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Ça balance pas mal à la SBM…

SOCIÉTÉ/Entre les pertes financières cumulées ces 5 dernières années et le malaise social décrié dans l’entreprise, l’avenir de la Société des bains de mer sera forcément l’un des sujets majeurs de cette campagne électorale voire du budget primitif 2018.

La campagne électorale a à peine commencé que les balles commencent à pleuvoir contre la Société des bains de mer. La rengaine est toujours la même. Sur un air de “C’était mieux avant”, les langues se délient. La réunion publique de Primo ! consacrée à la vieille dame, le 8 novembre, en est un exemple patent. Nombre de salariés en place, de jeunes retraités et de syndicalistes ont tiré à boulet rouge sur les « échecs cuisants » de la société. Qu’il s’agisse de Betclic, du Cabaret ou encore du Monte-Carlo Beach Club à Marrakech et Abu Dhabi, les investissements de la dernière décennie n’auraient fait que creuser le trou financier de la société. Pour Primo !, « les chiffres parlent d’eux-mêmes », avec « officiellement 138 millions d’euros de pertes cumulées sur les cinq dernières années ». Et ce alors que « selon la direction, tout va bien : “On doit continuer à chercher sur quoi on peut faire des économies […] Vous avez devant vous un président heureux… avec de mauvais résultats” », ont moqué les adhérents du parti politique, citant les propos déconcertants récents du pdg Jean-Luc Biamonti.

Bientôt 300 croupiers ?

Pour Stéphane Valeri, « la stratégie, qui aboutit à la réduction du secteur jeux, au profit de l’immobilier » serait la plus préoccupante. L’effectif se réduit comme peau de chagrin, passant de 420 en 2010 contre 380 aujourd’hui. « Et la nouvelle convention des jeux prévoit une diminution de 80 postes. Si l’on ne fait rien, il y aura 300 croupiers d’ici quelques années… » La tête de liste Primo ! veut au contraire remettre les jeux, « qui ont fait gagner beaucoup d’argent à la société » par le passé, dans les priorités du management. Comment ? En dopant la politique marketing. « Il faut, par exemple, recruter des stratèges rémunérés à leur juste valeur. Il faut aussi consacrer des budgets importants aux invitations : les grands casinos disposent d’un jet privé pour leurs gros clients. À ma connaissance, la SBM n’en possède pas. Elle n’a même pas de limousine. Elle sous-traite l’accueil de ses clients à des entreprises extérieures… » Ce qui implique que l’Etat, actionnaire majoritaire à 64 %, réagisse. Et en finisse avec un laxisme dommageable, toujours selon l’ancien conseiller-ministre. « On a l’impression que le gouvernement se contente de constater une fois par an les déficits et les pertes… », maugrée Stéphane Valeri. Qui croit dans le pouvoir du conseil national pour changer la donne. « Un président qui a de l’autorité et qui a une majorité solide unie derrière lui, peut se faire entendre. Croyez-moi… Lorsque Jean-Charles Rey donnait un avis sur le casino, le gouvernement et la SBM suivaient. A l’époque, quand les administrateurs d’Etat de la SBM quittaient le bureau du gouvernement, ils repartaient avec des consignes et des ordres ! »

Cashflow positif

Dans le microcosme politique monégasque, tout le monde ne partage pas cette analyse. Chez Union monégasque, Bernard Pasquier estime que si certains investissements ont en effet été désastreux, les pertes actuelles de l’entreprise devraient se résorber d’ici 2019, avec la livraison du complexe de luxe One Monte-Carlo et de l’Hôtel de Paris nouvelle génération. « Quand on observe les comptes de la SBM, on voit en effet certaines constantes. Le secteur locatif gagne toujours de l’argent, l’hôtellerie en perd un petit peu, sachant que les travaux de rénovation ont privé l’Hôtel de Paris de 90 chambres, et que le taux d’occupation des chambres est de 64 % depuis 3 ans, et les jeux ont un chiffre d’affaires stable avec un résultat opérationnel toujours négatif », juge-t-il en s’appuyant sur les bilans financiers des trois dernières années. Avec un signal moins alarmiste : « Le résultat opérationnel du groupe est certes négatif mais le cashflow est, lui, positif. Ce n’est pas une compagnie qui perd du cash, qui emprunte pour financer ses pertes mais pour investir dans des travaux d’avenir. »

Problème structurel

Ce qui n’empêche pas, selon lui, « un problème structurel » : « avec une capacité hôtelière qui s’élève à moins de 1 100 chambres et 4 casinos sur le territoire, les frais fixes représentent un pourcentage plus important que d’autres groupes du secteur. » D’où « l’intérêt de générer des revenus avec une stratégie globale et une déclinaison de ses marques à l’étranger ». Et l’élu UM de préciser : « La SBM, même si elle jouit d’un quasi-monopole sur le territoire monégasque, est en compétition avec d’autres sociétés hôtelières (avec ou sans casinos) qui sont présentes sur de nombreux marchés, qui gèrent plusieurs dizaines de milliers de chambres, et qui ont depuis longtemps adopté une structure capitalistique qui facilite le financement de l’expansion à moindre coût pour l’exploitant. » Bernard Pasquier se base sur le modèle adopté par les sociétés hôtelières modernes qui ont partagé leurs activités en deux pôles distincts : une société de patrimoine qui possède l’immobilier, et une société d’exploitation qui loue cet immobilier à la société de patrimoine. « La première est intensive en capital et intéresse des investisseurs qui recherchent un rendement stable mais assez bas, la deuxième est intensive en main d’œuvre et savoir-faire, et intéresse des investisseurs plus avides de risque et de rendements élevés. » Pourquoi ne pas calquer cette solution au sein de la SBM ? « La SBM, avec moins de 2000 chambres concentrées sur un territoire de 2 km2, est condamnée à se développer à l’étranger pour rester compétitive et continuer à être un bassin d’emploi pour les Monégasques. » En clair, chez UM, la manne financière ne peut pas venir exclusivement des jeux intramuros. « C’est une ineptie de penser que l’industrie des jeux est la même qu’il y a 30 ans. Traditionnellement, le casino de Monte-Carlo était un casino d’élite. C’est fini depuis les lois sur le blanchiment. La brigade financière italienne surveille les plaques d’immatriculations devant le casino, les joueurs riches se cachent… », rappelle Bernard Pasquier.

Horizon 2020 en ligne de mire

Pour Horizon Monaco, il faut surtout laisser du temps au temps. « La relance des jeux a été clairement expliquée par le gouvernement, autorité de tutelle de la SBM, dans la présentation du budget primitif 2018. L’objectif de la direction générale est de faire de Monaco la plus belle destination de jeux en Europe à l’horizon 2020 », estime ainsi la tête de liste Béatrice Fresko-Rolfo. Parmi les mesures phares de cette relance destinée à attirer une nouvelle clientèle et fidéliser les habitués, l’élue se félicite des actions telles que les dîners surréalistes ou les opérations casino nomade qui vont se mettre en place. « Une carte de fidélité devrait voir le jour le 1er janvier 2018 avant d’être généralisée à l’ensemble du resort le 1er janvier 2019. L’avantage incontestable de la SBM, c’est qu’aucun autre opérateur ne peut se targuer d’avoir Monte-Carlo comme marque et comme étendard la Principauté de Monaco… » La candidate HM veut croire à l’avènement d’une « SBM structurée, performante, et concurrentielle au niveau international » : « Les résultats sont compliqués depuis deux ans et la baisse des jeux n’a rien arrangé. Mais je crois encore une fois que le plus dur est passé car les efforts semblent porter leurs fruits. On pourrait même s’attendre à une belle surprise… » On verra bien si elle viendra des prochains résultats trimestriels qui ne devraient pas tarder à tomber… Ou pas.

 

En bref/

Ciao les Qatari ?

C’est presque passé inaperçu. La SBM a publié un communiqué, le 19 octobre, informant de l’acquisition par l’Etat monégasque d’un bloc de 1 161 102 actions, représentant 4,73 % du capital et des droits de vote de la société. « A la suite de cette opération réalisée dans le cadre d’une transaction hors marché, l’Etat monégasque détient 15 742 458 actions SBM, représentant 64,21 % du capital et des droits de vote », indiquait la société. Compte tenu du niveau d’actionnariat, on peut se demander si l’Etat n’a pas racheté les parts de Qatari Diar. En 2012, Qatari Diar Real Estate Investment Company (l’État du Qatar), détenait 6,39 % du capital et des droits de vote de la Société des bains de mer et cette participation s’était diluée avec l’augmentation de capital en 2015, marquée par l’entrée de LVMH et Galaxy au capital. Cette vente marquerait alors la fin des projets qataris à la SBM voire à Monaco. En 2008, ils avait carrément fait une offre d’achat à hauteur de 27 % du capital…

 

Guéguerre politique

POLÉMIQUE/Sur la SBM, les candidats s’envoient des amabilités. Résumé de la polémique en quelques piques.

Lors des réunions publiques, Stéphane Valeri a distribué les mauvais points à Béatrice Fresko et Jean-Louis Grinda. Le premier uppercut ? « M. Nouvion, soutenu par Mme Fresko, alors à la présidence du conseil national, n’a rien demandé et évidemment rien obtenu au moment du vote de la désaffectation d’une parcelle de terrain public sur le site du Sporting : rien pour les jeux, rien pour le cinéma, rien pour les Monégasques. » Le deuxième ? « La liste UM a besoin de la SBM, car elle est un gros partenaire financier pour l’opéra. Pas étonnant donc qu’ils trouvent la politique actuelle de Jean-Luc Biamonti formidable. » La réplique de Jean-Charles Allavena ne s’est pas faite attendre. « C’est inquiétant que Stéphane Valeri ne connaisse pas le fonctionnement de la subvention aux entités culturelles. C’est le gouvernement qui négocie le montant de la subvention (1,4 million d’euros pour l’opéra) en direct avec la SBM. Ce n’est pas la SBM qui me paye ! » a rectifié le candidat Union monégasque. Taclant au passage Stéphane Valeri : « En tant que conseiller, il a assisté aux commissions tripartites SBM. La seule chose qu’il y a faite, c’est m’envoyer des SMS pour me dire que le gouvernement et la SBM étaient nuls… »

 

Finance/

Une sortie de la cote ?

On ne plaisante pas avec la bourse. Le 3 octobre, lors d’une séance d’examen du budget rectificatif au conseil national, la possibilité d’une sortie de la cotation de la SBM avait été évoquée par le conseiller de gouvernement-ministre pour les finances Jean Castellini. Une confidence en public aux élus qui n’a pas été franchement été du goût des dirigeants de la société. La SBM s’est fendue d’un communiqué officiel trois jours après pour rassurer les actionnaires au sujet de « l’existence d’une réflexion sur un projet de retrait de la cote ». « Cette question a déjà fait régulièrement l’objet d’une revue au même titre que de nombreux autres projets stratégiques concernant son capital ou ses activités, et ce depuis de nombreuses années. L’étude d’un projet de cette nature n’a pas été mise à l’ordre du jour d’un quelconque organe de gouvernance de la société et aucune décision n’a été prise sur le sujet », a-t-elle immédiatement réagi le 6 octobre. Certains élus se prononcent radicalement contre une sortie de la bourse. « La cotation est un garde-fou contre un pillage en règle de cette société, elle oblige à une certaine rigueur et à un audit par une société internationale. C’est ce qui tient la SBM dans les clous », affirme ainsi Bernard Pasquier. Osant au passage une comparaison avec le budget de l’Etat. Si le le FMI venait évaluer notre budget, l’opération Testimonio II serait dedans et pas dans le budget bis du fonds de réserve constitutionnel… »

écrit par Milena