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Ces jeunes qui s’engagent en politique

POLITIQUE/Ils ont décidé de mettre leur jeunesse au service des listes en lice aux élections nationales 2018. Trois candidats expliquent à L’Obs’ leurs motivations.

A Monaco, le militantisme chez les jeunes ne va pas de soi. Pas de manifestation lycéenne ou d’association “les jeunes avec telle personnalité politique” comme dans les pays voisins. C’est souvent au retour de leurs études à l’étranger que les jeunes Monégasques appréhendent leur rapport au système établi. « Jusqu’à 25 ans, lorsqu’on fait nos classes dans l’université française, on connaît souvent mieux la politique hexagonale que la monégasque », rigole un jeune électeur, qui votera pour la première fois le 11 février prochain. « On apprend à l’école les institutions et on parle politique en famille mais au final, c’est quand on revient s’installer en principauté qu’on comprend vraiment les problématiques tenant au logement, au modèle social, ou aux finances publiques. » De l’avis des trois Monégasques que L’Obs’ a rencontrés, la volonté commune est surtout de « changer les mentalités ».

 

Allison Billaud : « Nous avons notre mot à dire »

DÉCLIC/Depuis trois mois, Allison Billaud a pris la charge d’assistante parlementaire des trois élus du groupe Union monégasque. « C’est ce qui m’a donné envie d’apporter mon humble contribution à la vie politique de la Principauté. »

DÉCLIC/Depuis trois mois, Allison Billaud a pris la charge d’assistante parlementaire des trois élus du groupe Union monégasque. « C’est ce qui m’a donné envie d’apporter mon humble contribution à la vie politique de la Principauté. »

A 28 ans, Allison Billaud est pour l’heure la benjamine de la liste Union monégasque. Passionnée de communication, cette jeune femme a mené ses étude à Paris à l’Ecole française des attachés de presse (EFAP) puis à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, avant de clôturer son cursus avec un master en communication, stratégies publicitaires et communication numérique. En contrat d’apprentissage, elle s’est rodée au monde professionnel monégasque à la Fondation prince Albert II de Monaco pendant 3 ans avant de devenir chargée de communication à l’Opéra de Monte-Carlo. C’est au côté de Jean-Louis Grinda, dont elle « aime les valeurs et la priorité donnée à la jeunesse », qu’elle observe les débats politiques, assiste aux séances du conseil national. Depuis trois mois, elle a pris la charge d’assistante parlementaire des trois élus du groupe Union monégasque. « C’est ce qui m’a donné envie d’apporter mon humble contribution à la vie politique de la Principauté. » Et pas seulement dans le registre de la communication et des réseaux sociaux, même si elle trouve que « Monaco peut mieux faire dans ce domaine ».

Laboratoire

Allison Billaud s’intéresse à tout ce qui touche les jeunes Monégasques : de la revalorisation des bourses d’études à la reconnaissance des diplômes étrangers par l’Etat monégasque, en passant par le logement. « J’ai été confrontée à la difficulté de se loger, et à la perte de confiance que cela peut générer. Après 5 ans d’attente, j’ai pu bénéficier d’un appartement dans le secteur protégé… Mais je connais tellement de jeunes contraints de vivre chez leurs parents, compte tenu du chemin difficile que représente le logement à Monaco, surtout avec le sinistre des Jardins d’Apolline ! » A moins de 30 ans, Allison Billaud aimerait que Monaco soit davantage un laboratoire : « Je ne remets pas en cause le système. Mais vu l’échelle du territoire, on devrait pouvoir s’adapter plus rapidement et revoir les codes plus facilement que dans un grand pays. » Par sa candidature, la Monégasque espère également intéresser les jeunes de sa génération à la vie parlementaire. « Beaucoup se demandent à quoi sert le conseil national. Il est intéressant de participer à la construction d’un Monaco qui évolue. Nous sommes le futur, nos enfants seront les prochaines générations. Nous avons notre mot à dire. » Histoire de montrer que la jeunesse a légitimement voix au chapitre, que ce soit sur les questions environnementales ou de société.

 

Jade Aureglia : « Amener une vision au-delà de 5 ans »

Jade-Aureglia-@-Obs

VALEURS/Pour cette entrepreneuse dynamique, la clé, dans la vie civile comme en politique, est l’anticipation.

A Monaco, le nom d’Aureglia a une résonance particulière, avec l’emblématique constitutionnaliste qu’était Louis Aureglia, ancien maire et président du conseil national. A 32 ans, Jade Aureglia porte cet héritage sans prétention, rappelant qu’elle n’est pas de la branche directe de cet illustre ancêtre. Néanmoins avec dans sa lignée un grand-père conseiller national (Michel Aureglia), pas étonnant que « l’on parle beaucoup politique en famille » et qu’elle ait décidé de faire ses premiers pas dans ce domaine.

Ville intelligente

Après un master à Nice en géoprospective, aménagement et durabilité du territoire, elle rencontre de nombreux architectes, appréhende les besoins en principauté d’anticiper et étudier en amont l’impact des chantiers. Bref, de rendre la ville “intelligente”. Avec son concept Urban Sim Monaco — à savoir « le principe du jeu vidéo Sim City appliqué à la vie réelle » —, elle gagne le concours de la Jeune chambre économique en 2015. Surfant sur la notion révolutionnaire de smart city, Jade Aureglia crée Urban Lab, bureau d’études de géographie urbaine, ciblé sur la modélisation du comportement des foules. « Il s’agit par exemple de dimensionner les infrastructures en fonction de l’interaction des flux de passagers/usagers », explique la jeune femme, qui utilise des outils de simulation et modélisation. Car pour cette entrepreneuse dynamique, la clé, dans la vie civile comme en politique, est l’anticipation. « Il faut amener une vision au-delà de 5 ans. Monaco devrait être un laboratoire urbain, un territoire de test pour toutes les innovations urbaines. » L’incubateur-accélérateur de start-ups Monaco Tech est un premier pas. « Mais il faut aller plus loin », insiste cette candidate Horizon Monaco, qui foisonne d’idées. Un exemple ? « Il faudrait créer un terreau de recherche & développement, nommer un Monsieur Innovation, servir de plateforme pour faire avancer des propositions innovantes… » Pourquoi s’être tourné vers HM ? Après avoir rencontré des représentants des différents camps, Jade Aureglia a été séduite par « la volonté de faire de la politique autrement de Béatrice Fresko-Rolfo. Elle porte une réflexion globale, basée sur l’échange et la proximité, et ne promet pas n’importe quoi », avance-t-elle. Dans le privé, cette brunette au caractère bien trempé veut montrer qu’il y a une autre voie que la fonction publique ou la SBM pour la jeunesse. « Aujourd’hui, on bride les jeunes dans leur créativité. Il faut que les mentalités changent… »

 

Pierre Van Klaveren : « Faire primer l’intérêt général »

Pierre-Van-Klaveren-@-Primo

CROYANCES/« Je suis un fervent féministe dans l’âme. Compte tenu du niveau d’éducation de la population, la Principauté devrait être à la pointe dans ce domaine. »

A 14 ans, Pierre Van Klaveren avait déjà décidé de s’impliquer dans le domaine associatif. Bénévole à Special Olympics, ce sportif s’était investi dans une équipe de football mixte (1) destinée à promouvoir l’intégration des personnes handicapées. « C’était une aventure humaine extraordinaire », estime le jeune homme qui siège aujourd’hui au conseil d’administration de l’association et conseille sa présidente, Mireille Calmes. De l’associatif au politique, il n’y a qu’un pas que ce fonctionnaire — qui a décroché deux masters en communication et relations internationales à Madrid et en Australie —, a allègrement franchi à 32 ans. « Je suis le premier Van Klaveren qui s’engage en politique », plaisante ce Monégasque issu d’une famille de diplomates. Ce qui a motivé l’administrateur du Monaco Welcome Office ? « L’optimisme ! La volonté de faire évoluer les choses positivement, notamment pour faire primer l’intérêt général. Stéphane Valeri m’a convaincu que c’était possible avec une équipe unie et soudée au conseil national », annonce le candidat Primo !. Son leitmotiv ? « Il n’est pas question de taper sur les institutions. Je crois en une démarche constructive avec le gouvernement. Ce n’est qu’ensemble que nous avancerons. »

Méritocratie

Au sein de l’administration, ce grand brun estime qu’il faut à la fois donner les moyens aux ressources humaines d’appliquer les principes de méritocratie et aux fonctionnaires d’exprimer leur ressenti avec, par exemple, un audit indépendant de climat social. Il faudrait aussi selon lui jauger la satisfaction des usagers de leurs services publics avec la mise en place d’un baromètre global. Mais aussi protéger les retraites des fonctionnaires. Ne voulant pas se cantonner à la fonction publique, le trentenaire revendique avoir travaillé activement au sein du Pôle d’écoute et de proposition (PEP) dédié aux droits des femmes. « Je suis un fervent féministe dans l’âme. Chez moi, je repasse, je fais le ménage… Compte tenu de l’émancipation des femmes à Monaco et du niveau d’éducation de la population, la Principauté devrait être à la pointe dans ce domaine. Il ne devrait pas y avoir de différences entre les sexes », insiste Pierre Van Klaveren, qui milite notamment pour la parité salariale.

(1) Chez Special Olympics, le principe du sport unifié est que des personnes avec ou sans handicap mental jouent ensemble dans la même équipe.

écrit par Milena