l’innovation, la santé, l’environnement, le luxe et l’expertise financière, Monaco est armé : « Nous avons dans tous ces secteurs des acteurs de qualité, très souvent discrets et méconnus, qui ont besoin de capitaux pour se développer. Notamment des entreprises du secteur de la santé. L’Etat doit aider à organiser des rencontres ici ou là-bas. La CDE semble être l’outil adéquat. »

« Roadshows »
Jusqu’à présent, les Chinois s’intéressent surtout au secteur immobilier privé à Monaco. « Des groupes importants pourraient être intéressés pour s’associer aux grands projets futurs de la principauté, qui seraient lancés par des privés ou par l’Etat », indique Michel Roger. En précisant : « Monaco n’est pas à vendre. Mais les investisseurs privés ou des partenaires qualifiés sont les bienvenus, qu’ils viennent de Chine ou d’ailleurs. » On pense notamment au financement de la future extension en mer. Pourquoi ne pas imaginer un co-financement chinois ? Les politiques n’y sont pas opposés. « Il ne faut pas fermer la porte », estime Bernard Pasquier. « Pourquoi pas ? », répond Jean-Charles Allavena.
En attendant, la DTC travaille. « On s’intéresse aussi à Macao et à Hong Kong, reprend Guillaume Rose. Plusieurs fois par an, on fait des « roadshows », c’est-à-dire une tournée dans les plus grandes villes pour présenter Monaco. » Mi-décembre, une délégation de la DTC était d’ailleurs en visite à Pékin et à Shanghai. Mais ce n’est pas tout. Puisque la principauté n’a pas hésité à carrément ouvrir un bureau à Shanghai en 2009. Un bureau qui réalise une douzaine d’actions dans l’année pour assurer la promotion de Monaco sur place. Alors qu’en mai prochain, un tour de Macao, Hong-Kong et Taïwan sera aussi organisé. L’opération séduction se poursuit.
_Raphaël Brun

 

SBM/

Des Chinois au capital ?

Alors que des Qataris sont déjà présents au capital de la Société des bains de mer (SBM), pourquoi ne pas imaginer des actionnaires chinois ? Pourquoi pas, répond le ministre d’Etat Michel Roger : « La SBM est cotée à la bourse de Paris et ses actions sont librement négociées. Son capital est donc ouvert à des investisseurs, qu’ils soient Chinois ou d’autres origines. »
Du côté d’Union Monégasque (UM), Bernard Pasquier estime qu’une société de patrimoine qui regrouperait tous les actifs immobiliers de la SBM pourrait intéresser des investisseurs chinois : « Une participation minoritaire pourrait financer l’ouverture de nouveaux hôtels et casinos en Chine notamment. Ensuite, l’exploitation de ces hôtels et casinos serait confiée à la SBM. »
Du côté d’Horizon Monaco (HM), on est plus sceptique. En cause, le rôle social de la SBM qui semble incompatible avec une logique capitalistique, juge Jean-Charles Allavena : « L’Etat assume ce rôle social, c’est son rôle. Mais faire partager ce rôle par un capitaliste, semble relever de l’utopie : le capitaliste chinois a les mêmes réflexes que ses frères américains ou émiratis. Du coup, il est à craindre que l’ouverture du capital SBM nécessite la mise en place d’un accord d’actionnaire de type usine à gaz… »
_R.B.

 

INVESTISSEMENTS/

> PACA visé aussi

«La haute technologie les intéresse aussi. » C’est Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre, qui parle. En PACA, on se souvient qu’en février 2009, Weichai Power, un motoriste chinois spécialisé dans la production de gros moteurs diesel, a racheté l’entreprise Moteurs Baudouin, un autre fabricant de moteurs diesel, mais à usage marin. Une opération estimée alors à 5 millions d’euros pour la reprise de cette entreprise de La Ciotat et 16 millions pour remettre les Moteurs Baudouin en ordre de marche. Même s’il ne s’agit pas de très haute technologie, la réputation de fiabilité de ces moteurs Baudouin a convaincu Weichai de se lancer. En Allemagne, c’est dans l’automobile que les Chinois ont investi. Et à Monaco ?
_R.B.

 

Catherine Fautrier

MILLIONNAIRES/ « Nous persistons à voir la Chine comme un pays « en développement. » Alors que ce pays est aujourd’hui l’un des plus riches du monde ! Plus de 2 millions et demi de Chinois sont millionnaires en dollars. » Catherine Fautrier. Ambassadeur itinérant pour la Chine.

« Pas le droit de négliger le potentiel que représente la Chine »

 

Catherine Fautrier, ambassadeur itinérant pour la Chine, explique à L’Obs’ sa stratégie pour attirer des Chinois à Monaco.

 

En quoi consiste votre mission en Chine ?

En tant qu’ambassadeur de Monaco en Chine ma mission première est évidemment de représenter notre souverain et d’assurer les meilleures relations diplomatiques entre la principauté de Monaco et la République populaire de Chine.

 

C’est une mission délicate ?

Les précédentes fonctions que j’ai eu le privilège d’occuper m’ont permis d’acquérir une connaissance de la culture et de la langue chinoise nécessaires pour mener à bien une telle mission.

 

Vos priorités ?

Au-delà des relations diplomatiques, je mets un véritable point d’honneur à être un ambassadeur de toutes les composantes de la principauté qu’elles soient économiques, culturelles ou associatives.

 

Mais votre mission est très particulière ?

La particularité de ma fonction est qu’il s’agit d’un poste d’ambassadeur non résident. Dans ce pays immense où le « guanxi », c’est-à-dire le contact, le relationnel ou le réseau est primordial, il est alors important que l’ambassade concentre les différents axes de la promotion de Monaco. En plus des économies budgétaires que cela peut représenter, la visibilité de la principauté est ainsi renforcée. Et les réseaux développés sont alors optimisés.

 

Comment les Chinois voient Monaco ?

Le travail de communication qui a été fait depuis la présence de Monaco à l’exposition universelle de Shanghai commence à porter ses fruits, même si Monaco reste dans la majorité des cas connu pour sa famille princière. En fait, la principauté apparaît comme un pays de rêve, très haut de gamme. Pour le touriste chinois qui effectue un voyage en Europe, Monaco constitue une sorte de joyau en territoire européen qu’il faut impérativement aller voir.

 

Et pour la clientèle très riche ?

Pour une toute autre clientèle chinoise, Monaco est synonyme de réussite. Si on en a les moyens il faut impérativement s’offrir une part de ce rêve. Donc venir à Monaco, y séjourner pour des vacances et pourquoi pas y acquérir un pied à terre. Cette clientèle très aisée est réellement désireuse de venir à Monaco. Le seul problème c’est qu’elle ne sait pas toujours par quelle porte y accéder. Quelles sont les procédures de demande de visa ? Quels sont les moyens d’accès ? Quelles sont les offres en matière d’hôtellerie ?

 

D’autres problèmes se posent ?

La principauté est encore confrontée à un manque de visibilité que l’ambassade s’efforce de combler par différents moyens. Notamment par l’envoi d’informations régulières auprès de ses réseaux. Une newsletter électronique en chinois est désormais envoyée chaque trimestre auprès de tous les contacts dont dispose l’ambassade. Et ces informations sont aussi relayées par nos consulats.

 

Vous avez lancé d’autres initiatives ?

On travaille actuellement avec les services de l’administration monégasque sur la mise en place d’un site internet dédié à l’ambassade de Monaco en Chine accessible en mandarin et référencé sur les moteurs de recherche chinois. Dans un autre domaine, les relations privilégiées tissées avec le China council for the promotion of international trade (CCPIT) et une grande banque chinoise offrent désormais à la principauté l’accès à des réseaux précieux en termes de contacts et des plateformes de communication sur tout le territoire.

 

La Chine évoque parfois Monaco comme destination pour investir ?

De façon spontanée non. Mais cela est facile à comprendre car Monaco n’a jamais développé en Chine une véritable politique de promotion des investissements étrangers comme peuvent le faire d’autres pays très agressifs en la matière. La principauté est toujours très prudente en ce domaine.

 

C’est en train de changer ?

Les réseaux qui ont été développés par Monaco sur la Chine depuis quelques années commencent à s’intéresser de plus près aux atouts de la principauté lorsqu’on les leur présente.

 

Monaco a des atouts ?

Nous avons des arguments de poids à faire valoir. Surtout au regard de la situation actuelle de l’économie en Europe : la stabilité politique, des finances publiques saines, une économie diversifiée et performante, un système bancaire sécurisant, une fiscalité mesurée pour les personnes physiques, un environnement de qualité où il fait bon vivre… Tous ces arguments sont de plus en plus attractifs aux yeux de certains Chinois qui investissent ou qui sont désireux d’investir en dehors de leurs frontières.

 

Dans quelles activités investissent les Chinois ?

Depuis 2010, les investissements chinois à l’étranger sont en très nette augmentation. Ce phénomène est d’autant plus amplifié qu’avec la crise économique bon nombre d’entreprises européennes sont à la recherche de capitaux « frais. » Ces investissements se font aujourd’hui dans tous les secteurs.

 

Des chiffres circulent ?

Une étude menée par le fonds d’investissement A Capital a révélé qu’en 2011 l’Europe a attiré plus de 10 milliards de dollars d’investissements en provenance de Chine. On peut cependant constater que ces investissements se font dans des entreprises où le haut de gamme et la qualité sont de mise. Technologie de pointe, produits de luxe… Désormais, les investissements chinois en Europe sont caractérisés par la recherche de la qualité de production et du savoir-faire.

 

Des Chinois pourraient investir dans des entreprises monégasques ?

Pourquoi pas ? Mais je pense que nous ne devons pas voir les choses sous cet angle, sauf si des opportunités se présentent bien entendu. Monaco peut constituer une place d’affaires intéressante pour des investisseurs privés chinois qui aujourd’hui développent et diversifient leurs activités en dehors de la Chine. Certains recherchent un lieu où installer une base européenne pour leurs affaires, un lieu où ils pourraient également acquérir de l’immobilier et séjourner avec leur famille dans un environnement exclusif haut de gamme. Monaco peut représenter une place idéale pour l’installation de leur « family office. » L’installation d’une grande banque chinoise à Monaco serait incontestablement un plus à ce développement. Et nous y travaillons ardemment.

 

Pourquoi les Chinois sont encore très peu présents à Monaco ?

Le nombre de touristes chinois qui vient séjourner en principauté est en augmentation chaque année. Mais la différence culturelle et linguistique peut constituer un frein au développement de cette clientèle. Maintenant, si Monaco veut pouvoir profiter de ce marché exceptionnel en pleine expansion, à nous de faire le nécessaire. Monaco a su parfaitement s’adapter à la clientèle américaine, russe, japonaise, arabe… Alors pourquoi pas à la clientèle chinoise ?

 

On ne voit pas la Chine telle qu’elle est vraiment ?

Comme tous les pays d’Europe, nous souffrons d’une image préconçue et erronée de ce qu’est réellement la Chine. Nous persistons à voir la Chine comme un pays « en développement. » Alors que ce pays est aujourd’hui l’un des plus riches du monde ! Plus de 2 millions et demi de Chinois sont millionnaires en dollars. Et cela risque fort d’aller en augmentant.

 

Qu’est-ce qui pourrait débloquer cette situation ?

La force d’un pays, d’une économie ou d’un peuple réside dans sa capacité à s’adapter. Monaco a su le faire. Et notre principauté demeure, malgré l’étroitesse de notre territoire, un pays prospère que beaucoup nous envient. Etre attractif c’est aussi s’ouvrir aux autres et savoir s’adapter. J’entends souvent : « On s’adaptera lorsque la clientèle chinoise viendra en nombre plus important à Monaco. »

 

Ce n’est pas un discours acceptable ?

Nous n’avons pas le droit de négliger le potentiel que représente la Chine. Monaco doit recruter du personnel parlant chinois, adapter les offres de services proposés à cette nouvelle clientèle… Parallèlement, des moyens supplémentaires doivent être donnés pour que Monaco puisse bénéficier en Chine de la visibilité qui lui correspond. Et mettre en œuvre une promotion de la principauté qui soit ciblée sur la clientèle qui nous intéresse. Une promotion optimisée et durable.

_Propos recueillis par Raphaël Brun