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Chantal Thomass
La pétroleuse

PORTRAIT/Grâce à Chantal Thomass, les dessous ont pris le dessus. De sa première collection éponyme en 1975, à l’ouverture d’un boudoir à Beaulieu-sur-mer en juin dernier. Rencontre avec une femme qui a fait carrière en déshabillant les autres.

 

Coiffée comme Chantal Goya et plus française que Kristin Scott Thomas, Chantal Thomass est une icône féminine à part entière. « Aujourd’hui je me sens polissonne, mais de manière générale je suis plutôt impertinente », se définit-elle, en faisant référence aux noms des parures raffinées de sa nouvelle collection. Des nouveautés qui, associées aux classiques de la marque, s’installent, le temps d’un été, dans un boudoir éphémère de Beaulieu. « Ça ressemble à chez moi [à Montargne-au-perche en banlieue parisienne]…le désordre en moins ! ». Elle y partage un univers, à l’image de son allure, extrêmement codifié : masculin-féminin, dentelle et capitons. Vêtue de Chanel, sous-vêtue par elle-même. Toujours en noir et blanc. Un Karl Lagerfeld au féminin. D’ailleurs, la comparaison lui plaît, « cet homme est une légende, et lui comme moi, avons tellement créé qu’on a fini par se faire un uniforme ». Tous deux ont d’ailleurs commencé par du prêt-à-porter. Appartenant à une génération privilégiée où on laissait le temps aux jeunes de faire leurs preuves. « Dans les années 80, vestimentairement et pas uniquement, tout était possible. » Comme ses amis Kenzo ou Mugler, elle forge des silhouettes à la limite du déguisement. « Chacun avait son style à l’époque, aujourd’hui tous les créateurs se marchent sur les plates-bandes. Mais en lingerie je suis la seule figure ! »

« Il faut être moche pour être féministe ? »

Pas étonnant donc que les féministes s’attaquent à elle pour faire valoir l’utilisation marchande des corps. Le 24 avril 1999, Osezleféminisme, Les effronté-e-s et Femmes solidaires s’invitent au happening Chantal Thomass aux Galeries Lafayettes. « S’en suivent 4 heures de flash télé, 5 heures de direct radio sur place… C’était pénible ». En cause : ces jeunes femmes déambulant de vitrines en vitrines, agencées comme les pièces d’un appartement, en sous-vêtements. « Aujourd’hui [après plus de 30 ans de carrière], on ne m’embête plus car on a compris ma démarche. » Celle de dévoiler une sensualité sans sexualité, chez des femmes-sujet et non objet. Et ça passe par créer de la lingerie pour la femme et non pour l’homme. « On s’habille tous les matins pour nous, alors qu’on ne se déshabille pas tous les soirs pour quelqu’un. » Cette opération coup-de-poing lui aura tout de même permis de relancer sa marque, en France et à l’étranger.

En répondant au téléphone, son mari suspendu au bout du fil, une Dunhill perchée au bout des doigts, elle revendique son côté pétroleuse. Au sommet de sa carrière dans une décennie marquée par l’élan féministe, elle admet volontiers que toutes leurs revendications, ainsi que le moyen de les faire passer, ont changé. Tout comme le rôle des filles d’Ève. « Les femmes ont d’autres obligations en 2016 : travailler, contrairement à l’époque, mais s’occuper du foyer, comme avant. »

Avec une ligne présente dans près de 40 pays à travers le monde, des projets de stretching à n’en plus finir, des engagements caritatifs et une griffe retrouvée après une paire d’année de combat administratif. Chantal Thomass incarne cette femme des années 80 ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme.

_Alexia Klingler

écrit par La rédaction