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Cala del Forte
Cap sur l’Italie

ECONOMIE — Les ports monégasques débordent ! Pour satisfaire les demandes d’amarrage en Principauté et désengorger les listes d’attente, la Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM) a fait l’acquisition d’un nouvel espace portuaire : Cala del Forte. Situé à Vintimille, il accueillera ses premiers bateaux en 2020 —

Les ports Hercule et Fontvieille affichent complet… Et les listes d’attente pour avoir une place en Principauté s’étirent. Tous les ans pourtant, des demandes d’amarrage à Monaco continuent d’affluer. Pour résoudre ce problème, la Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM), à travers sa filiale la Société Monégasque Internationale Portuaire (SMIP), a acquis en décembre 2016 le port italien de Cala del Forte, sur les rives de Vintimille. Dans le détail, la SMIP a racheté la société transalpine Cala del Forte, qui exploitera le port du même nom. Coût de l’opération : environ 90 millions d’euros pour une concession de 85 ans. Ce montant inclut des travaux, lancés en janvier 2017. Les propriétaires de bateaux devront toutefois s’armer de patience. Le port n’accueillera ses premiers yachts qu’au premier trimestre 2020, au plus tard.

Vintimille – Monaco en quinze minute

Pourquoi la principauté a-t-elle alors jeté l’ancre sur ce port italien, laissé à l’abandon depuis de nombreuses années ? Daniel Realini, directeur général adjoint de la SEPM, justifie ce choix : « À l’époque, nous voulions reprendre la concession de Beaulieu-sur-Mer. Nous avions un groupement avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nice et Vinci Construction, les discussions étaient avancées. Finalement, on s’est rendu compte que la hauteur de l’investissement comparé à la durée de concession faisait que l’objectif de rentabilité ne pouvait pas être atteint. Cala del Forte était plus attractif ». La SEPM, pour des raisons financières, a donc parié sur un port moins cher mais plus éloigné. Pour les usagers « exilés » en Italie, une navette ralliera Vintimille à Monaco. Cela prendra la forme d’un service privatif, à la carte, et exclusivement réservé à la clientèle du port. La navette pourrait accueillir jusqu’à 12 personnes. Daniel Realini et son équipe travaillent en ce moment avec la société A2V, basée à La Rochelle, afin d’ébaucher un prototype de bateau électrique. A2V, en pointe sur ces questions, a par exemple la paternité d’Evian One, une navette rapide et moderne pour relier différentes villes du lac Léman. Sa vitesse grimpe jusqu’à 55 nœuds. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit d’une utilisation lacustre, et qu’en Méditerranée, la rapidité de la navette devrait être affectée. Le directeur général adjoint de la SEPM, conscient du manque de recul sur un tel service, tient toutefois à rassurer : « Nous allons louer un bateau pour la première année, voir comment cela fonctionne et attendre les retours de notre clientèle. La navette devrait aller à 40 nœuds. Cala del Forte et Monaco seraient ainsi reliées en 15 minutes, 30 minutes aller-retour. Ce n’est tout de même pas énorme sur une journée ». Autre question centrale qui se pose : l’attractivité commerciale du port italien sera-t-elle au rendez-vous ? Au conseil national, plusieurs anciens élus avaient émis des doutes à ce sujet.

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20 % moins cher qu’à Monaco

Les propriétaires de yachts fortunés vont-ils en effet accepter d’amarrer loin du port de Monaco ? Ne seront-ils pas chagrinés d’effectuer des aller-retours ? « Je pense que cela ne dérangera pas les gens qui font une demande à Monaco d’être redirigés vers Vintimille, estime Daniel Realini. Il y aura la navette, et le standing sera le même qu’en Principauté. Certains ont d’ailleurs déjà fait la démarche en toute connaissance de cause ». En effet, la SEPM n’a pas attendu la fin du chantier pour lancer la commercialisation des places. Sur les 171 emplacements que contiendra le port de Cala del Forte, une dizaine ont déjà trouvé acquéreur. Le prix de la place sera environ 20 % moins cher qu’à Monaco. À l’origine, le port italien avait une capacité d’accueil de plus de 400 navires. La SMEP a fait le choix de limiter le nombre de places afin de proposer des emplacements plus conséquents. L’un d’entre eux — le seul de Cala del Forte — mesurera 70 mètres. Il s’agira par ailleurs de l’unique place en longside, c’est-à-dire que le bateau ne sera pas « cul à quai ». Pour les 170 autres points d’amarrage, les tailles varient de 6,5 à 60 mètres. En ce qui concerne les infrastructures autour du port, Cala del Forte contiendra 2 400 mètres carrés de locaux commerciaux. Les emplacements de magasins — il y en a plus de quarante — sont déjà presque tous loués. Il y aura aussi un parking d’environ 500 places (accessible à tous), un réseau Wi-Fi en fibre optique, une trentaine de caméras de surveillance, des gardes, un héliport et, bien entendu, une capitainerie.

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Trois obligations dans le permis de construire

Par ailleurs, les travaux de la société monégasque ne s’arrêtent pas au port de Cala del Forte en tant que tel. Le permis de construire comporte trois obligations, imposées par l’Italie. Premièrement, le versant d’une colline située derrière l’espace portuaire, mal en point et sujet à l’affaissement, doit être consolidé. « On ne fait pas un port à l’aval si l’amont n’est pas sûr », abonde Daniel Realini. Ensuite, la liaison entre Cale del Forte et la vielle-ville de Vintimille doit être rénovée et modernisée. Un ascenseur servira de lien. Il se trouvera dans le tunnel d’accès au port, lui aussi retapé à neuf et doté d’une nouvelle piste cyclable. Enfin, la balade de bord de mer, le passeggiata Marconi, qui court du chantier à l’embouchure de la Roya, doit faire l’objet de travaux d’aménagement. Réseaux d’assainissement, chaussée, trottoirs, végétation, mobilier urbain et signalisation, tout y passe ! La SEPM, par la voix de son directeur général adjoint, ne voit aucun problème à assumer le coût de ces travaux : « Ce sont des procédures traditionnelles dans l’acquisition de ce genre de concession. Cela garantit une cohérence dans un périmètre assez large autour du port ».

Maxime Dewilder

 

ACQUISITIONS

Les yeux braqués sur Cap-d’Ail et Rome

Si le port de Beaulieu-sur-Mer n’a pas retenu les faveurs de la SEPM, cette dernière assure ne pas avoir abandonné le projet pour autant. De la même manière, Daniel Realini et son équipe ne perdent pas de vue le port de Cap-d’Ail : « C’est le port idéal ! Nous sommes en veille stratégique pour être prêts le moment venu, en 2027, lorsque la concession arrivera à son terme. À ce moment-là, il y aura un appel d’offres et on ne peut pas ne pas faire partie des candidats. Nous mettrons tout en œuvre pour que ce port revienne à la Principauté ». Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de développement de l’offre portuaire monégasque dans un périmètre relativement restreint. L’autre orientation que souhaite suivre la SEPM consiste à exporter son savoir-faire à l’international et ainsi faire rayonner la Principauté. En effet, la société semble en bonne voie pour acquérir le port de Civitavecchia, à 45 minutes de Rome. Dans ce contexte, Daniel Realini ne s’interdit rien : « Le bassin méditerranéen est un environnement que l’on connait, tout comme la culture méditerranéenne. Même si chaque pays a ses particularités, les savoir-faire sont quasiment identiques. Nous pourrions construire des ports jusqu’en Sardaigne et pourquoi pas en Espagne s’il y avait une opportunité ». M.D.

EMPLOIS

Une aubaine économique pour Vintimille ?

Si Vintimille est très fréquenté pour son vaste “mercato” du vendredi et pour son marché de fruits et légumes, la ville italienne n’est pas vraiment un pôle économique et touristique très développé. Mais le jeune maire de cette ville de 26 000 habitants, Enrico Ioculano, en est convaincu : le “porto” Cala del Forte va être une véritable aubaine économique pour sa cité : « D’un point de vue commercial et touristique, ce projet est une opportunité unique de développement pour Vintimille, aussi bien pour le public que pour le privé, avait-t-il expliqué il y a quelques mois. Nous attendions cette opération depuis longtemps. » Au-delà de l’embellissement de la ville italienne, ce projet va être de surcroît un gros pourvoyeur d’emplois, directs et indirects. Et ce, aussi bien du côté monégasque que du côté italien. « Jusqu’à plusieurs centaines d’emplois », selon la SEPM. S.B.

 

 

 

écrit par Stephane