Jean-Louis-Campora

AS Monaco
Ça bouge toujours

FOOT / Départ de Tor-Kristian Karlsen, retour de Jean-Louis Campora… Les mouvements se poursuivent à l’AS Monaco depuis la prise de pouvoir de Dmitry Rybolovlev en décembre 2011.

Tout a commencé un vendredi. Le 23 décembre 2011, par le biais d’un communiqué officiel, le club annonce que Monaco Sport Invest (MSI) devient actionnaire majoritaire du club à hauteur de 66,67 %. Le nouveau patron est un milliardaire russe, Dmitry Rybolovlev. C’est d’abord le conseil d’administration qui est modifié, avec un nouveau président, Rybolovlev, qui promet d’investir au moins 100 millions d’euros sur 4 ans. Voire plus si besoin.

Ambitions
Une promesse qui laisse entrevoir la possibilité pour l’AS Monaco de redevenir un club de premier plan, avec de grandes ambitions nationales et européennes. Mais il n’y a pas qu’en coulisses que les changements se multiplient. Sur le terrain, ça bouge aussi. Dès le premier mercato, 9 joueurs (Subasic, Kagelmacher, Tzavellas, Wolf, Koman, Dirar, Tziolis, Barazite, Touré) sont recrutés. L’été dernier, Tziolis et Koman sont repartis. Alors que 7 nouveaux ont rejoint l’ASM : Roma, Raggi, Ndinga, Poulsen, Bajrami, Ocampos et Ribas. Depuis janvier 2012, Monaco a dépensé plus de 40 millions d’euros pour son recrutement. Mais alors qu’on pensait le club à peu près stabilisé, de nouveaux changements ont lieu dans l’organigramme. Si les mouvements de joueurs peuvent s’expliquer sportivement, les changements dans l’organigramme du club sont plus difficiles à cerner. A ce jour, c’est le directeur exécutif Evgeny Smolentsev qui a effectué le passage le plus bref à l’ASM. Arrivé en décembre 2011, il a géré le recrutement début 2012. Mais cet ancien directeur sportif du Spartak Moscou n’est finalement resté que 3 mois en poste. Dans un communiqué du 12 mars 2012, le club indique seulement que la « mission » de Smolentsev est terminée et que sa position « a été dissoute. »

Rumeur
En revanche, Tor-Kristian Karlsen a eu une trajectoire plus étonnante. Recruté comme directeur sportif le 12 mars 2012, ce Norvégien affiche une certaine expérience. A 37 ans, il est passé par plusieurs clubs européens. Notamment Hanovre, Leverkusen, (Allemagne), Watford (Angleterre), Zürich (Suisse), Saint-Petersbourg (Russie) ou Fredrikstad (Norvège). Des clubs où il était chargé de superviser des joueurs dans le cadre de la cellule de recrutement ou carrément au poste de directeur sportif. En février 2012, une rumeur annonce que Karlsen vient seconder Evgeny Smolentsev dans le secteur sportif. Mais c’est finalement le poste de directeur sportif que le Norvégien occupe. Pourtant, les mouvements ne s’arrêtent pas là. Fin mars 2012, Dmitry Chechkin, un proche de Rybolovlev, est nommé vice-président du conseil d’administration.

Réaction
Si en avril et mai 2012 les supporters rêvent d’une montée après une série de bons matches (11 victoires, 3 nuls, 5 défaites), Monaco échoue et reste en Ligue 2. La réaction ne se fait pas attendre. Le 19 mai, un communiqué du club annonce sa volonté de « ne pas renouveler son staff technique. » Une décision qui concerne l’entraîneur Marco Simone, mais aussi Frédéric Barilaro, David Barriac et Lionel Iacono. Une décision qui provoque aussi beaucoup de réactions en principauté. Notamment chez les élus du conseil national, choqués de voir un Monégasque, Barilaro, viré de l’ASM. Du coup, le prince Albert intervient. « Différentes options lui seront proposées pour qu’il reste au club », explique Albert II à L’Obs’ le 12 juin 2012. Dans les heures qui suivent, une réunion a lieu. Et Barilaro est réintégré au poste de directeur du centre de formation.

Téléfoot
Au cours des semaines qui suivent ces événements, la structure du club continue d’évoluer. La direction de la communication est confiée à Bruno Skropeta, qui occupait le même poste au Paris-SG. Cet ancien journaliste de Téléfoot a travaillé avec Charles Villeneuve, alors directeur des sports à TF1, avant de rejoindre le Paris-SG en juillet 2008.
Du côté sportif, Simone est remplacé par l’entraîneur italien Claudio Ranieri fin mai 2012. Alors qu’une directrice administrative et un « team manager » sont recrutés au sein du secteur administratif.
Le 10 septembre, c’est un nouveau départ important qui est enregistré par l’ASM. Nommé vice-président en mars, Chechkin quitte le navire. Un communiqué officiel explique qu’il « se retirera de ses fonctions. » Un départ qui intervient alors que le club annonce avoir avoir « achevé sa réorganisation et que les performances sportives à venir sont maintenant la priorité. » En tout cas, la direction du club décide de ne pas remplacer poste pour poste Chechkin. S’il n’y a donc plus de vice-président, Karlsen est propulsé directeur général exécutif. Ce Norvégien passe donc de directeur sportif à numéro 2. Karlsen se rapproche donc du président Dmitry Rybolovlev, à qui il rendra directement des comptes.

Retour
Depuis, le calme semblait revenu dans les rangs administratifs de l’ASM. Si Monaco enregistre des résultats satisfaisants sur le plan sportif, le club n’en finit pas de modifier son organigramme. Dernier épisode en date : le 18 janvier, L’Équipe et Monaco Matin annoncent la démission de Tor-Kristian Karlsen. Officiellement, le Norvégien a démissionné « pour raisons personnelles » le 1er janvier. Mais les changements ne s’arrêtent pas là.
Dans l’après-midi même du 18 janvier, le club annonce le retour de l’ex-président du conseil national et de l’AS Monaco, Jean-Louis Campora. A 75 ans, il prend la vice-présidence du club, après en avoir été le président pendant 28 ans, entre 1975 et 2003. Très influent au sein du foot français, Campora expliquait à L’Obs’ en octobre 2011 : « A l’époque, on avait pour souci de faire évoluer le foot français. Et on était incontournable. Même quand on ne parlait pas du Monaco de Campora, du Lyon d’Aulas ou du Lens de Martel. » Ce qui n’était plus le cas depuis son départ, en 2003. « Au fond, c’est comme dans la vie. Les choses ont un équilibre et une certaine noblesse tant qu’il y a un rapport de force… »

« Triste »
Bien sûr, l’ancien-président de l’ASM ne se voyait pas revenir à la tête du club : « Revenir à la tête du club ? La question ne se pose pas. Donc je n’ai pas à me prononcer là-dessus. » Tout en avouant : « Je suis triste de la situation de l’AS Monaco. Mais il y a eu trop de changements. La mémoire disparaît. Et les compétences des uns et des autres n’ont pas le temps de s’affirmer. En tout cas, on n’aurait jamais dû en arriver là. » Après le départ du président Jérôme de Bontin en mars 2009, Campora ne cachait pas ses envies de retour à l’ASM. Notamment dans L’Équipe : « Si on veut bien m’entendre, pour que ce club se reconstruise et revienne au niveau qu’il n’aurait jamais dû quitter, je suis à disposition. » Un appel du pied qui a donc fini par payer, quatre ans plus tard.

Réseau
« Dans ses nouvelles fonctions, M. Campora sera en charge des relations extérieures du club, notamment avec les principales instances dirigeantes du football et avec les autres clubs » explique un communiqué du club. Bref, l’idée c’est donc de mettre à profit le réseau de Campora pour permettre à l’ASM de redevenir un club influent dans le championnat français.
Dans une interview accordée à L’Equipe le 30 janvier, Campora est très clair : « Il y avait un rejet du club par les instances. Et on se retrouvait à la marge du football français. » Tout en donnant des précisions sur le contenu de sa mission : « D’abord former deux personnes francophones, dont l’une, M. Vadim Vasilyev est déjà là avec le titre de directeur technique. L’autre arrivera prochainement pour être directeur général. » Mais le rôle de Jean-Louis Campora est plus large encore, puisqu’il aura aussi « un regard sur la gestion du club dans le but de le faire monter en Ligue 1 (L1), de préparer la saison prochaine et de bâtir une équipe compétitive pour que Monaco redevienne un grand club. »
Mais c’est un CDD que prévoit Campora : « Je ne viens pas pour 10 ans. Je m’en sentirais capable. Mais l’idée, c’est de donner un coup de main sur 18 mois, jusqu’en juin 2014. »

« Racines »
Quant au départ de Karlsen, il ne serait pas lié à l’arrivée de Jean-Louis Campora. C’est en tout cas ce que jure l’ex-président de l’ASM : « C’était programmé. Mais il est vrai que le club s’est brutalement coupé de quelques figures emblématiques. Et que beaucoup de personnes sont venues de l’extérieur. Il y a eu une forme de rupture et une frustration pour les supporters qui ne se reconnaissent pas dans l’ASM actuelle. J’ai moi-même ressenti la même chose. C’est peut-être la preuve qu’on ne peut pas se couper comme ça de ses racines et de son histoire. Là aussi, le président a tiré certaines leçons. »
Une certitude, si le club affirmait avoir fini sa réorganisation, les arrivées et les départs se poursuivent, notamment dans le secteur administratif. A ce jour, les postes les plus stables restent celui du Belge Filips Dhondt, 50 ans, qui occupe depuis le 16 janvier 2012 le poste de directeur général. Et celui de l’entraîneur Italien, Claudio Ranieri, depuis le 29 mai 2012. Reste à savoir si le retour de Campora parviendra enfin à stabiliser le club en interne.
_Romain Chardan et Raphaël Brun