finance-bourse-argent-economie

Cap sur la croissance en 2017 ?

PREVISIONS/Dans un contexte international incertain, il est très difficile de jouer les Madame Soleil pour 2017. Néanmoins, les économistes internationaux parient sur un rebond de la croissance à condition de miser sur une politique de relance très keynésienne.

Il y en a qui ont du “pif”. Que ce soit le Brexit ou l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le magazine financier Bloomberg avait tout prévu dans son guide pessimiste de 2016… Les pronostics catastrophistes pour 2017 ne sont guère plus réjouissants. Dans l’ordre, en France, Marine Le Pen remporte l’élection présidentielle et organise un référendum sur un Frexit tandis qu’en Europe, c’est carrément la fin de l’espace Schengen. Défaite en Allemagne d’Angela Merkel, victoire de Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 Etoiles, et crise économique exacerbée en Grèce… A ce sombre scénario, s’ajoute une crise politique aux Etats-Unis, avec in fine un Calexit en Californie pour protester contre l’absence de mesures environnementales. Et pour peaufiner le tableau géopolitique, Bloomberg n’exclut pas que Donald Trump suspende l’adhésion des États-Unis à l’Otan puis aux Nations unies, et que l’Etat islamique étende son influence en Asie centrale. On passera sur le fait que dans ces projections alarmistes, la Corée du Nord serait en mesure de pourvoir ses missiles de l’arme nucléaire ou qu’un scandale éclaterait sur des dispositifs d’écoute intégrés dans les objets connectés fabriqués par Amazon, Apple et Google…

Rebond de croissance

S’il est aujourd’hui éminemment complexe de jouer les Madame Soleil et de parier sur ce qui se passera en 2017, les économistes s’accordent néanmoins à miser sur un rebond de la croissance mondiale provoqué par une locomotive outre-Atlantique. Après le choc de l’élection de Donald Trump — d’ailleurs parfaitement encaissé par les marchés financiers —, les analystes veulent voir les côtés positifs de la politique économiste annoncée par le président républicain dans le cadre de la campagne électorale. Donald Trump a en effet promis de mener un grand plan d’investissement aux États-Unis d’environ 550 milliards de dollars pour rénover les infrastructures. A l’Organisation pour la coopération économique et le développement (OCDE), tout comme au FMI et à la Banque mondiale d’ailleurs, on estime que cette politique, soutenue par une fiscalité avantageuse, ne peut que favoriser l’activité économique et donc, la croissance. Sommant la Chine et l’Europe de répliquer cette stratégie… Selon l’OCDE, des initiatives comportant des dépenses publiques judicieusement ciblées pourraient servir de catalyseur à l’activité économique dans le secteur privé, et aider l’économie mondiale à sortir du piège de la croissance molle. « Après cinq années de résultats d’une faiblesse décevante, des perspectives de croissance légèrement plus forte s’ouvrent à l’économie mondiale », a ainsi déclaré le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría, lors de l’annonce des Perspectives économiques mondiales de l’OCDE fin novembre. Avant d’ajouter : « Dans le contexte actuel des faibles taux d’intérêt, les responsables de l’action publique ont une occasion unique d’actionner plus activement les leviers budgétaires pour stimuler la croissance et réduire les inégalités, sans compromettre les niveaux d’endettement. Nous les appelons instamment à le faire. »

Croissance de 3 % aux Etats-Unis en 2018

Toujours selon l’OCDE, 2017 pourrait alors correspondre à une inflexion. Le changement continu ou projeté d’orientation budgétaire dans un certain nombre d’économies majeures explique en grande partie la croissance modeste du PIB mondial, porté à 3,3 % en 2017 à et 3,6 % en 2018. En 2018, l’OCDE prévoit ainsi un taux de croissance vigoureux de 3 % aux Etats-Unis — soit le double de cette année (1,5 %) — et 2,3 % pour 2017. Le Japon, qui a adopté lui aussi un plan de relance budgétaire de 246 milliards d’euros, pourrait atteindre 1 % de croissance en 2017, tandis que l’OCDE n’imagine pas de grands changements en Europe, où la dépense budgétaire est verrouillée à 3 % du déficit par le pacte de stabilité. L’Allemagne, principale économie de la zone euro, devrait ainsi stagner à 1,7 % de 2016 à 2018. Et la France à 1,3 % en 2017 et 1,6 % en 2018…

« Pour l’instant, le marché se concentre sur les effets positifs pro-business des promesses de Donald Trump », confirme l’économiste Jean-Pierre Petit. « Le plan de relance est de nature à augmenter le déficit fédéral américain et la croissance à partir du deuxième semestre 2017. Les actions de déréglementation des secteurs de l’énergie et de la santé sont de nature à augmenter la confiance. C’est plutôt bon pour le reste du monde », juge le président des Cahiers verts de l’économie.

Risque inflationniste

On ne verra qu’à partir de sa prise de fonction le 20 janvier ce que Trump conservera vraiment de son programme électoral à la Maison Blanche. Mais les mesures protectionnistes qu’il avait promises — avec une hausse des droits de douane notamment — créent tout de même une incertitude sur leurs éventuels dommages collatéraux. « Le protectionnisme et les inévitables mesures de rétorsion annihileraient la plupart des effets bénéfiques de la relance budgétaire sur la croissance mondiale et nationale », souligne ainsi Catherine Mann, économiste en chef à l’OCDE. Car qui dit protectionnisme, dit inflation. Toutes ces mesures déclencheraient alors « une hausse des prix, nuiraient au niveau de vie et conduirait la plupart des pays dans une situation budgétaire bien pire… » Une opinion partagée par Jean-Pierre Petit : « Si Trump se mettait à reparler de mesures protectionnistes fortes, on pourrait avoir un effet récessionniste comme dans les années 30. Mais a priori, c’est un risque de moyen terme pour la croissance, pas sur 2017. »

Pour l’économiste français Jacques Sapir, coauteur de L’euro est-il mort ?, il risque néanmoins de voir surgir un autre risque découlant de la politique américaine. « Avec moins de ressources et des dépenses accrues, le budget américain 2017/2018 aura un déficit qui pourrait atteindre 7,5 à 9 %. Cette hausse importante du déficit budgétaire va entraîner une poussée de l’inflation et la Fed va augmenter ses taux. On peut penser qu’il y aura contagion dans l’ensemble des pays industrialisés dès 2018. A ce moment-là, cela va compenser les effets bénéfiques de l’expansion économique américaine. » Explication : « Si les taux d’intérêt américains remontent plus vite et provoquent une augmentation des taux d’intérêt européens, l’effet bénéfique venant du secteur réel risque d’être annihilé, avec des tensions potentielles sur les marchés obligataires. »

Calendrier politique chargé dans la zone euro

A côté de cela, il est aujourd’hui impensable d’exclure des instabilités politiques potentielles en Europe. « Il y a des échéances électorales en Allemagne, en France et en Italie. Dans les trois principaux pays de la zone euro, qui représentent 75 à 80 % de la zone euro, les élections se présentent dans un contexte défavorable », soulève Jacques Sapir. La récente démission de Matteo Renzi, suite au référendum constitutionnel transalpin, alimente déjà toutes les craintes sur l’avenir européen de l’Italie. « L’économie italienne est au bout du rouleau. Elle n’aura pas d’autre choix que de sortir de l’euro », analyse Jacques Sapir. Un risque que balaie en revanche Jean-Pierre Petit. Globalement, l’économiste estime qu’« il n’a pas de consensus crédible sur le démantèlement de la zone euro. L’idée de zone euro est venue en 1988 avec le sommet de Hanovre et les euros sont arrivés dans les poches en 2002… On ne peut pas détruire ça du jour au lendemain et sans accord ! Un phénomène d’implosion serait massivement récessif. Il faut sauver la zone euro. » En clair, on n’a pas le choix…

 

2017, année charnière ?

ANALYSE/Et si 2017 représentait un tournant pour la mondialisation ?

Manif-anti-CETA-470739804

© Photo DR

Pour l’économiste Thomas Piketty, il n’y a pas de doute. La principale leçon à tirer pour l’Europe et le monde de la victoire de Donald Trump est claire : « Il est urgent de réorienter fondamentalement la mondialisation. » Face à la montée des inégalités sociales et au réchauffement climatique, l’auteur du bestseller Le capital au XXIème siècle préconise la mise en place de traités internationaux d’un type nouveau. Exit le Ceta ou le Tafta (1). « Il faut arrêter de signer des accords internationaux réduisant des droits de douanes et autres barrières commerciales sans inclure dans le même traité, et dès les premiers chapitres, des règles chiffrées et contraignantes permettant de lutter contre le dumping fiscal et climatique, comme par exemple des taux minimaux communs d’imposition des profits des sociétés et des cibles vérifiables et sanctionnables d’émissions carbone. Il n’est plus possible de négocier des traités de libre échange en échange de rien. » Quant à l’Union européenne, elle doit aussi changer de paradigme. « L’Europe s’est construite comme une zone de libre échange sans règle fiscale commune. Il est temps de changer le discours politique sur la mondialisation : le commerce est une bonne chose, mais le développement durable et équitable exige également des services publics, des infrastructures, des systèmes d’éducation et de santé, qui eux-mêmes demandent des impôts équitables. »

Choc du Brexit

Et Thomas Piketty est loin d’être le seul à entonner ce discours aujourd’hui. Dans son discours politique testament à Athènes, le président américain, Barack Obama, a indiqué que les inégalités étaient « l’un des plus grands défis de nos économies et de nos démocraties », espérant un « changement de cap » dans la mondialisation. Au club Valdaï à Sotchi, Vladimir Poutine a lui aussi indiqué en substance que la globalisation était faite au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre. Et qu’on est à un tournant, en raison de la montée des mouvements populistes et de la colère des peuples…

« Depuis 7 à 8 ans, il y a d’abord eu des signaux à bas bruit comme l’échec du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a vu bloquer la majorité des négociations. Aujourd’hui, il existe des signaux à haut bruit. Avant l’élection de Trump, le Brexit a été un choc extrêmement important pour les institutions européennes. Les Chinois ont décidé d’établir des limites importantes sur l’exportation des capitaux. Tandis qu’au dernier sommet des BRICS, on voit clairement des interrogations naître sur des formes d’intégrations financières et commerciales différentes », soulève l’économiste Jacques Sapir. Le coauteur de L’euro est-il mort ! n’y va pas par quatre chemins (2). « L’UE est profondément divisée aujourd’hui et se fragmente. Que ce soit sur les fondamentaux économiques, la question des migrants ou la position à tenir vis-à-vis de la Russie. Autour de quoi pourra-t-elle se reconstruire ? L’euro est à la fois le seul instrument et l’une des causes du problème. On ne peut plus demander à un pays de respecter des objectifs en matière de déficit public, de déficit extérieur, et de taux de change fixe. La solution, c’est la flexibilité des taux de change. Sinon, il y aura un taux de chômage très élevé et c’est politiquement intenable », juge Jacques Sapir qui évoque une Europe à la carte. « 2017 sera une année charnière et cela ne va pas s’arrêter là », prévient l’économiste. _Milena Radoman

(1) Accords de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada d’une part et les Etats-Unis d’autre part.

(2) Editions du Rocher. 240 pages. 18,90 euros.

 

« Achetez les amis de Donald Trump, vendez ses ennemis ! »

INVESTIR/Or, pétrole, valeurs technologiques… Le CFM Indosuez, livre ses conseils d’investissements.

Donald-Trump-515160592

© Photo DR

Dans la salle des marchés de CFM Indosuez, la trentaine de gestionnaires, traders et conseillers composent une sacrée ruche. Un plateau de 300 m2, animé par les ordres des financiers et les écrans télévisés où passe en boucle Bloomberg TV. En ce mois de décembre, l’ambiance est beaucoup plus calme qu’au lendemain du Brexit ou de la crise des subprimes en 2008… « Malgré le référendum en Italie, la zone euro est stable avec une Banque centrale européenne qui veille au grain », analyse Stéphane Herpe, directeur du département marchés, marketing et développement de CFM Indosuez. Ouverte tous les jours en semaine — à part le 25 décembre et le 1er janvier — de 8h à 19h, la salle agit en fonction des scénarios d’investissements conçus par les analystes du groupe Indosuez Wealth Management. Notamment de la chef économiste Marie Owens Thomsen. Pour 2017, l’experte fait d’abord un scan de la situation en perspective des velléités du futur locataire de la Maison Blanche. « Donald Trump est le premier président à avoir autant de biens d’investissements à l’étranger, de Vancouver à Rio, de Rio à Dubaï. Dans les portefeuilles, achetez les amis de Trump, vendez ses ennemis ! »

Volatilité

Si l’on se fie aux discours de “Trump candidat”, les amis du nouveau locataire de la Maison Blanche sont alors, pêle-mêle, la Russie, les entreprises nationales, les énergies fossiles, les exploitations minières, le charbon, les banques, la construction et l’immobilier. Ses ennemis ? La Chine, le Mexique, le Canada, les entreprises internationales, le secteur de la santé. Au final, selon la chef économiste, côté placements, « mieux vaut détenir de l’or et des monnaies refuges… » Vous souhaitez miser sur le pétrole ? « Le potentiel à la hausse du prix du pétrole est un scénario limité entre 45 et 55 dollars le baril », juge Marie Owens Thomsen.

Côté investissements, Sébastien Fillaut, responsable de la gestion discrétionnaire, mise sur la diversification des portefeuilles : « Dans un contexte de croissance mondiale à 3 %, l’environnement macroéconomique reste positif, surtout pour le marché action et crédit. Il existe en revanche un risque inflationniste aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi des risques de politique monétaire moins accommodantes et de hausse de la volatilité. » « Compte tenu de cette hausse de l’inflation et des taux, on va rechercher les investissements bénéficiant de la hausse des taux », explique quant à lui Laurent Jeannel. « Pour les actions du portefeuille, la présidence Trump représente un boost fort sur les actions américaines. Il y a clairement une envolée du S&P, et on est neutre sur le Nasdaq. Les valeurs cycliques et value vont être portées par l’environnement Trump », poursuit le responsable advisory de CFM Indosuez. L’expert conseille alors de sélectionner des titres par rapport à leur valorisation, plus que par rapport à leur croissance. « Depuis 2008, les valeurs technologiques américaines de croissance ont performé. Elles sont toujours porteuses de la révolution numérique en cours mais il faudra être plus sélectif dans le choix des valeurs. » Bien évidemment, les conseils de titres actions, obligations et dérivés dépendent de chaque client, selon sa typologie de portefeuille et le niveau de risques que chacun est prêt à accepter… D’autres experts affichent ouvertement leur choix pour 2017, recommandant Bank of America, Allianz, Norfolk, le rail américain lié au fret de charbon. Ou encore Schlumberger et Toray.

 

Monaco joue la carte de la stabilité

ECONOMIE/Depuis 2014, les entreprises monégasques auraient absorbé “l’effet crise”, ressenti à partir de 2009 et seraient prêtes à affronter de nouveaux chocs.

Vue-de-Monaco-en-Helico-@-Chardan-DSC_0066

© Photo L’Obs’

« Monaco n’a pas de dettes ni de déficit. Notre micro-économie locale peut supporter les sources de volatilité au niveau international. » Dans son bureau du ministère d’Etat, Jean Castellini est confiant. Sans occulter pour autant les aléas liés à la conjoncture internationale. « Depuis l’élection de Donald Trump, on assiste à un renforcement du dollar par rapport à l’euro et à une remontée très nette des marchés. Aux Etats-Unis, on perçoit également une hausse des taux d’intérêts », observe le conseiller pour les finances. Avec son expertise d’ancien dirigeant de la banque Safra, Jean Castellini reste prudent. Conscient que « l’instabilité politique et économique en Europe pourrait entraîner des hausses de taux. L’année 2016 a montré la réticence toujours plus grande des peuples à suivre et confirmer leurs élites. Toute élection ou référendum qui s’assimile à un vote de confiance a provoqué un rejet. » D’où l’importance à ses yeux « de la stabilité du système monarchique monégasque »… Mais aussi de la stratégie budgétaire de la Principauté. Quand on lui rappelle que le FMI ou l’OCDE recommande aux Etats de pratiquer une politique de relance, Jean Castellini esquisse un sourire. Pas besoin de changer de ligne de conduite. « A Monaco, Etat à la fois libéral et social, on pratique la relance keynésienne tous les jours. Nous opérons des investissements pendant que les finances publiques le permettent… » Après la crise économique et financière de 2008, le budget de l’Etat est redevenu excédentaire depuis 2012.

La crise de 2008 absorbée

Une tendance favorable que l’on retrouve également du côté du secteur privé. Il y a des statistiques qui ne trompent pas, selon Lionel Galfré, directeur de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE). En clair, malgré un recul du chiffre d’affaires de la Principauté au 3ème trimestre 2016 (-3,6 %), les indicateurs monégasques de long terme seraient au vert. « La croissance du PIB, qui montre la création de richesse dans le pays, témoigne de le bonne tenue de l’économie monégasque sur une longue période. Dans le cadre du PIB 2015, la rémunération des salariés augmente de 1,7 % tandis que les impôts sur les produits (la TVA essentiellement) et l’excédent brut d’exploitation connaissent une hausse respective de 6 % et 11 %. » Depuis 2014, les entreprises monégasques auraient même absorbé “l’effet crise”, ressenti à partir de 2009 et retrouvé leurs marges (voir graphique). Ces indicateurs positifs présagent-ils de l’avenir ? « L’économie monégasque est en bonne santé pour affronter les années qui viennent, s’il n’y a pas de choc exogène majeur », juge Lionel Galfré.

Le dernier bulletin trimestriel 2016 de l’Imsee confirme cette tendance même si huit grands secteurs sur onze (notamment le commerce de gros) sont en retrait en cette fin 2016. « Après un début d’année poussif, l’emploi grimpe de 0,5 %. On n’est certes plus à des niveaux de +3 % mais dans le contexte économique global, c’est positif », analyse ainsi Lionel Galfré. Quand le bâtiment va, tout va, dit l’adage. Or, « la construction des dernières années alimente le marché du neuf. On enregistre 32 ventes de logements neufs depuis le début de 2016 et 382 transactions dans l’ancien. L’immobilier a retrouvé des niveaux de marges d’avant-crise, et ils sont même supérieurs, alors que 2008 était une année record… » note le directeur de l’Imsee. De là à former une bulle spéculative dans les années à venir ? « Rien n’exclut des facteurs géopolitiques qui rebattent les cartes. Mais en l’absence de crise, le marché immobilier, qui bénéficiera de nouvelles livraisons à court, moyen et long terme, est en mesure de se réguler. Il n’y a pas eu de livraisons trop rapides qui poussent les prix à la hausse et provoquent une bulle », analyse le conseiller pour les finances, qui mise sur l’implantation de nouveaux riches résidents.

 

START-UP/

Une pépinière en juin 2017 ?

Et si la pépinière d’entreprises monégasque voyait le jour en juin 2017 ? Selon Jean Castellini, le projet avance. Cette structure se voit allouer par l’Etat des locaux de 800 m2 dans la zone F de Fontvieille, à côté de Monaco Telecom. C’est tranché, elle sera « à la fois incubateur et accélérateur » de start-up. « Certaines entreprises ont besoin d’être entourées. D’avoir du mentoring, du conseil, des avis juridiques et comptables. D’autres ont davantage besoin d’argent. C’est notamment le cas des entreprises qui sont dans des phases dites “d’accélération” pour leur permettre de passer à l’étape supérieure. » Un financement pourrait alors leur être alloué par l’Etat via la SACDE (société d’aide à la création et au développement d’entreprises), qui subventionne les innovations. Quel sera le modèle économique de ce projet d’Etat, lancé en coordination avec les équipes de Monaco Telecom et de Xavier Niel ? « Nous savons que le coût des loyers peut, dans un premier temps, pénaliser ces entreprises à Monaco. Nous allons donc proposer des tarifs sans commune mesure avec ce que le privé pratique ou ce que les centres d’affaires proposent. »

 

En chiffres/

8,7 %

Selon le dernier bulletin de l’Imsee, les principaux indicateurs économiques au terme du troisième trimestre 2016 affichent des résultats contrastés. d’un côté, le volume global des échanges progresse de 8,7 % à près d’un milliard et demi. En revanche, le commerce de gros, plus important secteur en terme de chiffre d’affaires, est en repli de plus de 6 % (-217 millions d’euros). Bien que le solde reste positif, le rythme des créations d’activité ralentit tandis que celui des radiations progresse. L’activité touristique a été impactée négativement par l’attentat de Nice en juillet dont les effets pèsent sur les résultats de la période.

2 %

A la fin novembre, la performance du fonds de réserve constitutionnel, était de 2 %. « On devrait clôturer l’année 2016 avec un chiffre supérieur, ce qui est une bonne chose, vu la volatilité extrême des marchés », explique le conseiller pour les finances Jean Castellini. Au FRC, la partie investie dans des fonds est de 2 milliards d’euros. Le cash de 300 millions d’euros.

15 %

C’est la proportion des investissements éco et socio-responsables du fonds réserve constitutionnel. « Il est souhaitable que le FRC devienne de plus en plus vert. Il n’y a plus d’obstacle lié à la rentabilité, comme cela a été le cas dans le passé », estime Jean Castellini. A noter que cette part était de 3 % il y a dix ans…

 

« La croissance à Monaco reste soutenue »

INTERVIEW/Au Monaco Economic Board, Michel Dotta est optimiste. Selon le président de la chambre de commerce, les indicateurs sont au vert et la croissance monégasque devrait se poursuivre en 2017 voire s’accélérer dans les années qui suivent.

Michel-Dotta-Thermes_Light-@-SBM

© Photo DR

Comment voyez-vous l’année 2017 sur le plan économique à Monaco, compte tenu du contexte international incertain ?

Je suis globalement optimiste. Si le rythme de la croissance en principauté a ralenti en 2015 comparativement aux deux années précédentes, il reste cependant soutenu à 5,4 % contre 2,5 % dans le monde et 1,9 % pour l’Union européenne. Depuis la crise de 2008, et sur un marché mondial chahuté qui peine à retrouver une croissance stable, la Principauté affiche une pérennité économique objectivée par des indicateurs favorables.

Quels indicateurs ?

Le marché de l’emploi privé est en léger recul mais demeure dynamique avec une masse salariale en progression qui représente près de la moitié du PIB. Autre exemple positif, nous constatons une évolution soutenue du nombre d’entités en activité sur la période 2013-2015 de l’ordre de 4,8 %. Au regard de cette dynamique arithmétique, et dans l’hypothèse d’un climat géopolitique stable, il est envisageable que la bonne performance de l’économie monégasque se poursuive sur 2017 puis qu’elle s’accélère dans les années qui suivront, notamment grâce aux plans d’investissements vigoureux du gouvernement dans des projets structurants à forte valeur ajoutée comme l’extension en mer ou encore One Monte-Carlo, qui vont booster des secteurs-clés, tels que le tourisme et l’immobilier.

Quels secteurs seront en pointe selon vous ?

Les secteurs à la pointe, le PIB 2015 l’atteste cette année encore, sont les activités financières et d’assurances et les services aux entreprises. Ils font également partie des principaux employeurs de la place. Ces deux secteurs sont toujours en évolution positive et constituent à eux seuls près du tiers de la richesse produite à Monaco. Le troisième secteur qui enregistre une croissance exceptionnelle due aux opérations immobilières en cours est la construction. L’immobilier, qui a connu des résultats exceptionnels en 2014, est en léger repli tout en affichant une progression de PIB de près de 20 % entre 2013 et 2015 ; ce secteur reste une valeur sûre. Autre activité qui est dans l’ADN de la Principauté, le négoce international a connu plus de 10 % de croissance. On notera aussi la bonne performance du tourisme, qui dans un climat peu porteur, enregistre sur 2016 de très belles évolutions et notamment une progression de la rentabilité financière de +1,3 %. Bien que plus modestes que les secteurs précités, j’ajouterais enfin les Technologies de l’information et de la communication (TIC), qui font indéniablement partie des domaines prometteurs.

Quels sont ceux à la traîne ?

Il est difficile de parler de secteurs en pointe et de secteurs à la traîne dans la mesure où la force de notre activité économique réside dans sa diversité et dans la répartition et l’évolution assez équilibrée des secteurs d’activités. Mais il est clair que les nouveaux secteurs comme les TIC, avec le digital mais aussi le développement durable, vont émerger. Des initiatives à destination des entreprises monégasques pour encourager le développement économique par l’innovation, et qui sont aujourd’hui à l’étude, devraient d’ailleurs très prochainement accélérer le potentiel de ce type de secteurs d’activités.

Comment Monaco peut accélérer sa transition écologique et numérique ?

Afin de favoriser et supporter la transition écologique, des mesures gouvernementales d’incitations ont déjà été mises en place. Mais elles ne suffiront pas. L’engagement des entreprises et de l’humain sont indispensables. C’est un changement d’état d’esprit qu’il faut initier et soutenir et c’est ce à quoi s’attellent nos autorités. La transition énergétique dépend également des nouvelles technologies. Il est donc important de pouvoir créer un cadre et des initiatives favorables qui permettront d’accueillir des créateurs d’entreprises et de les accompagner dans des projets à haute valeur ajoutée pour la Principauté.

Quel type de pépinière d’entreprises espérez-vous en 2017 ? Un accélérateur ? Un incubateur ?

Pépinière, couveuse, incubateur, accélérateur… Chacune a un objectif, une cible, une durée d’accueil, un tarif et un fonctionnement spécifiques. Ce n’est pas la structure qui importe, c’est la volonté d’engager le changement dans des secteurs porteurs pour la Principauté — TIC, Green Energy, Clean Tech, Smart Cities, etc. — et de créer un environnement économique et fiscal favorable à leur implantation et à leur émancipation.

Quelles mesures permettraient selon vous de favoriser la croissance des entreprises monégasques ou de faire venir de nouveaux résidents ?

Les grands projets en cours vont développer et optimiser les flux entrants et sortants, que ce soit par voies aérienne, maritime, ferroviaire ou routière : l’extension en mer, l’entrée dans le capital de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur, le rachat de la concession de l’infrastructure du port de Vintimille, l’acquisition de rames de trains, le tunnel descendant Albert II… Ces projets, sans oublier le nouvel hôpital, ou encore l’entrée de nouveaux actionnaires dans le capital de la SBM, le projet de rénovation de l’Hôtel de Paris et la création de 7 nouveaux bâtiments de luxe à usage mixte qui constitueront un nouveau quartier de Monte-Carlo, me semblent être de nature à la fois à faire venir de nouveaux résidents et à favoriser la croissance des entreprises de Monaco. J’ajoute que notre place bancaire se porte bien et continue à se dynamiser, avec notamment l’arrivée de family office. Nous prévoyons d’ailleurs d’en prospecter de nouveaux dans le cadre des activités du MEB en 2017. En bref, les projets sont nombreux et je suis tout à fait optimiste pour l’avenir.

Mais…

S’il me fallait émettre néanmoins une suggestion, en matière de projets qui seraient utiles à la croissance des entreprises, j’évoquerais l’importance selon moi que la Principauté dispose d’un parc immobilier à usage exclusif de bureaux, un vrai quartier d’affaires, au sein de Fontvieille, dans lequel les espaces seraient aménagés à cet effet.

 

Smart Home : un marché en pleine révolution

ECOLOGIE/Nouvelle Ere, fondée en 2008, surfe sur la transition énergétique. Pour son Pdg, Salvatore de Luca, le chiffre d’affaires du marché du stockage de l’énergie et des maisons intelligentes devrait grimper de 20 à 30 % en 2017.

Nouvelle-Ere-Tetto-pendente-cliente-Bologna

© Photo Nouvelle Ere

Il n’y a pas qu’Elon Musk, l’emblématique patron de Tesla, qui propose des batteries destinées aux habitations et aux entreprises. Surfant sur la transition énergétique, les entreprises qui proposent des solutions pour stocker l’énergie se développent à un rythme effréné. A Monaco, c’est le cas de la société Nouvelle Ere (Energie renouvelable écologique), fondée en 2008, en pleine crise financière, par Salvatore de Luca. La SARL, transformée rapidement en SAM, commence par concevoir et financer des centrales photovoltaïques. Bénéficiant dans un premier temps d’investissements publics, elle se développe en Italie et en Angleterre. Avec la baisse des subventions publiques, Nouvelle Ere change de cap. Le dirigeant italien, résidant à Monaco, délaisse les fonds d’investissements pour les PME, en leur proposant des installations d’énergies renouvelables plus petites. « Au total, nous avons installé 100 000 panneaux photovoltaïques, une vingtaine de pannes d’éoliennes. Soit environ 2 000 installations depuis 2008 », note Salvatore de Luca. Le marché du stockage d’énergie est porteur. « Entre 2015 et 2016, le nombre de projets est passé de 2000 à 12 000 en Italie, et de 10 à 60 millions de chiffre d’affaires, par exemple. Et on parle de 50 000 projets transalpins en 2017 ! Aux Etats-Unis le nombre de projets a carrément grimpé de 120 000 à 300 000, avec un chiffre d’affaires qui a doublé de 300 à 600 millions d’euros ! » Une expansion logique : le solaire photovoltaïque est l’option la plus prometteuse en milieu urbain, notamment en termes de coûts. En France, selon l’Ademe, le solaire photovoltaïque sur toitures, qui pourrait représenter jusqu’à 364 GW, permettrait de couvrir près de 80 % des besoins en électricité du pays, s’il fonctionnait à plein régime…

Nouvelle-Ere-Smart-Home-2

© Photo Nouvelle Ere

En parallèle, Nouvelle Ere a décidé depuis deux ans de miser sur la maison intelligente (smart home) et de proposer des systèmes intégrés à la production d’énergies renouvelables. « On trouve des algorithmes capables d’utiliser au mieux l’énergie produite sur les centrales de nos clients. Des logiciels vérifient la consommation énergétique pendant la journée. » Logique : la mode est à l’autoconsommation. Ainsi, en France, les particuliers disposant de panneaux solaires sur leur toit, ou d’une centrale hydroélectrique reliée à un moulin par exemple, devaient envoyer l’énergie produite sur le réseau électrique. Depuis 2016, et dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, ils peuvent consommer l’énergie qu’ils ont produite. Les outils connectés permettent de rendre les habitats et les villes « intelligents ». Nouvelle Ere propose par exemple un système domotique permettant de gérer chaque appareil connecté à la maison, intégrant aussi un capteur de qualité de l’air, promettant 25 % d’économies. « En 2016, il y a eu 50 000 projets de Smart home en Italie et 500 000 en Europe. Pour 2017, nous prévoyons 20 à 30 % supplémentaires. » En pénétrant peut-être aussi le marché monégasque.

 

Star Clippers : un vaisseau amiral en 2018

TOURISME/Star Clippers, qui propose des croisières sur des répliques de voiliers légendaires, affiche une belle croissance.

Star-Clippers-SC+SF02c

© Photo Star Clippers

Dans le secteur de la croisière, Mikael Krafft a choisi l’hyper luxe. Cet ancien avocat suédois, qui a également baroudé dans le pétrole, l’immobilier et la finance, a lancé sur les mers ses premiers bateaux il y a 25 ans. Sa société Star Clippers, implantée à Monaco depuis 1996, est spécialisée dans les répliques de voiliers légendaires des XIXème et XXème siècles. Une passion pour la voile née dans l’enfance du businessman qui a grandi près du port de Saltsjobaden, au bord de la mer Baltique. « Je passais tout mon temps libre au chantier naval Plyms Shipyard, où étaient construits des bateaux de luxe… J’étais fasciné », explique-t-il aujourd’hui avec le même enthousiasme. Après ses deux premiers barquentins quatre mâts, le Star Clipper et le Star Flyer (170 passagers chacun), Krafft a fait voguer en 2000 le Royal Clipper, long de 134 mètres, avec coque en acier, cinq mâts et 42 voiles. Mais le plus grand voilier du genre dans le monde (avec une capacité de 227 passagers et un équipage de 106 personnes) va être détrôné par la réplique du France II, actuellement en construction à Split, en Croatie. Livré fin 2017, ce navire qui aura coûté autour de 100 millions d’euros, sera agrémenté de plus de 6 350 m2 de voiles…

Star-Clippers-Mikael-Krafft

© Photo Star Clippers

« L’industrie des croisières explose »

Pour chaque croisière, en Méditerranée ou aux Caraïbes, Star Clippers s’engage à livrer « un très haut niveau de service et un luxe romantique, très éloigné de l’anonymat des gros paquebots de croisière », souligne le président. Et ce à un prix concurrentiel en comparaison des croisières classiques : une semaine en cabine simple démarre à 1 500 euros. « La niche des croisières de luxe fonctionne très bien. Globalement, c’est toute l’industrie des croisières qui explose depuis 30 ans. Même les attentats du 14 juillet n’ont pas impacté le secteur », analyse le Suédois. Les chiffres du secteur sont d’ailleurs éloquents. Les estimations, non officielles, évoquent 34 millions de croisiéristes dans le monde en 2026, contre 13 millions en 2004 et plus de 24 millions prévus cette année. Or, le potentiel de croissance est jugé considérable puisque la croisière ne représente aujourd’hui que 2 % du marché global de l’industrie du tourisme et des voyages… Logique alors que d’ici 2024, 56 navires doivent être réalisés pour un investissement total de près de 40 milliards de dollars et une capacité de 165 000 lits, selon l’Association internationale des compagnies de croisière (CLIA)…

De son côté, Mikael Krafft est confiant. Avec son nouveau bateau, il devrait augmenter de 50 % le nombre de passagers (20 000 à 30 000) en 2018. « Et dès l’an prochain, nous comptons embaucher du personnel », ajoute Mikael Krafft, couronné Manager de l’année par le MEB et Monaco-Matin. Avec 40 salariés à Monaco et 500 sur les navires, Star Clippers gère ses croisières à 3 ou 4 mâts à travers le monde, tout comme ses 500 membres d’équipage.

 

Boutsen Aviation : pas de visibilité pour 2017

NICHE/Depuis Monaco, Boutsen Aviation est devenu l’un des leaders du marché européen de l’aviation d’affaires. Pour son fondateur, Thierry Boutsen, la présidence américaine pourrait avoir un impact positif sur le secteur.

Boutsen-Aviation-@-Boutsen-Aviation-g-vita

© Photo Boutsen Aviation

Thierry Boutsen était encore pilote lorsqu’il a fondé sa société d’avions d’affaires et d’hélicoptères en 1997. « Je n’avais pas du tout pensé à cette reconversion. Je pensais aller enfin visiter les endroits à travers le monde dont je n’avais pu profiter en courant en F1 ou en endurance… » Passionné par les engins après avoir travaillé sur des jets privés comme mécano à 18 ans, Boutsen s’est acheté son premier avion en 1988. Pour son compte, il commence alors à vendre et acquérir différents modèles. Vient alors l’effet boule de neige. En 1997, le vice-champion du monde de F1 Heinz-Harald Frentzen lui demande comment trouver le même modèle. Boutsen s’occupe de la transaction. « Deux mois plus tard, je lui donne les clés… » Le Belge, résident monégasque, a alors créé avec son épouse Daniela Boutsen Aviation qui servira tour à tour Keke Rosberg, Mika Häkkinen puis Michael Schumacher…

Boutsen-Aviation-@-Boutsen-Aviation-tb3

© Photo Boutsen Aviation

Une clientèle de chefs d’Etat et de sociétés cotées

Après avoir tourné dans le monde automobile, Thierry Boutsen se tourne vers l’aviation d’affaires. Il embauche ses premiers employés fin 2000. « L’entreprise a grandi progressivement. Nous sommes 9 aujourd’hui et avons vendu 329 avions et hélicoptères dans 50 pays différents », détaille l’ancien champion de F1, qui « gère (son) équipe comme une team de F1 ». « Notre société fonctionne comme une agence immobilière. On est des brokers, c’est-à-dire que l’on achète et l’on vend des avions d’affaires, neufs ou d’occasion. Nous effectuons la négociation, bien sûr, mais nous nous occupons aussi de la partie technique, de l’expertise, et réglons les problèmes légaux et administratifs », ajoute l’ancien pilote de Benetton et Williams. Certains jets sont même confectionnés sur mesure, avec chambres et salles de bain… Le profil des clients ? Des grosses sociétés cotées en bourse, des hommes d’affaires ayant besoin de se déplacer vite, des chefs d’Etat ou des entreprises de charters… En 2001, le prince Rainier lui avait ainsi confié la vente d’un Falcon et le prince Albert est l’un de ses plus gros clients.

2016 en dents de scie

Dans ce secteur, le bouche à oreille est capital. Le marché suit aussi la conjoncture économique et politique. « Nous avons terminé 2015 sur les chapeaux de roues. 2016 a été une année en dents de scie. Après un premier trimestre au calme plat, nous avons eu une grosse activité jusqu’en août puis, sans doute en raison des élections américaines, les gens ont été sur la défensive. Mais aujourd’hui, ça repart… », analyse l’homme d’affaires. Difficile alors dans un contexte international rempli d’incertitudes — entre la guerre en Syrie et la guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie — d’avoir de la visibilité pour 2017. « Quand j’ai commencé en 2000, nous avions des cycles de 2 à 3 ans. Aujourd’hui, ils durent 2 à 3 mois ! » Pour autant, Thierry Boutsen reste optimiste. « La nouvelle présidence américaine va jouer un rôle positif dans notre domaine. Donald Trump a sa propre flotte et connaît le bénéfice pour les sociétés d’utiliser un avion privé. » En France, une victoire de la droite à la présidentielle pourrait également impulser un nouvel élan. « Il y a 5 ou 6 ans, on recensait 650 avions d’affaires en France. Il en reste la moitié aujourd’hui. Alors qu’en Allemagne, le chiffre a progressé… » Une évolution liée à une différence de perception, culturelle : « En Allemagne, posséder un avion est une preuve de succès. Alors qu’en France, on est traité de sale riche… Les hommes d’affaires ont eu peur d’utiliser un avion privé pour des raisons d’image. » Sans oublier les craintes liées à un potentiel contrôle fiscal…

Malgré les turbulences liées à la crise, Boutsen Aviation a indéniablement pris son envol dans un secteur de niche. La société est aujourd’hui leader sur le marché européen. Si le chiffre d’affaires de la société demeure confidentiel, le montant des ventes donne le vertige. « La transaction tourne entre 10 et 30 millions de dollars. L’avion le plus cher a été vendu 105 millions de dollars et le moins cher 500 000 dollars », confie Thierry Boutsen.

 

« Nous devons nous préparer à des phases en dents de scie »

INDUSTRIE/Pour Jean-Franck Bussotti, président de l’Union monégasque des industries et métiers de la métallurgie, et patron de SAFAS, l’industrie monégasque est confrontée à des défis majeurs. Protectionnisme, velléités de réindustrialisation, révolution 4.0…

Jean-Francois-Bussotti-@-Realis-MEB

© Photo Realis/MEB

Que pensez-vous de l’avenir du secteur industriel en Europe et en principauté ?

Le secteur industriel est aujourd’hui confronté à des défis majeurs, sans commune mesure par rapport à nombre d’autres secteurs, et sans aucune référence au passé. En termes de concurrence, les entreprises de la plupart des autres secteurs sont simplement confrontées à des évolutions locales, ou au pire nationales, donc à des structures qui sont toutes supposées subir les mêmes surcoûts locaux et les mêmes charges, et aussi se conformer aux mêmes lois. A l’inverse, une industrie est confrontée à des mutations mondiales et pluriformes ; ses concurrentes profitent de libertés et d’avantages inconcevables chez nous, tandis que l’industrie européenne se voit entraver par des normes et règles européennes ou nationales souvent dogmatiques ou politiques, fréquemment excessives mais toujours destructrices de compétitivité, donc d’emplois.

Vous attendez beaucoup d’un accord d’association avec l’Union européenne, en cours de négociation ?

Nos industries attendent en effet beaucoup des négociations avec l’Europe, et rappellent que nombre de professions dites protégées vivent aussi de leurs clients industriels, et plus largement de leurs clients exportateurs et importateurs ; l’industrie représente une part importante de leur activité, directement ou indirectement, par le biais de leurs clients ou des clients de ceux-ci. C’est l’ensemble des acteurs économiques de la Principauté et de sa population qui dépend d’une issue favorable de la négociation, et dans leur propre intérêt, ceux qui lèvent aujourd’hui leurs boucliers devraient parfois être plutôt des militants de la première heure de la cause des entreprises exportatrices, ainsi que du maintien et de la restauration de leur compétitivité.

Que pensez-vous des stratégies de réindustrialisation des entreprises en Europe, et à Monaco, notamment par l’intermédiaire de l’Observatoire de l’industrie dont vous êtes membre ?

L’Observatoire de l’industrie vient de fêter son premier anniversaire, et l’ensemble des industriels s’accordent à dire que les débats ont été très utiles. Certaines décisions importantes nous ont été annoncées, comme la sanctuarisation des locaux industriels pour éviter qu’à chaque fois qu’une industrie part, ils ne soient dépecés par simple calcul court-termiste d’intérêt immobilier, privant alors de locaux vacants toute nouvelle industrie désireuse de s’installer. Nous attendons maintenant des mesures fortes pour aider notre compétitivité, car nos industries sont placées en situation de concurrence déloyale par rapport à toutes leurs concurrentes.

Lesquelles ?

Notamment, nous attendons une revalorisation de la prime industrielle d’aide aux loyers, et des mesures compensatoires quant aux exonérations de charges sur bas salaires qui sont pratiquées dans les pays voisins, la Principauté faisant pour l’instant exception : pour reprendre une image galvaudée, notre « plombier polonais », c’est pour nous le plombier de Beausoleil ou de Vintimille, et chacun comprendra l’importance cruciale de cette analogie lorsque le critère d’éloignement disparaît…

On ne peut faire abstraction du contexte économique et politique mondial, entre protectionnisme et montée du populisme…

Effectivement, aujourd’hui, tous les pays d’Europe manifestent leur volonté de réindustrialiser et de protéger leurs emplois industriels nationaux ; les derniers référendums en sont un cinglant témoignage. En parallèle, les élections aux USA démontrent une volonté similaire, susceptible de modifier durablement et régulièrement la donne au plan des exportations et importations industrielles mondiales. Gageons au passage que les pays émergents qui étaient en forte croissance ne resteront pas sans réaction, et que face à des pratiques protectionnistes fleurissant ici et là, ils pratiqueront des stratégies disruptives pour tenter de conserver leur croissance ; chaque pays aura sa méthode, et chaque nouvelle mesure pourra menacer nos échanges commerciaux avec ces pays et bouleverser les situations de concurrence, d’approvisionnement et de vente… sans compter les risques de conflits.

Que faire alors ?

Nous devons donc nous préparer à des phases en dents de scie, à évolution ultra-rapide, dans un contexte international d’une évolutivité telle que nous n’en avons jamais connu auparavant. Dans de tels contextes, les plus fragiles meurent ; c’est pourquoi il est urgent de rétablir la compétitivité de nos industries, afin qu’elles soient plus résistantes dans ces phases de profonde incertitude et soient à même de se développer pendant les phases de stabilité.

Comment voyez-vous l’ancrage de l’industrie 4.0 à Monaco ?

Cette révolution industrielle marque l’entrée de la révolution du numérique dans le monde de l’industrie. Nombre d’experts européens s’accordent à penser que cette révolution sera le vecteur principal de la réindustrialisation. A Monaco, nous ne pouvons pas passer à côté de cette mutation sans l’examiner, l’intégrer et tenter de l’adapter à la spécificité de notre modèle, qui n’est pareil à nul autre. Ceci signifie que nous ne pouvons pas transposer d’autres modèles : c’est à nous d’être visionnaires, comme nos princes l’ont toujours été dans le passé à chaque fois que c’était opportun, et de façonner ainsi notre avenir avec créativité, en associant également des jeunes compétents à notre réflexion. Mais ce besoin d’évolution rapide et de flexibilité est en contradiction avec les principes mêmes de l’investissement industriel, traditionnellement basé sur une analyse à long terme et un besoin d’amortissement dans le temps des investissements… C’est une difficulté majeure de plus pour les industries, et on peut espérer que sur ce plan, nos petites industries monégasques soient beaucoup plus agiles et adaptatives que les grosses industries des pays voisins qui, tels des paquebots, ne peuvent changer rapidement de cap. Pour reprendre un terme Internet, il faut être dans le responsive, et savoir s’adapter sans cesse à un cadre évolutif…

 

écrit par Milena