Ecologie-Environnement1

Ces entreprises monégasques qui signent pour le renouvelable

FOCUS/Leurs dirigeants ou fondateurs sont particulièrement sensibles à la transition énergétique. Ils ont créé un produit ou en développent de nouveaux afin de produire des énergies permettant de protéger notre planète. Voici quelques exemples monégasques.

 

L’essentielle eau née du soleil

PORTRAIT/Depuis 2006, Mehdi Hadj-Abed développe avec Eaunergie des solutions pour rendre l’eau potable grâce à l’énergie solaire.

Mehdi-Hadj-Abed-©SN

Mehdi Hadj-Abed l’a bien compris. L’eau est à la source de toute vie et dans un monde où les réserves d’eau douce sont en diminution — 1,1 milliard de personnes dans l’eau monde n’ont pas accès à l’eau potable (1) —, l’entrepreneur d’une quarantaine d’années développe depuis bientôt 10 ans des appareils pour filtrer et désaliniser. L’idée de son entreprise, Eaunergie, est née lorsqu’il travaillait pour Weir Entropie, une entreprise fabriquant de grosses machines désalinisant l’eau de mer. « J’ai voulu travailler sur une solution mobile, se souvient Mehdi Hadj-Abed. C’est en arrivant à Monaco, en 2006, que j’en ai eu la possibilité. » En mars 2006, il gagne un premier concours au « New generation entrepreneurs forum » et en novembre, le prix du gouvernement avec la Jeune chambre économique de Monaco, organisatrice du concours. A cette occasion, lui sont offerts 40 000 euros et la possibilité de baser son entreprise à Monaco. Mehdi Hadj-Abed dépose les statuts en juillet 2007 et Eaunergie est née.

Plusieurs récompenses

Cela tombe bien car, c’est à cette époque qu’est créée la fondation Albert II. Il développe ses machines permettant de filtrer et désaliniser l’eau grâce à l’énergie solaire et avec la direction de la coopération internationale, dès 2008, ses appareils alimentent un petit dispensaire en Mauritanie et un oasis au Maroc. « Mais en 2008 et 2010, les deux crises financières annulent les financements venus du gouvernement », se souvient l’entrepreneur. C’est un coup dur, et alors que Mehdi Hadj-Abed espérait que ses produits soient tournés vers l’humanitaire, il doit changer son fusil d’épaule, faute de ressources. « J’aurais espéré un peu plus de soutien, avance-t-il. Du coup, j’ai connu un gros creux de la vague… » Mais Eaunergie continue de séduire, il gagne plusieurs concours européens, il est le premier en 2007 à installer une station solaire à Monaco sur le port Hercule qui permet de faire de l’irrigation avec de l’eau de mer désalinisée ; il crée une mallette permettant de désaliniser 30L d’eau de mer par heure et même dernièrement, il a développé un mode d’emploi permettant aux populations de monter leur propre machine avec des pièces qu’ils peuvent trouver dans leur pays.

Une douche de plage écolo

Eaunergie remonte désormais la vague et affiche un chiffre d’affaires de 75 000 euros, et travaille sur des projets en Principauté comme l’irrigation du quai de l’Hirondelle, le plan d’eau de Fontvieille qui va être désormais alimenté en eau de mer désalinisée. En outre, Eaunergie compte des bureaux en Centre-Afrique, au Maroc, à Port-Louis sur l’Ile Maurice, et des représentations à Dubaï, au Chili et en Nouvelle Calédonie. Et puis, Mehdi Hadj-Abed n’en est pas à une idée près. Il est en train de développer une douche de plage capable de recycler ses propres eaux usées. « Ce sera une douche écolo », souligne-t-il. Une solution qui pourrait en intéresser plus d’un quand on sait les quantités gaspillées chaque année. A l’été 2015, la mairie des Sables-d’Olonne a attiré l’ire des touristes en supprimant les 8 postes de douche de sa plage… qui consommaient 3 millions de litres d’eau durant l’été ! Pourtant aujourd’hui, Eaunergie ne peut poursuivre le développement de cet outil faute de moyens. Car le paradoxe de cette entreprise monégasque est qu’elle est peut être « trop innovante », avance son dirigeant et fondateur. Mehdi Hadj-Abed souhaite aujourd’hui sensibiliser sur les grandes possibilités qu’offrent ses modules mobiles, adaptables à de nombreuses situations.

_Sophie Noachovitch

(1) Source Conseil mondial de l’eau, http://www.worldwatercouncil.org

 

« Il y a un terreau fertile »

INTERVIEW/Eric Villalonga, gérant de Monaco Green Energy et président de la Chambre de l’énergie renouvelable et de l’écologie de Monaco (Cerem).

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Comment se porte la Chambre de l’énergie renouvelable et de l’écologie de Monaco (Cerem) ?

Nous avons doublé nos effectifs passant de 6 à 12 entreprises au sein de la Cerem depuis 2015. C’est pas mal pour Monaco. Ce sont des entreprises qui ont envie de faire des choses dans les énergies renouvelables. La réputation de Monaco sur les énergies renouvelables fait que la Principauté est extrêmement bien placée à l’international. Suite aux COP, on aurait pu se demander comment cette transition énergétique va être perçue : y aura-t-il une prise de responsabilité des chefs d’entreprises ou est-ce que ce sera perçu comme une information globale ? En définitive, on se situe aujourd’hui plutôt du côté impliquant, avec une volonté de faire changer les choses.

Pensez-vous que les entreprises commencent à s’impliquer dans la transition énergétique ?

Il y a des entreprises qui travaillent dans le secteur de l’énergie renouvelable. Elles sont forcément impliquées dans le processus, et il y en a d’autres qui commencent à se poser des questions sur les nouvelles technologies, sur les nouveaux produits et les nouvelles réglementations. L’inquiétude, bien souvent, réside dans les coûts qu’induit la transition énergétique. Les chefs d’entreprise se demandent s’ils vont pouvoir continuer sur le même fonctionnement, s’ils auront le même chiffre d’affaires. Mais lorsqu’on parle d’individus, les consciences évoluent. Je pense qu’il y a un terreau fertile. Pour preuve, les membres de la Cerem sont très variés : nous avons des entreprises juridiques de conseil, dans l’alimentaire, le développement, l’électricité.

Est-ce que vous avez l’impression que depuis la COP 21, il y a un nouvel élan vers les énergies renouvelables ?

Je ressens en effet un vrai élan. En tant que membre de Green Cross, une ONG au sein de l’ONU, je dispose d’une vision très large sur la protection de la planète. Il y a de plus en plus de pays qui souhaitent vraiment passer aux énergies renouvelables avec, en toile de fond, l’idée qu’avec ces énergies, ces gouvernements pourront devenir indépendant sur le plan énergétique.

Le sentez-vous au sein de votre propre entreprise, Monaco Green Energy qui élabore des centrales photovoltaïques ?

Avec Monaco Green Energy, on accompagne dans la transition énergétique des gouvernements. Nous travaillons avec une dizaine de pays qui vont de l’Amérique latine à l’Asie du Sud-Est, à l’Inde et aux Moyen-Orient et des pays de l’est. Nous sommes en plein développement, ce qui semble souligner l’évolution des mentalités vers le solaire.

Pensez-vous qu’il est facile aujourd’hui de créer une entreprise liée aux énergies renouvelables à Monaco ?

Monaco se devait d’être présent en termes d’outil aux énergies renouvelables. Monaco a une position de neutralité internationale et ne fait peur à personne. Aussi, si on sait utiliser les bons outils, s’adresser aux bons interlocuteurs déjà dans l’activité, comme la Cerem, c’est assez simple de créer une entreprise à Monaco. En outre, le marché est tellement vaste qu’il peut y avoir des doublons, il n’y aura pas de concurrence. Monaco est favorable, cela ne peut qu’aider la dynamique du secteur.

_Propos recueillis par Sophie Noachovitch

 

Green Power, pour des entreprises plus propres

PARCOURS/Il y a 5 ans, Davis Bebicaci est séduit par le projet d’un ingénieur qui a inventé un système permettant de réduire de 15 à 20 % la consommation d’énergie fossile et d’émission de gaz à effet de serre des chaudières industrielles.

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La technologie s’appelle Tev-Mag. « Il s’agit d’une technologie électromagnétique qui optimise la combustion de l’énergie fossile, décrit Davis Bebicaci, fondateur et dirigeant de l’entreprise Green Power, basée à Monaco. On obtient le même résultat en consommant moins de combustible. » Résultat : les entreprises réalisent 15 % à 20 % d’économie sur les quantités de combustible utilisées et on observe en moyenne 15 % de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Il y a 5 ans, Davis Bebicaci, entrepreneur dans l’import-export, fonde Green Power, entreprise inscrite dans la transition énergétique. Cet enfant du pays vient de rencontrer un ingénieur. « Tonin Danilo est venu me voir en me disant qu’il avait besoin d’un partenaire financier pour commercialiser le produit qu’il a inventé », se souvient Davis Bebicaci. L’homme se dit alors pourquoi pas. « J’étais déjà sensible aux questions de changement de paradigme, précise-t-il. La protection de la nature, de l’écosystème par la diminution de l’agriculture intensive par exemple, ou la diminution de la consommation de la viande, étaient des questions qui me touchaient déjà tout particulièrement. »

Atteindre les objectifs de la COP 21

Comme dans la légende du colibri, ce petit oiseau moqué par les autres animaux de la forêt parce qu’il tente d’éteindre seul un incendie de forêt avec l’eau transportée dans son bec, Davis Bebicaci souhaite « faire sa part » dans la transition énergétique. Selon lui, l’installation du Tev-Mag pourrait « permettre d’atteindre les objectifs de la COP 21 de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». « Quand on sait que 40 % des émissions carbone proviennent de l’industrie, avec 15 à 20 % de réduction, on est déjà quasiment à la moitié de ces objectifs », souligne l’entrepreneur. A l’heure actuelle, Green Power, avec 100 000 euros de chiffres d’affaire en est à la fin de sa phase pilote expérimentée en Turquie auprès d’une dizaine d’entreprises. « Nous travaillons avec des moyennes et grandes industries, précise Davis Bebicaci. Pour une entreprise qui consomme l’équivalent d’un million d’euros d’énergie par an, le retour sur investissement sur notre produit se fait en un an. » Tata métallurgie ou Sisecam, le plus gros producteur de verre turc, font partie de ses clients. Selon le chef d’entreprise, le vrai intérêt du Tev-Mag est qu’il s’adapte à tout type de chaudière industrielle dans n’importe quel type d’entreprise.

Développement d’un prototype

Dorénavant, Davis Bebicaci espère développer son produit à l’international et en France notamment. « Nous sommes à la recherche d’investisseurs philanthropes pour nous aider à commercialiser notre produit à travers le monde », indique-t-il. Mais Green Power ne compte pas se limiter au Tev-Mag destiné uniquement à l’industrie. « Nous développons un prototype miniature qui peut s’adapter aux chaudières individuelles et même aux automobiles », annonce-t-il. Le prototype est actuellement en cours de certification et s’inscrit dans la volonté affichée par l’entreprise et son dirigeant : « conduire les gens à changer de paradigme et de comportement » dans un monde en pleine mutation.

_Sophie Noachovitch

 

Pleine mer pour le renouvelable

MER/Installée depuis 1971 à Monaco, la Single Buoy Moorings (SBM) Offshore travaille sur des systèmes flottants dans le secteur de l’énergie. Si le pétrole constitue l’énergie principale de ces systèmes, l’entreprise a d’ores et déjà entamé sa transition énergétique et mise sur les énergies renouvelables.

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« Avec plus de 50 % de la population mondiale vivant à moins de 60 km des côtes, produire de l’énergie en mer revient à rapprocher la production du lieu de consommation », constate Ambroise Wattez, directeur commercial responsable des énergies renouvelables et des systèmes d’énergie offshore à la Single Buoy Moorings (SBM) Offshore. Pour cette entreprise, basée à Monaco depuis 1971, spécialisée dans le développement de systèmes offshore flottant dans le secteur de l’énergie, il est évident de profiter de la « quantité phénoménale d’énergie sous la forme de vagues, de courants, de vents au large, de température » que constituent les mers et les océans. Même si depuis ses débuts, le pétrole est plutôt au cœur de l’activité de la SBM Offshore, cette tendance évolue. « En tant que leader mondial dans le secteur offshore et pionnier en matière d’innovation, notre rôle est de comprendre et d’anticiper les évolutions de marché afin de répondre aux demandes de nos clients. Celles-ci sont directement liées à l’évolution du mix énergétique, développe Ambroise Wattez. La part des énergies fossiles tend à se réduire au profit des énergies renouvelables. » Ainsi, l’entreprise monégasque a entamé depuis une dizaine d’années sa transition en favorisant la recherche et développement concernant les énergies marines renouvelables.

Eolienne flottante

Deux produits sont sortis des laboratoires de l’entreprises. « Une éolienne flottante, pour laquelle la profondeur des fonds marins ne constitue pas un frein, et qui permet de capter de meilleurs gisements de vent, plus loin des côtes, décrit Ambroise Wattez. Cela permet de réduire leur impact visuel. Notre technologie est ancrée aux fonds marins par un système à lignes dites “tendues” qui limite considérablement l’impact sur les fonds marins et n’entrave pas les autres activités marines. » L’autre solution développée par SBM Offshore est un système de conversion d’énergie des vagues. « Il s’agit d’une véritable solution technologique qui permet de s’affranchir des limites des systèmes conventionnels », insiste le directeur commercial. Ultraléger, efficace et silencieux, ce produit permet selon lui de générer de l’électricité à très bas coût « avec un impact minimal sur l’environnement ». Le développement de ces systèmes permettent à la SBM Offshore d’affirmer que la « transition énergétique est une réalité » avec, selon les chiffres de l’Observatoire de la mer en France avancés par Ambroise Wattez, plus de 2 000 emplois liés au développement des énergies renouvelables créés en 2016.

_Sophie Noachovitch

 

« Pour le principe du pollueur payeur »

INTERVIEW/Pour Jean-Louis Grinda, président de la commission parlementaire de l’Environnement, la politique de transition énergétique doit être plus ambitieuse.

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Jugez-vous la politique environnementale monégasque cohérente en matière de transition énergétique ?

Il y a incontestablement une bonne volonté nationale incarnée, entre autres, par la création d’un Fonds vert et d’une équipe dédiée. La publication du Livre blanc sur la transition énergétique a le mérite de montrer une nouvelle prise de conscience. Les engagements pris à la COP 21 sont clairs. On n’y coupera pas ! La transition énergétique est le vrai enjeu du XXIème siècle et elle ne sera pas neutre sur le citoyen. Elle sera bénéfique pour la santé publique, le bien-vivre en principauté, mais coûteuse et il faudra voir comment l’Etat interviendra financièrement pour accompagner ces mesures comme il le fait déjà aujourd’hui pour l’acquisition de véhicules électriques. Rien ne peut se faire sans implication budgétaire forte.

Quelle est votre philosophie ?

Il faut prendre à bras le corps l’intégralité des problématiques. On doit tout faire en même temps. Que ce soit pour encourager le solaire, développer les pompes à chaleur, ou réaliser un immeuble carbone neutre, comme c’est déjà prévu par le gouvernement. Pour agir sur la circulation, il faut être très ambitieux, et à mon avis, on ne l’est pas assez. Il faut changer les paradigmes et les mentalités. Réfléchir sur la gratuité de la première heure dans les parkings. Il faudrait presque que le parking pour les résidents soit gratuit et qu’ils ne payent que lorsqu’ils sortent la voiture… C’est le principe du pollueur payeur !

Un principe du pollueur payeur que vous souhaitez voir inscrit dans le code de l’environnement, qui doit être voté avant la fin 2017 ?

La société du futur est une société de l’auto-contrôle qui responsabilisera davantage les individus. J’aimerais que soit inscrit dans ce code que chacun a un capital carbone, et qu’il est en quelque sorte “le ministre des finances” de ce capital.

Comment concrètement ?

Chaque personne, ménage ou foyer, se verrait allouer un capital carbone à utiliser avec parcimonie. Ce serait comparable aux congés payés ou au chèque culture de Macron… Ce capital carbone intègrerait la consommation d’énergie à la maison, en voiture, en eau. Et lorsque vous dépassez votre crédit, vos dépenses générant du carbone, qui seraient contrôlées, auraient un coût. Les gens seraient ainsi comptables de ce qu’ils consomment.

Pourquoi êtes-vous contre l’instauration d’une taxe carbone alors ?

L’instauration d’une taxe carbone a été refusée au printemps 2013 par les 24 conseillers nationaux, tous bords politiques confondus. Certains élus ne voulaient pas instaurer une nouvelle taxe juste après leur élection. Pour ma part, j’estime qu’une taxe carbone ne doit pas frapper de façon aveugle. Or la taxe proposée par le gouvernement était bête et méchante. Elle prévoyait par exemple, qu’un père de famille nombreuse était exonéré de la taxe carbone, sans conditions. Ce qui impliquait qu’un milliardaire, qui conduit un Hummer, peut polluer sans payer car il a 5 enfants ! Et cette taxe carbone n’était applicable que sur les voitures, pas sur les poids lourds. C’était ridicule…

L’appel d’offres concernant la construction d’une nouvelle usine de valorisation des déchets sera présenté fin 2017. Vous êtes toujours contre l’incinération en ville ?

Mon premier combat fut de défendre l’idée qu’il était préférable de traiter nos déchets à Nice Est plutôt qu’en principauté par l’incinération. Cette solution n’a pas été retenue pas le gouvernement, je n’y reviendrai pas. Ma deuxième bataille, qui va être courte, jusqu’aux prochaines élections, est aujourd’hui de miser sur l’innovation technologique, plutôt que sur la solution obsolète que représente l’incinération. Nous serons donc vigilants à ce que les dés ne soient pas pipés dans l’appel d’offres…

_Propos recueillis par Milena Radoman

écrit par Sophie Noachovitch