Annabelle-Jaeger-Seydoux-@-DirCom-Michael-Alesi-PRESSE-TRANSITION-ENERGETIQUE_29-1-19

Madame environnement

ÉCOLOGIE — Depuis septembre, Annabelle Jaeger-Seydoux a pris les commandes de la mission pour la transition énergétique. Passée par la fondation Nicolas Hulot, elle appelle à une mobilisation individuelle pour aider la planète —

« Je ne suis pas du tout née écologiste ou environnementaliste. J’ai plutôt été élevée dans une bonne société de consommation parisienne. Et finalement, à force d’écouter, d’entendre, d’avoir la chance de voyager ou de regarder des “Ushuaia”, je me suis rendue compte de la fragilité de cette planète. » Annabelle Jaeger-Seydoux est à l’image de beaucoup de citoyens. Sa conscience écologique n’est pas venue de nulle part. Elle s’est lentement forgée au gré de ses expériences professionnelles et de son parcours personnel. Depuis septembre, elle occupe le fauteuil de directrice de la mission pour la transition énergétique. Elle remplace Jean-Luc N’Guyen, parti diriger les travaux publics de Monaco. Son recrutement a pris un peu de temps mais le gouvernement souhaitait trouver « le visage » qui incarnerait au mieux la vision environnementaliste que le Prince Albert II porte depuis des années.

La part du colibri

Qui de mieux alors qu’une ancienne élève de la Sorbonne, diplômée en sciences politiques et spécialiste des sujets environnementaux, pour donner corps à l’une des transitions les plus importantes que traverse la Principauté. « Ce n’est pas pour rien que j’ai rejoint Nicolas Hulot. Je me suis particulièrement retrouvée dans son parcours. Parce qu’il le dit souvent : il n’est pas né écologiste, il l’est devenu. » Pour la fondation, de 2003 à 2010, la Parisienne mène deux campagnes : Défi pour la Terre, en 2005, « une mobilisation citoyenne autour des éco-gestes » et le pacte écologique, en 2007, une charte environnementale que les candidats à l’élection présidentielle française d’alors avaient été appelés à signer. C’est auprès de Nicolas Hulot, devenu un ami, que l’engagement d’Annabelle Jaeger-Seydoux a pris corps. « Lorsqu’on commence à travailler et que chaque jour on est confronté à des scientifiques qui vous font des états des lieux assez durs, assez dramatiques parfois… C’est un engagement difficile, car on se demande parfois, la part du colibri, à quoi sert-elle ? Mais c’est clairement l’engagement qui m‘anime depuis 15 ans », reconnaît-elle. Cette expérience auprès d’Hulot lui servira de tremplin pour occuper les fonctions de présidente de l’agence régionale pour l’environnement à la région Paca, puis présidente de la branche française de la fondation Prince Albert II.

Engagement personnel

Logiquement, elle intègre à Monaco une mission très exigeante qui dessinera le visage de la Principauté de demain. « Cela fait 10 ans que je vis à Monaco. Lorsqu’on est très engagée dans l’environnement, et que finalement on exerce ailleurs, il y a une grosse incohérence personnelle. J’étais en permanence soit sur les routes soit, parfois, dans les avions. Ça me pesait beaucoup. Et en tant que résidente monégasque, j’avais une très forte envie de participer de l’intérieur. Cette opportunité était vraiment exceptionnelle à saisir », confie-t-elle. Épouse du conseiller national Balthazar Seydoux, mère de deux petites filles, Annabelle Jaeger-Seydoux mise sur la relation humaine pour faire avancer les choses. « Pour moi, le premier objectif, c’est réduire la source. C’est un engagement individuel. Si je peux aller encore plus loin sur la responsabilisation individuelle, c’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. Les politiques publiques sont fortes, mais sur la mobilité ou les déchets, s’il n’y a pas d’engagement fort personnel, on n’y est pas », explique la directrice. Elle devra, pour cela, s’adresser à chacun des acteurs de la vie sociale et économique de la principauté de façon personnalisée. Le 29 mars, elle animera la conférence annuelle pour la transition énergétique.

Un outil de mobilisation interne

Aux entreprises qui pourraient percevoir dans l’environnement une contrainte, elle répond efficacité en termes de gains économiques et gains de compétitivité. « Quand on propose aux entreprises de faire un bilan carbone, de réduire leur mobilité, penser leurs achats, réduire leur facture de chauffage, mieux trier… finalement il y a toujours des gains économiques derrière. Et c’est encore plus intéressant quand ils pensent positionnement sur le marché en termes d’avantage compétitif », certifie la directrice. Elle y voit aussi une dynamique interne à l’entreprise tout à fait bénéfique. « Les salariés sont demandeurs. C’est un véritable outil de mobilisation interne. » Charge à la directrice de convaincre aussi les résidents les plus aisés qui aiment se déplacer au volant de gros bolides. Pour cette catégorie de personnes, elle admet deux arguments. D’une part, passer par leurs enfants. « La Principauté est très active en termes d’éducation à l’environnement à tous les âges. Les enfants sont très sensibilisés et ça fait beaucoup réagir les parents. » Ensuite, c’est aussi à la mission pour la transition énergétique de proposer des solutions. « Nous ne sommes clairement pas dans la moralisation. En revanche, si l’on apporte des solutions, je pense que c’est une population tout à fait réceptive. »

Bonnes volontés

Pédagogie, engagement, incitation, stimulation. Son credo, c’est donc de booster les énergies intéressées et intéressantes. « On voudrait par exemple lancer des appels à projet y compris dans la société civile, auprès des associations, des parents d’élèves etc. Des gens qui voudraient nous proposer des dynamiques intéressantes. Les récompenser et les valoriser. » Pour donner ensuite à ceux qui n’ont pas le sentiment de faire grand-chose que chaque geste compte. Si la mission comptera bientôt six personnes, elle compte bien s’appuyer sur les bonnes volontés pour que de nouvelles habitudes soient adoptées par les citoyens. Des passerelles évidentes avec son collègue Frédéric Genta dédié à la transition numérique — autre challenge de taille pour Monaco — seront établies. « Le numérique est pour moi vraiment un outil au service d’une dynamique environnementale qui peut être tout à fait intéressant. C’est un facilitateur. On challenge beaucoup M. Genta sur les conséquences environnementales du numérique. Mais son bénéfice nous paraît aussi évident pour la mobilité notamment. » C’est désormais à elle et son équipe de démontrer aux autres que ce nouveau chemin est possible. Dans la cohésion, l’écoute et la bonne volonté.