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Centre Plati : « Nous sommes confrontés à toutes les pathologies »

SANTE/Anxiété, difficultés scolaires, troubles du comportement, du langage ou de la personnalité… Les équipes du Centre Plati prennent en charge un grand nombre de pathologies différentes qui touchent les enfants et les adolescents résidents ou scolarisés à Monaco, âgés de 0 à 18 ans. Plusieurs centaines de jeunes par an sont suivis.

 

C’est un lieu d’accueil à taille humaine, où les parents viennent (souvent plus facilement qu’à l’hôpital) pour parler des difficultés scolaires, des angoisses et des troubles psychologiques ou psychiatriques que traversent leurs enfants ou leurs adolescents. Cette très discrète structure extrahospitalière, baptisée le Centre Plati (1) (ou Pôle médico-psychologique pour enfants et adolescents) prend en charge des jeunes âgés de 0 à 18 ans, résidents ou scolarisés à Monaco. Il est composé de trois unités complémentaires : le centre médico-psychologique (CMP) crée dès 1992, le centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) crée en 2007, et le centre de dépistage des troubles des apprentissages (CDTA), crée en 2012.

Pas d’hospitalisation

Ce qui frappe dans ce centre, c’est la palette extrêmement large des pathologies que les équipes sont amenées à soigner : anxiété, difficultés scolaires, troubles du sommeil, troubles du comportement et de l’adaptation, troubles du langage (dyslexie et dysorthographie), troubles du spectre autistique, troubles grave de la personnalité (schizophrénie), ou encore troubles de l’humeur (dépression)… Le Centre Plati est donc un des piliers majeurs de la filière pédopsychiatrique à Monaco : « Nous sommes en effet confrontés à toutes les pathologies possibles. Nous intervenons à partir du moment où il y a une souffrance psychologique chez un enfant ou un adolescent, explique le docteur Filippo Giulioni, responsable du CMP. La différence majeure avec le service de psychiatrie du CHPG, c’est l’ambulatoire. Au Centre Plati, les enfants ne sont pas hospitalisés. » Pour prendre en charge ces enfants et adolescents, le CMP dispose d’une équipe multidisciplinaire de 12 personnes : pédopsychiatres, orthophoniste, psychomotricien, psychologue, psychothérapeute, assistante sociale ou encore secrétaire médicale.

407 jeunes suivis

L’autre élément frappant est le nombre d’enfants et d’adolescents plutôt élevé suivis au CMP. En 2017, ils étaient 407 au total en file active. « Un suivi ne veut pas dire qu’il existe systématiquement un trouble grave, nuance toutefois le docteur Filippo Giulioni. Certains parents viennent uniquement une fois, simplement pour avoir un avis médical. ». Si les chiffres sont assez conséquents, c’est aussi parce que « la pédopsychiatrie se démocratise ». Selon les médecins, les parents vont en effet consulter plus facilement qu’auparavant. « Ils sont moins réticents. Les médias et les campagnes de prévention contribuent à cela. Ce qui est d’ailleurs une très bonne chose puisque cela permet de repérer des troubles de plus en plus tôt, et ainsi, de mieux les soigner », observe le docteur Renaud-Yang.

Prescription médicamenteuse : « exceptionnelle »

Soigner ces enfants et ces adolescents, c’est justement tout l’enjeu pour ce centre. Au CMP, chaque enfant et chaque adolescent est pris en charge individuellement, de façon psychothérapeutique et/ou rééducative. Une « co-thérapie » avec la famille peut être aussi proposée. Quant à la prescription de médicaments, elle « reste exceptionnelle », assure le docteur Filippo Giulioni

Problèmes d’apprentissage : « une énorme demande »

Les deux autres structures — le centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) et le centre de dépistage des troubles des apprentissages (CDTA) — ont aussi un rôle fondamental à jouer. En 2017, 250 enfants en file active ont été suivis dans ces deux unités. « Le CDTA a été créé car il y avait une énorme demande sur les problèmes d’apprentissage, mais aussi en raison d’une meilleure connaissance scientifique sur ces types de troubles », note le docteur Renaud-Yang. Au total, 11 personnes soignent ces jeunes : médecin pédopsychiatre, psychomotricienne, psychologue, orthophoniste, assistance sociale, secrétaire, deux neuropsychologues, une éducatrice spécialisée pour la famille et les jeunes enfants, et enfin une art-thérapeute (2).

« Déceler la vraie problématique »

Pour les équipes soignantes du Centre plati, le premier stade fondamental est le dépistage. Un travail absolument essentiel pour une bonne prise en charge. « Quand l’équipe psychosociale scolaire repère des difficultés d’apprentissage chez un enfant, c’est un premier signal. Mais par la suite, tout notre travail est de comprendre ce qui se passe. Est-ce que cet enfant présente un problème neurodéveloppemental ou un tout autre problème ? Un enfant qui ne parle pas, est-ce un trouble relationnel de type autistique ? Ou un signe de dépression ? Ou un simple retard ? Plusieurs hypothèses sont envisageables. Nous sommes donc là pour déceler la vraie problématique et tenter de rassurer les parents, souvent très inquiets », analyse le docteur Renaud-Yang.

Equithérapie et zoothérapie

Quant aux soins, ils sont très divers au sein de ces deux unités. Et souvent effectués en groupe. Au total, 28 ateliers différents sont proposés aux enfants et aux adolescents (âgés de 2 ans à 18 ans). « Notre fil conducteur est la socialisation. Le relationnel, est la base de notre travail », note le docteur Renaud-Yang. Exemples concrets ? Pour des enfants très inhibés et timorés qui ont du mal à exploiter leurs capacités intellectuelles et relationnelles, le centre propose par exemple des séances d’équithérapie à Saint-Laurent-du-Var. « La relation avec l’animal offre des moments forts de partage », explique ce médecin. Autre atelier : la musicothérapie. Son objectif ? Communiquer à travers les rythmes. « Nous proposons également des séances de zoothérapie avec des hamsters, des petits lapins, ou encore des chiens dressés. L’enfant a l’impression d’avoir un impact sur l’animal car il interagit avec lui. C’est une manière également de travailler l’empathie. »

Méditation pour les ados

Pour apprendre aux adolescents à se détendre et à gérer leurs émotions, le centre propose également de la méditation pleine conscience (mindfulness). L’équipe monégasque s’est formée à cette pratique avec une équipe Belge. Toute autre approche en revanche avec un groupe d’enfants autistes assez sévères présentant des troubles du langage. Avec eux, un travail est fait au niveau du corps, (séances de mouvements dans l’eau) mais aussi avec des outils Snoezelen. Des soins sont même proposés pour les enfants en crèche avec des séances de jeux collectifs. L’objectif est de travailler la stimulation psychomotrice ainsi que la stimulation au langage et au partage.

_Sabrina Bonarrigo

(1) Le Centre Plati est placé sous la tutelle de la direction de l’action sanitaire. L’établissement a été inauguré en 2013 et a pris cette appellation en 2016. Il est situé au 7, rue Plati pour le CATTP/CDTA et pour le CMP l’accès se fait par la rue Joseph Bressan (ancienne école maternelle).
(2) L’art-thérapie est une méthode visant à utiliser le potentiel d’expression artistique et la créativité d’une personne à des fins psychothérapeutiques ou de développement personnel.

 

ADRESSAGE/

Par qui les enfants et les adolescents sont orientés au Centre Plati ?

Les enfants et les adolescents soignés au Centre médico-psychologique sont adressés essentiellement par les médecins scolaires, les équipes psychosociales des établissements scolaires et les parents, qui peuvent faire des démarches personnelles. « Nous avons aussi d’autres partenaires : le service de psychiatrie du CHPG, les pédiatres en ville, ainsi que les médecins de famille », explique le docteur Filippo Giulioni, responsable du CMP. Concernant les deux autres structures, le centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) et le centre de dépistage des troubles des apprentissages (CDTA), les démarches personnelle des parents sont réorientées. « Car nous avons besoin d’un premier regard médical en amont. L’adressage nous provient donc toujours d’un médecin : médecins de ville, pédiatres, médecins scolaires et collègues du CMP », précise le docteur Renaud-Yang. _S.B.

 

DESINFORMATION/

« Alerter les parents sur certaines dérives »

Au-delà des nombreux jeunes pris en charge, le Centre Plati accompagne également les parents. Face à la souffrance de leur enfants, nombre d’entre eux se sentent souvent démunis, ou adoptent naturellement un comportement d’ultravigilance. « Bien sûr que l’on brasse des difficultés majeures. Parfois, certains parents sont en pleurs chez nous, mais c’est une étape de la vie que nous accompagnons, rassure le docteur Renaud-Yang. Ils ont également peur d’être remis en cause dans leur rôle de parents. Nous les tranquillisons aussi sur ce point. » Les parents, souvent angoissés, ont également le réflexe de chercher des réponses ou des méthodes de soin alternatives sur Internet. Mais le Centre Plati appelle à la vigilance sur ce type de démarche : « Avec Internet, les parents sont souvent très informés. Ils ont accès à beaucoup de sites sur lesquels, malheureusement, circulent aussi de nombreuses fausses informations, alerte Alexandre Bordero, directeur de l’action sanitaire. Le rôle des établissements publics de soins est aussi de faire le tri dans cette désinformation ». Sur les enfants autistes par exemple, il existe une multitude de méthodes. « Certains parents, par désespoir, testent tout et n’importe quoi auprès de personnes qui sont davantage des commerciaux que des thérapeutes. Le rôle du Centre Plati est aussi de les conseiller et de les alerter sur certaines dérives. » _S.B.

 

Hôpital de jour : « C’est une vraie nécessité »

SANTE/Le gouvernement souhaite créer un hôpital de jour de 15 places pour pouvoir accueillir les enfants et les adolescents souffrant de troubles autistiques sévères ou de troubles de la personnalité. Des jeunes souvent orientés vers des structures en France.

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Si de nombreux enfants sont aujourd’hui accueillis et soignés au Centre Plati, certains d’entre eux présentent des troubles graves, nécessitant des soins très spécifiques. Problème : la Principauté n’est pas suffisamment armée — en termes de structures et de personnels — pour prendre en charge ces jeunes en souffrance. « Ce sont par exemple des enfants ou des adolescents atteints de troubles sévères du spectre autistique, ou souffrant de troubles de la personnalité. Il s’agit également d’enfants ayant des difficultés de développement global », précisent les autorités sanitaires monégasques. Pour mieux soigner ces enfants souffrant de pathologies handicapantes — et ne pouvant pas suivre une scolarité à temps complet — le gouvernement va donc créer un hôpital de jour pouvant les accueillir. « C’est une vraie nécessité », estime Alexandre Bordero directeur de l’action sanitaire. Et ce n’est pas les médecins du Centre Plati qui diront le contraire…

« Un véritable enjeu développemental »

Les équipes soignantes reconnaissent en effet qu’ils sont souvent démunis face à ces pathologies plus sévères : « Nous soignons des enfants lourdement handicapés présentant des troubles majeurs, mais ces enfants ont des besoins très spécifiques, beaucoup plus spécifiques que ce qu’on peut leur offrir actuellement. D’où la nécessité de créer un hôpital de jour. Il faut un centre de soins plus intensif et spécifique. C’est un véritable enjeu développemental. Il faut donc s’en donner les moyens », alerte le docteur Renaud-Yang. Cet établissement contiendra au total 15 places (avec une file active de 30 enfants) et sera réservé aux enfants résidents et/ou scolarisés à Monaco. Pour gérer ce centre, une équipe pluridisciplinaire sera aux manettes : pédopsychiatre, infirmier, psychologue, psychomotricien, orthophoniste, assistante sociale, éducateur spécialisé, secrétaire médicale et enfin un enseignant qui fera le lien entre l’équipe de soins et l’établissement scolaire.

Une structure à Beausoleil ?

Où en est alors le projet ? Comme souvent à Monaco, toute la difficulté est de trouver des locaux disponibles. « Il nous faudrait idéalement une surface de 400 m2. Car certains enfants peuvent être en crise. Il faut donc des espaces assez grands pour pouvoir travailler avec eux », explique Alexandre Bordero. Si le projet est bouclé sur le papier, et au niveau budgétaire (1), il reste donc aux autorités monégasques à trouver un terrain pour le construire. Le gouvernement réfléchit alors à deux pistes. Soit à Monaco. Soit dans une commune française voisine. « Il reste en effet à déterminer si nous allons réaliser un établissement sur le territoire monégasque, ce qui serait ma préférence, ou si un établissement sera créé à l’Est des Alpes-Maritimes — notamment à Beausoleil — pour mutualiser les moyens avec la France. C’est un point en cours de discussion avec les autorités sanitaires de la région voisine », précise encore Alexandre Bordero. Même logique pour le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. Son souhait est de faire en sorte que cette structure ne soit pas trop éloignée de la principauté. La cause ? « Si les enfants doivent y aller quotidiennement, il ne faudrait pas que les parents parcourent 20 à 30 km matin et soir pour s’y rendre. L’idéal serait ainsi une implantation à une dizaine de kilomètres de Monaco. A Cap d’ail, Beausoleil ou Roquebrune. »

Les enfants resteront scolarisés

Autre certitude : les enfants et les adolescents qui seront accueillis dans cet hôpital de jour resteront scolarisés à Monaco de manière ponctuelle. Objectif : favoriser leur insertion dans le milieu social et leur autonomisation. « En tout état de cause, la prise en charge demeure ambulatoire, rajoute Alexandre Bordero. Il ne s’agit pas d’enfants ou d’adolescents qui ont besoin d’une prise en charge en internat comme à l’Institut médico-éducatif Bariquand-Alphand à Menton par exemple. »

Les médecins du Centre Plati se montrent également rassurants pour les parents qui devront faire soigner leur enfant dans ce futur hôpital de jour : « La psychiatrie a longtemps souffert d’une image vieillissante avec des théories très culpabilisantes pour les parents. Les hôpitaux de jour ont également été très mal vus. Ils sont souvent considérés comme des endroits où l’on parque les enfants et où on ne fait rien. Ce n’est évidemment pas notre objectif », rassure le docteur Renaud-Yang. S.B.

_Sabrina Bonarrigo

(1) Le budget de fonctionnement estimé à 610 800 euros.

 

EN FRANCE/

Le département des Alpes-Maritimes est aussi « sous-équipé »

Lorsque le Centre Plati n’est pas en mesure de soigner ces enfants souffrants de pathologie plus graves, les médecins les orientent vers des structures à Nice ou sur des expertises libérales en cabinets privés. « Ce n’est évidemment pas facile pour les familles et les enfants d’être orientés en dehors de la Principauté », reconnaît Alexandre Bordero. D’autant que le département voisin n’est, lui aussi, pas très bien équipé pour soigner ces enfants : « Le département des Alpes-Maritimes est sous-équipé, constate en effet Alexandre Bordero. C’est pour cela que l’Agence Régionale de Santé (ARS) Provence-Alpes-Côte-D’azur est intéressée pour collaborer avec la Principauté de Monaco pour créer cet hôpital de jour. » Les médecins du Centre Plati font le même constat. Le voisin français n’est pas suffisamment armé face au nombre croissant d’enfants touchés : « Nice est à présent très bien équipé pour le post-traumatisme et le post-attentat, mais les enfants autistes très déficitaires ou atteints de troubles de la personnalité, sont souvent sur liste d’attente car il y a peu de places au sein des structures médico-sociales », rajoute le docteur Renaud-Yang. _S.B.

 

Suite du dossier : « Nous sommes confrontés à une liste d’attente importante »