GIANLUIGI-GELMETTI

« Certains que nous serons soutenus »

CULTURE / Gianluigi Gelmetti revient pour L’Obs’ sur sa nomination au poste de directeur de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo. Persuadé du soutien du gouvernement, il ne craint pas de nouvelles baisses budgétaires.

Votre réaction suite à votre nomination ?
La joie, la surprise, l’enthousiasme, l’honneur, un sens profond des responsabilités… D’autres choses ? Il y en a tellement…

Vos principaux objectifs ?
La princesse Caroline a mûri sa décision après une réunion où je lui ai fait part de l’accomplissement de ma mission en tant que chef référent (1). Si cette première fonction avait un caractère transitoire, ce second engagement de directeur artistique et musical est très différent. Si j’étais directeur sportif, je dirais que mon objectif est d’atteindre la Ligue des Champions. Et puis de la gagner. Je ne suis pas venu pour me détendre, mais pour tout réussir.

Comment faire face aux baisses de budget ?
Si je le savais je me proposerais en tant que directeur de la banque européenne ! Blague à part, je pense que ce n’est pas notre rôle de « faire face aux baisses de budget. » Notre devoir, c’est de maintenir la qualité artistique de l’orchestre. Et je suis persuadé que personne ne nous mettra dans une telle position. Ce serait suicidaire.

Les baisses budgétaires ont des conséquences pour l’orchestre ?
Aucune, je pense. L’orchestre est l’un des joyaux de la couronne de la culture à Monaco. C’est le pilier, universellement reconnu, des trois autres joyaux que sont les ballet, l’opéra, et le printemps des arts. Mais ce n’est pas notre unique fonction. On l’a démontré cette année et on continuera à le faire. Nous ne sommes pas seulement un ambassadeur d’excellence, permettant le rayonnement de la principauté à l’extérieur. On est aussi une structure orientée vers l’intérieur, ouverte à toute la population. D’ailleurs, cette saison, on est dans les écoles, les maisons de retraites, à l’hôpital, dans les églises… Bref, l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) est partout.

Mais il y a la crise ?
Avant tout, l’OPMC est un grand orchestre, l’un des plus importants au monde qui offre une saison variée et appréciée de tous. Après, il est vrai que dans le monde il y a des situations dramatiques du fait de la crise. D’ailleurs, les orchestres et les théâtres ferment. Même en Allemagne on fusionne les orchestres pour réduire les coûts.

Monaco n’en est pas là ?
Heureusement, ce n’est pas le cas à Monte-Carlo. Il a été dit à maintes reprises que l’artistique est une priorité. Il a été déclaré à plusieurs reprises que la culture en principauté est considérée comme un bien absolu et inaliénable. Il est impossible de penser ne pas continuer à soutenir un orchestre comme le nôtre.

Sans vision budgétaire, comment préparer vos saisons 3 ans à l’avance ?
Il y a quelques mois avec les directeurs des institutions culturelles de la principauté, on a soulevé ce problème. Un problème qui est commun à une grande partie du monde, pas uniquement musical. Aujourd’hui nous voyons que les situations économiques évoluent et se diversifient à une vitesse impressionnante. Heureusement la principauté est un des pays qui offre une stabilité rassurante : je suis certain que nous serons soutenus.

Comment améliorer cette situation ?
Ma solution n’est pas seulement un optimisme abstrait basé sur quelques bons sentiments. C’est aussi très concret, basé sur des faits. La principauté a déclaré à maintes reprises l’importance de la culture et la volonté de la soutenir. Dans ce contexte, elle dispose d’un outil formidable : l’OPMC, symbole principal du soutien de ces déclarations. Je ne crois pas que cela soit dans son intérêt et dans sa volonté de s’en priver. Ma nomination est arrivée après mes déclarations à votre journal (voir le portrait de Gianluigi Gelmetti publié dans L’Obs’ n° 115). N’est-ce pas là une démonstration de volonté constructive ?
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) Gianluigi Gelmetti assurait l’intérim à la tête de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo depuis mars dernier, suite à la mort de Yakov Kreizberg en mars 2011.