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BorgWarner
Le choc

ECONOMIE / Dans 15 mois, BorgWarner veut définitivement fermer son site monégasque. Près de 200 salariés seront licenciés, dont 153 CDI.

Depuis l’annonce de la fermeture de BorgWarner le 28 janvier, les salariés de cet équipementier automobile ont débrayé cinq fois. Alors que L’Obs’ était en bouclage le 13 février, d’autres mouvements n’étaient pas exclus. C’est la colère et l’incompréhension qui prédominent chez les 153 salariés de cet équipementier automobile qui fabrique principalement des électrovannes, c’est-à-dire des vannes à commande électrique pour deux marchés de l’industrie automobile : les transmissions de boîte de vitesse et les injections moteur. Le secteur industriel continue sa chute à Monaco (1).

« Pression »
« La compétence de BorgWarner Monaco a toujours été la haute pression. Or cette technologie s’est révélée complexe à maîtriser pour les constructeurs automobiles et les équipementiers. C’est la basse pression qui s’est finalement imposée sur le marché, au détriment de la haute pression et donc des productions de BorgWarner Monaco », soupire le directeur d’usine et administrateur délégué de BorgWarner Monaco, Philippe Willmann. La crise économique et un marché automobile en berne pèsent aussi, même si une légère amélioration est espérée (voir encadré). « Les parts de marché des électrovannes basse pression sont donc déjà prises. L’option de produire des électrovannes basse pression à Monaco n’est donc pas envisageable car le marché est saturé, ajoute Philippe Willmann. Le marché de l’injection moteur subit aussi la crise économique et le manque de croissance des constructeurs automobiles. Avec également plus de concurrents qu’avant, ce qui pousse les prix de vente vers le bas. »

« Bénéfices »
Après avoir tenté une relance sur le marché de l’injection moteur et une diversification dans le secteur agricole et des camions, l’entreprise ne serait pas parvenue à se redresser selon la direction. « Faux » pour les salariés qui rappellent que le site monégasque de BorgWarner a généré 64,4 millions d’euros de chiffres d’affaires pour un résultat net de 1,9 million d’euros. « Comment se fait-il qu’une entreprise comme BorgWarner, qui réalise des bénéfices, qui fait les 3X8, qui tourne tous les week-ends, mette du jour au lendemain tous les salariés à la rue ? L’entreprise a décidé de faire encore plus de bénéfices et de délocaliser. C’est normal ? » se demande Anne-Marie Chaigneau, membre de la direction et du bureau fédéral de l’Union des syndicats de Monaco (USM).

« Difficultés »
Si pour les salariés et les délégués du personnel le plan social n’est absolument pas justifié, la direction estime que BorgWarner perdra de l’argent dès 2014. Quant au bénéfice enregistré en 2013, Philippe Willmann le justifie parce qu’« un de nos clients nous a versé une importante compensation contractuelle du fait d’un niveau de commandes inférieur à ce à quoi il s’était engagé. Mais cette recette exceptionnelle, pas directement liée à la production de l’entreprise, ne remet malheureusement pas en question nos difficultés structurelles. » Du coup, les 4 750 m2 de l’immeuble Albu seront vides d’ici 2015. Et près de 200 salariés vont donc perdre leur emploi.

« Chômage »
Le 30 janvier, le gouvernement a réagi, d’abord par l’intermédiaire du ministre d’Etat, Michel Roger : « J’ai demandé à Jean Castellini et à Stéphane Valeri de recevoir le directeur de BorgWarner pour qu’il explique au gouvernement la raison de cette décision. » Le conseiller pour les affaires sociales, Stéphane Valeri, a rappelé que l’Etat possède un « dispositif qui permet de préserver l’emploi sur le moyen et le long terme. Ce qui permet aux entreprises de faire face à des baisses d’activité en prenant en charge une partie du chômage. Aucune demande de BorgWarner n’a été faite, contrairement à Mecaplast (2) où beaucoup d’emplois ont ainsi pu être sauvés. » Le conseiller pour les affaires sociales veut tout essayer : « Même si ça semble très complexe, voire impossible, on va demander à la direction de BorgWarner de réfléchir à la possibilité de rester en principauté avec le soutien du gouvernement. Notamment avec l’aide au chômage partiel. »

« Aides »
Comme toutes les entreprises industrielles, BorgWarner perçoit une aide au loyer. « Ils touchent le maximum pour l’aide industrielle », confirme Stéphane Valeri. Si le plan de licenciement est confirmé par la direction, l’inspection du travail veillera à ce que les dispositions légales soient respectées. Avec des indemnités minimums de licenciement, des rangs de priorité pour les licenciés, des avantages pour la reconversion… « Pour Mecaplast, on a bloqué le plan de licenciement parce qu’il ne nous semblait pas assez favorable aux salariés », rappelle Valeri. Avant d’ajouter : « Nous aiderons ces 153 salariés à retrouver un travail. Par dérogation, ils seront autorisés à s’inscrire au service de l’emploi, même s’ils ne résident pas en principauté. Avec la direction, on peut voir si des mesures supplémentaires peuvent être prises : appel à des entreprises spécialisées dans le reclassement des salariés, aides à la création d’entreprises… »

Négociations
Les discussions entre les délégués du personnel et les dirigeants se poursuivent. Selon les salariés, on leur aurait proposé le minimum : 1/5ème de salaire mensuel par année jusqu’à 10 ans d’ancienneté et 1/3 de salaire au-delà de 10 ans. Et des emplois à Tulle (Corrèze), en Pologne, en Allemagne ou en Italie. Les négociations s’annoncent serrées.
En tout cas, la direction refuse de chiffrer le coût de ce plan social. Même chose lorsqu’on demande le chiffre d’affaires, le résultat net et le nombre de salariés sur les cinq dernières années. Pendant ce temps, l’USM rappelle que le secteur industriel monégasque est composé de 110 entreprises qui emploient plus de 3 200 salariés : « Ils ont apporté une grande richesse à Monaco, près de 10 % du chiffre d’affaires. Aujourd’hui, il pourrait atteindre 8,5 % si on laisse encore partir des industries… »
_Raphaël Brun

(1) Voir notre dossier complet consacré à l’industrie dans L’Obs’ n° 115.
(2) Touché par la crise, cet équipementier automobile créé en 1955 a décidé en octobre 2012 de lancer une restructuration qui touche 136 postes en principauté. L’Etat a inscrit une enveloppe de 19 millions d’euros au budget rectificatif 2012.

Marché automobile
Vers un léger mieux ?

Début février, le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) a annoncé une hausse des immatriculations de voitures neuves en données brutes de 0,5 %. Notamment grâce aux bons résultats enregistrés par Renault et PSA. En décembre, les immatriculations ont enregistré un bond de 9,4 %. 125 477 voitures ont été vendues en France au mois de janvier. Après une baisse de 5,7 % l’an dernier, le marché devrait se stabiliser en 2014, après avoir connu ses plus mauvais résultats depuis une quinzaine d’années. En 2013, c’est le marché chinois qui s’est imposé comme premier marché automobile du monde, avec 21,98 millions de véhicules vendus. Aux Etats-Unis, 15,6 millions de voitures ont été écoulées en 2013, soit un million de plus que l’année précédente. 16 millions de ventes sont espérées en 2014._R.B.