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Artcurial s’implante durablement à Monaco

ECONOMIE/L’antenne monégasque de cette maison française de vente aux enchères prend ses quartiers dans le Carré d’Or pour une meilleure visibilité. Avec l’objectif non dissimulé de devenir un leader du marché local.

 

L’arrivée d’Artcurial en principauté remonte à sa création à Paris il y a 15 ans. Pas à pas, la maison française de vente aux enchères s’est fait une place dans l’univers feutré et luxueux des salles de vente. Joaillerie, horlogerie de collection, sac Hermès vintage : Artcurial réalise deux ventes événements annuelles. La première, en janvier au Yacht-Club de Monaco, la deuxième, en juillet à l’hôtel Hermitage, en parallèle de ventes ponctuelles comme celle des automobiles de la collection du palais princier, ou celle du mobilier de l’Hôtel de Paris pour la Société des Bains de Mer. « La vie d’Artcurial est dense et régulière », avance François Tajan, président-délégué de la maison. Le fils de Jacques Tajan, premier commissaire-priseur français, connaît très bien Monaco où il est né. Fin 2018, trois ans après la création d’Artcurial SAM Monte-Carlo, un pas de plus est franchi par la maison-mère du rond-point des Champs-Élysées — 120 collaborateurs dans le monde — pour installer durablement le groupe dans le micro-État.

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PARCOURS/François Tajan, président-délégué de la maison Artcutrial est le fils de Jacques Tajan, premier commissaire-priseur français. Il connaît très bien Monaco où il est né.

17 millions en 2018

Sous la houlette de la Britannique Louise Gréther, directrice de l’antenne locale, Artcurial ouvrira son bureau au Monte-Carlo Palace. 120 m2 dans le Carré d’Or pour montrer la panoplie de leurs offres. Hormis les bureaux, l’espace servira de show-room pour présenter certains objets exceptionnels prévus à la vente à Paris ou à Monaco. « Finalement, le contact humain déclenche les affaires », approuve Louise Gréther. « Il fallait avoir pignon sur rue en dehors des deux ventes. Faire davantage et mieux à Monaco, un endroit qui nous réussit », complète François Tajan. En 2018, avec 17 millions d’euros cumulés lors des deux ventes, Artcurial a fait bondir de 13 % sur une année ses résultats en principauté. « Mon père a effectué 80 ventes à Monaco. Il y a une continuité et une permanence, de bons résultats et une bonne clientèle », estime le président-délégué Tajan.

Rachat de John Taylor

Fin 2017, le groupe Artcurial a racheté le groupe d’immobiliers de luxe John Taylor (qui appartenait alors à Delphine Pastor) et souhaite depuis capitaliser cette absorption. « De Marseille à Milan, nous avons une vraie dynamique pour pouvoir faire des inventaires. La région Paca est la plus riche après la région parisienne. Il y a un nombre de villas insensé sur plus de 200 km. Racheter John Taylor avait une certaine logique “contenu/contenant”. Ceux qui ont une maison à vendre ont aussi du contenu à vendre. Cela créé des opportunités supplémentaires de pouvoir avertir un client qui souhaite vendre son logement avec John Taylor que notre directrice Louise Gréther d’Artcurial puisse venir faire l’inventaire de ses biens », ajoute-t-il.

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Deux niveaux de contrôle

L’installation d’Artcurial coïncide avec la multiplication des ventes aux enchères en principauté. Est-ce que Monaco peut aussi tirer son épingle du jeu sur ce marché extrêmement porteur ? « Monaco rayonne dans le monde entier. C’est une place irremplaçable et unique. Il faut y être toute l’année. Cependant, pour un marché fort, il faut des acteurs forts avec des ventes de qualité », prévient encore François Tajan. Et des améliorations en termes de législation réglementaire dans ce domaine ne serait certainement pas de refus (lire notre dossier en page 60). Cette prospection et cette recherche d’objets uniques incombe à la directrice de l’antenne monégasque. « On a trouvé de belles collections ici. De plus en plus, les gens vendent car les objets se trouvent dans un coffre. Ils ont peur de les porter, ils ont peur d’être cambrioler et leurs enfants n’en veulent pas », constate Louise Gréther. Lorsqu’elle déniche l’objet rare et précieux, deux niveaux de contrôles s’actionnent pour vérifier leur authenticité en interne et en externe. « S’il y a le moindre doute, on exclut le produit. Et pour les très vieux objets, comme certains bijoux, on passe par les maisons qui les ont fabriqués. »

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« Ne pas devenir un vide-grenier »

Une trentaine de nationalités constitue le lot des acheteurs. Essentiellement des Français, des Italiens, des Russes et des Chinois, mais aussi des Africains et des Moyen-orientaux. Les résultats de toutes les ventes sont publiés. Artcurial croit fermement que la transparence est un gage de sérieux. « Pour notre activité, il faut être sûr que les maisons de vente sont claires. Il ne faut pas perdre en qualité pour ne pas devenir un vide-grenier », observe la directrice de Monaco. La prochaine vente se déroulera, comme à son habitude, au Yacht-Club de Monaco du 23 au 25 janvier. Des dates soigneusement choisies pour leur proximité avec le nouvel an russe le 13 janvier 2019 qui attire cette clientèle à Monaco sur la période. Cette année, la sélection joaillerie proposera « un véritable voyage dans le temps ». Les créations proposées iront de l’époque victorienne, à la période Art déco jusqu’à nos jours.

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OUVERTURE/Sous la houlette de la Britannique Louise Gréther, Artcurial ouvrira son bureau au Monte-Carlo Palace. 120 m2 dans le Carré d’Or pour montrer la panoplie de leurs offres. Hormis les bureaux, l’espace servira de show-room pour présenter certains objets exceptionnels prévus à la vente à Paris ou à Monaco.

Visibilité

« Vendre ses bijoux et ses montres peut être assez sensible. Vous ne les donnez pas facilement car parfois cela se passe dans le cadre d’une succession ou d’un divorce. Je prends le temps d’écouter, je ne suis pas agressive. Et ce qui me frappe, c’est que l’objet lui-même a une histoire. Et tout d’un coup, il revit », s’enthousiasme Louise Gréther. A Monaco, charge à elle de promouvoir au mieux les intérêts de son groupe qui ne cache pas vouloir devenir un interlocuteur incontournable dans le domaine. « Louise a du talent, elle est sérieuse et disponible pour notre clientèle. J’espère que cette ouverture améliorera la visibilité de notre maison », concède sans mal François Tajan. La notoriété, élément d’attractivité et de business pour Artcurial, peut s’améliorer, surtout auprès du public anglophone. Cette installation sur la place monégasque pourrait donc être à la fois un pas décisif pour ce groupe français et un élément encourageant pour le pays Monaco, comme nouvelle place forte en matière de ventes aux enchères.

_Anne-Sophie Fontanet

 

écrit par AnneSophie