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Budget primitif 2016
Oui mais…

POLITIQUE/La loi de finance a été adoptée le 14 décembre, avec 7 abstentions. Après 4 soirées de débats sur l’usine d’incinération, la réforme des retraites des fonctionnaires, le financement de la dépendance ou encore les chantiers de l’ASM… Focus.

 

« Oui l’année 2015 a été rude sur le plan politique mais notre majorité est à sa place, au travail. » Laurent Nouvion l’assure : les nuages sont désormais derrière lui et de « nouveaux équilibres » se sont mis en place avec le gouvernement. « Le dialogue et les échanges se sont améliorés. Ils sont plus fluides, plus francs et donc plus constructifs », a analysé le président du conseil national, le 14 décembre. Listant, au passage, les succès attribués à la majorité Horizon Monaco qui en découlent : une école primaire à la Condamine, trois opérations immobilières domaniales pour près de 70 logements, près de 250 millions d’euros d’achats fonciers stratégiques dans le secteur protégé…

 

17 pour, 7 abstention

Après un budget rectificatif 2015 houleux, où la relation conseil national/gouvernement était au cœur des débats, la question d’un dialogue institutionnel fructueux revint forcément en boomerang au moment de l’adoption du budget primitif 2016. Cette fois-ci, dans un climat apaisé, la loi de finance est passée comme une lettre à la poste, avec 17 voix pour et 7 abstentions (1). Même Jacques Rit, le seul à avoir voté contre au BR, a donné sa confiance au gouvernement.

Mais il ne faut pas se tromper : un contexte particulier a pesé dans la balance. L’hospitalisation du ministre d’Etat, victime d’un accident cardio-vasculaire le matin même, a en effet jeté un froid dans l’hémicycle. Une bonne partie des élus, à l’instar de Thierry Poyet ou Jean-Michel Cucchi, ont d’ailleurs carrément décidé, en raison de l’absence de Michel Roger de ne pas motiver leur choix. D’aucuns ont même transformé leur abstention en vote positif, jugeant qu’ils ne pouvaient pas s’abstenir sans justification.

 

Poussière sous le tapis

Au-delà de ce contexte pesant, certains membres de la majorité, et pas des moindres, ont fait clairement comprendre que le malaise avec l’Éxécutif était toujours là et que la poussière avait été temporairement rangée sous le tapis. A commencer par Marc Burini. Si le président de la commission des finances s’est prononcé en faveur de la loi de budget, il l’a fait du bout des lèvres, en trainant les pieds. Désabusé après « les rendez-vous manqués de l’année », le rapporteur a déclaré que de toute façon, « un vote négatif ou d’abstention ne saurait (lui) donner l’assurance de couvrir le risque putatif du non respect des engagements donnés par le gouvernement. » En clair, autant voter oui… Le vice-président de l’assemblée, Christophe Steiner, lui, s’est abstenu, en tenant peu ou prou le même discours. Ce qui commence à faire désordre. Et montre surtout que la confiance est loin d’être restaurée. Y compris au sein de la majorité parlementaire.

 

Recomposition de la majorité ?

Du côté de l’opposition, on ne s’est pas gêné pour mettre les pieds dans le plat. Dans son discours de politique générale, Jean-Louis Grinda tirait les enseignements de « l’échec politique considérable » d’une majorité « qui a volé en éclats » lors du rectificatif. L’élu Union monégasque en a profité pour lancer un appel. Se gaussant de la « méthode Coué » utilisée par Laurent Nouvion (« tout va bien, j’ai beaucoup appris et le gouvernement va être gentil »), il a invité ses collègues de l’hémicycle à « s’employer au plus vite à créer les conditions politiques d’un nouveau départ avec le gouvernement » ; ce qui passe, selon lui, par « une recomposition de la majorité pour laquelle le groupe Union Monégasque se déclare disponible sans aucune contrepartie politicienne »

En attendant il est de plus en plus net que le frondeur Jean-Charles Allavena partage son constat sur une majorité qui « se fracture, se rebelle, et se démotive ». L’élu (toujours) HM a presque pris la balle au bond, en indiquant qu’il est urgent de trouver « ensemble, ou séparément, des solutions » aux « dysfonctionnements à répétition (qui) mettent en péril l’esprit de nos institutions ».

 

Impréparation

Ce malaise chez HM, on l’avait déjà perçu quelques jours avant les débats budgétaires. Le 30 novembre, à l’occasion de l’adoption d’une proposition de loi — sur le papier, très consensuelle —, la majorité a montré ses incohérences. Au mieux, un manque cruel d’organisation.

Alors que Christian Barilaro et Béatrice Fresko, deux élus fidèles de Laurent Nouvion, défendaient tranquillement un texte permettant de créer une aide nationale élargie à la famille — destinée à allouer des allocations aux enfants dont les parents ne sont affiliés à aucun régime social —, Christophe Robino — très vite suivi de ses collègues UP— a menacé de s’abstenir. « Je ne peux qu’adhérer au principe de création d’une aide sociale pour les familles dans le besoin. Mais j’insiste sur la nécessité de prendre en compte la situation financière des foyers dans les conditions d’attribution », a averti le médecin. Surtout que comme le rappelle Jean-Charles Allavena, « dans les nouveaux attributaires potentiels de cette aide, on trouve des gens dont le patrimoine ou les revenus sont tels qu’ils devraient avoir honte de demander ou de recevoir une aide de l’Etat ». Devant ce remue-ménage inutile, c’est finalement Marc Burini qui a offert une porte de sortie honorable à la majorité parlementaire en proposant un amendement sur le siège, suggérant que le gouvernement fixe des critères de revenus. Un amendement très vite accepté par Laurent Nouvion ainsi que par l’ensemble des élus. Même si Christian Barilaro jugeait que le conseil national se tirait lui-même une balle dans le pied, en confiant au gouvernement le soin du plafonnement des ressources, ce en quoi il n’avait pas totalement tord… Bref, on a encore du mal à comprendre comment les élus n’ont pas bordé leur texte en amont, en commission. A moins que certains veuillent se démarquer à tout prix. « Mais dans ce cas-là, personne n’y gagne et c’est toute l’assemblée qui perd en crédibilité », juge Thierry Poyet.

En 2016, Laurent Nouvion devra donc colmater une bonne fois pour toutes les fissures d’une majorité de plus en plus filandreuse et indisciplinée. En coulisses, ses proches assurent qu’un recadrage s’impose, tout en faisant en sorte que les “déçus” crèvent l’abcès. Un tel recentrage passera peut-être par la constitution, en janvier, de groupes parlementaires. A ce moment-là, chaque élu sera contraint d’adhérer (ou pas) au groupe Horizon Monaco. La logique partisane resurgit déjà : l’UP veut en effet créer son propre groupe. Ce qui risque de poser quelques difficultés : HM exploserait alors en groupuscules UP, R&E, Synergie monégasque et indépendants… Avec quelle unité à la clé, qu’elle soit réelle ou de façade ?

Sur le plan politique, le président du conseil national a listé les priorités pour 2016. Proposer des pistes afin de parer au déficit de livraison domaniale entre 2020 et 2025 ou encore s’atteler à l’étude technique et juridique de la loi de désaffectation de l’Anse du Portier. Côté législatif, il promet de s’attaquer à la loi sur le secteur protégé « qui à l’heure actuelle ne satisfait personne » mais aussi la fin de vie, « sujet ô combien délicat ». « Les Monégasques seront à même de comparer nos promesses et leur réalisation car ils nous regardent, ils nous jugent, ne les décevons pas », a intimé Nouvion à ses troupes. La question demeure : l’écouteront-elles ?

 

(1) Pour : Burini, Barilaro, Svara, Fresko-Rolfo, Lavagna, Elena, Cucchi, Robino, Crovetto, Boisson, Rit, Boeri, Clerissi, Ficini, Nouvion, Rossi, Rougaignon-Vernin. Abstentions : Allavena, Robillon, Pasquier, Grinda, Poyet, Amoratti-Blanc, Steiner.
(2) Faute d’activité professionnelle, lorsque le père travaille en France, ou lorsque tous deux sont affiliés à un régime social qui ne sert pas ce type de prestations.

 

BUDGET/

En chiffres

5,8

C’est le montant de l’excédent, en millions d’euros, du budget primitif 2016. Résultat de 1 milliard 143 millions de recettes (en hausse de 7,7 % par rapport au budget primitif 2015) et de 1 milliard 137 millions de dépenses (en hausse de 7,4 % par rapport au BP 2015).

5

Le “fonds vert national”, nouvellement créé, sera dédié à la transition énergétique et est doté de 5 millions d’euros. « Cette mesure doit permettre de disposer des moyens financiers aux fins d’atteindre les objectifs fixés par Albert II de réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 » a indiqué le ministre d’Etat.

300

Une prime exceptionnelle de fin d’année de 300 euros par personne est allouée aux fonctionnaires et salariés du CHPG « au regard des bons résultats budgétaires de l’Etat ».

 

REGIONALES 2015/

« Cette vague brune n’est pas isolée »

En coulisses, durant l’entre-deux tours, les élections régionales françaises ont nourri les conversations des conseillers nationaux. Mais c’est publiquement que Bernard Pasquier a commenté la percée du Front national. « Dans plusieurs régions, y compris la région voisine (où Estrosi a finalement battu Marion Maréchal Le Pen, N.D.L.R.), les électeurs ont presque décidé de fermer la porte à ce qui a fait son âme. Cette vague brune n’est pas isolée, ni temporaire. Elle enfle même, dans de nombreux pays européens », s’est alarmé l’élu Union Monégasque. Rappelant que Monaco n’est pas une bulle. « Deux tiers des résidents de la Principauté sont des étrangers. Tout cela nous concerne au plus haut point car Monaco est probablement le pays au monde qui dépend le plus de l’étranger. Ce « melting pot monégasque », de tous les pays, de toutes les couleurs de peau, de toutes les religions, de toutes les orientations sexuelles, c’est notre chance et notre force. » L’occasion aussi de réaffirmer que le conseil national est garant que ces étrangers « seront toujours traités avec justice, sans discrimination, qu’ils ou elles soient de richissimes hommes ou femmes d’affaire, des employées de maison ou bien des ouvriers. » On le sait mais c’est toujours bon de marteler ce message de justice et d’équité.

écrit par Milena