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Airbnb : une menace pour les hôtels monégasques ?

CONCURRENCE/Grâce à des sites collaboratifs comme Airbnb, des particuliers peuvent devenir en quelques clics des hôteliers occasionnels. Cette offre, qui fait de plus en plus d’adeptes à Monaco et dans les communes limitrophes, est-elle une menace pour les hôteliers monégasques ?

 

Ils parlent de « concurrence déloyale », de « tromperie » et d’« économie grise. » Un peu partout dans le monde, les professionnels de l’hôtellerie sont vent debout. Leur ennemi numéro 1 : les sites de location d’appartements entre particuliers. L’un d’entre eux est tout particulièrement devenu leur bête noire : Airbnb. Cette start-up star de la Silicon Valley lancée en 2008, propose à elle seule plus d’1 million de logements dans 200 pays, dont 40 000 rien qu’à Paris. Si les hôteliers voient rouge, c’est aussi parce que le succès de ce site collaboratif fait forcément des émules. Des tas de petits frères et sœurs d’Airbnb se sont positionnés sur ce même marché très tendance et lucratif. Entre autres : Housetrip, Wimdu ou encore Booking.com. Un phénomène tel qu’en France, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) dénonce une expansion « incontrôlée » et même une « industrialisation ».

 

« Joli studio »

Destination touristique très prisée, la Principauté n’échappe pas au phénomène. Des particuliers vivant à Monaco ou dans les communes limitrophes arrondissent leur fin de mois en devenant des hôteliers occasionnels. Sur Airbnb, selon les périodes choisies, on peut trouver plusieurs dizaines d’appartements privés à louer en principauté. Si l’on cumule les logements entiers, les chambres privées et les chambres partagées, on atteint aisément plus de 300 locations. Exemple d’annonce trouvée sur le site : « Studio pour deux personnes au cœur de Monaco surplombant la place du Casino. Emplacement à trois minutes à pied de l’Hôtel de Paris et à douze minutes de la plage du Larvotto et du Grimaldi Forum. » Le coût : 229 dollars la nuit. Autre type d’annonce, cette fois située « aux portes de Monaco » à un tarif plus abordable (91 dollars la nuit) : « Joli deux pièces à Beausoleil. Idéalement situé à 8 minutes à pied de Monaco (Jardins du Casino, Boulevard des Moulins, Office du Tourisme). »

 

« Tromperie du consommateur »

L’hôtellerie classique doit-elle alors s’inquiéter de cette offre parallèle ? Pour l’heure, du côté du gouvernement, on ne voit pas du tout Airbnb comme un ogre menaçant : « A ce jour, l’existence de cette offre n’a pas impacté de façon visible l’hôtellerie monégasque et n’est, à notre sens en l’état, aucunement une menace pour l’hôtellerie traditionnelle. Pour preuve, la régulière progression des résultats hôteliers depuis 6 ans », affirme le conseiller aux finances, Jean Castellini. Au contraire, les autorités voient même d’un bon œil que ces locations occasionnelles existent : « Cette offre peut cependant rencontrer un type de clientèle bien particulier, ou bien représenter un complément d’offre sur des périodes extrêmement chargées comme le Grand Prix ou le Yacht Show. »

1 000 dollars la nuit !

Autre constat de l’Exécutif : de nombreux appartements proposés sur Airbnb mentionnent qu’ils sont situés à Monaco. Or, en réalité, ils sont en France, dans les communes limitrophes. Le libellé « Monaco » est donc mis en avant par les loueurs comme « un atout marketing » pour optimiser les chances de location. « Bien souvent, le détail des photos du bien ne laisse aucun doute sur le fait que ces appartements sont en fait situés en France et non en principauté. De même, sur des sites comme Booking.com, certaines géolocalisations semblent volontairement erronées pour faire apparaître le bien en principauté, rajoute le conseiller. La problématique devient alors toute autre et réside dans la volonté du site et/ou de l’annonceur de corriger cette information dès lors qu’elle est signalée. Celle-ci pouvant constituer une tromperie du consommateur. » Côté tarifs, le gouvernement note aussi que les prix proposés sur ces sites sont bien souvent autant, voire plus élevés, que des hôtels de catégorie équivalente à l’appartement proposé. Effectivement, sur Airbnb, certains prix sont carrément stratosphériques : 1 000 dollars la nuit pour un appartement, pas franchement luxueux situé à la Condamine… Ou encore 23 000 dollars la location mensuelle d’un appartement sur le port de Monaco !

 

« Monaco est à part »

Pourquoi la principauté serait-elle alors moins touchée par des sites comme Airbnb ? Explication la plus récurrente avancée par les professionnels et les autorités : la clientèle à Monaco est essentiellement luxueuse et vient ici pour la qualité des prestations proposées dans les palaces et les hôtels : « L’offre hôtelière en principauté, centrée entre autre sur la qualité du service, l’excellence de l’accueil, la gastronomie et un cadre idéal pour le séjour, ne peut en aucun cas se comparer à une location meublée », assure Jean Castellini. Même analyse du côté des hôteliers monégasques. « La clientèle des hôtels 4 et 5 étoiles, ne fera pas la démarche de louer un appartement sur Airbnb. Car ces personnes cherchent avant tout des services et des prestations haut de gamme. Les palaces vont donc être épargnés, explique à son tour une responsable marketing de l’Hôtel 3 étoiles Colombus. Monaco est, je crois, à part, et ne sera pas autant affecté que les capitales européennes comme Paris, Londres, Amsterdam ou Copenhague. En revanche, il n’est pas impossible que cela impacte les hôtels des communes alentours, comme Cap d’Ail ou Beausoleil. » Le diagnostic est donc unanime : ces sites collaboratifs ne seraient pas une menace pour les hôtels de luxe. Mais poseront-ils problème aux hôtels 2 et 3 étoiles de Monaco qui captent davantage une clientèle moyenne gamme ?

 

« Il faut surveiller de près »

Pour l’heure, chez les professionnels, on est très loin de l’affolement qui agite les voisins français. A tel point que c’est par notre intermédiaire que certains hôteliers apprennent que des locations privées sont proposées à Monaco via Airbnb. Si à l’Hôtel de France, rue de la Turbie — seul hôtel deux étoiles de Monaco (1) —, les sites collaboratifs ne sont pas du tout considérés comme une menace et un concurrent direct, d’autres en revanche regardent d’un œil plus attentif et méfiant cette offre parallèle. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas ressenti d’impact, explique Guillaume Rapin, directeur de l’hôtel 3 étoiles Novotel. Cela reste néanmoins un phénomène qui se développe à Monaco et aux alentours qu’il faut surveiller de près. Cela peut représenter une menace potentielle, non pas sur la clientèle corporate, mais sur la clientèle loisirs », rajoute-t-il. Avant de tempérer : « Il convient toutefois de modérer cet impact puisque les appartements qui existent sur le site ne sont pas tous disponibles 365 jours par an. » Et si Airbnb venait à gagner un peu trop de terrain, les hôteliers monégasques espèrent que le gouvernement légifèrera. Ou renforcera un certain nombre de contrôles. En effet, les utilisateurs de ces plateformes de location ne sont pas du tout soumis aux mêmes normes de sécurité que les hôtels : « Sur ces sites, il n’y a aucune norme qui garantisse la sécurité des personnes. Que ce soit au niveau incendie, hygiène, entretien des installations, respect de la chaîne du froid ou encore climatisation », énumère Guillaume Rapin. Reste à voir si dans les années à venir, Airbnb va prendre ou non de l’ampleur à Monaco. Et si les hôteliers n’auront pas sous-estimé le phénomène…

_Sabrina Bonarrigo

(1) L’hôtel deux étoiles Le Versaille, avenue prince Pierre, est actuellement en travaux.

Airbnb des riches/

Le luxe, pas si épargné…

Les hôtels de luxe, notamment à Paris, commencent à leur tour à sérieusement trembler. Et pour cause, Airbnb, commence à développer un service haut de gamme en proposant à la location des appartements ou des villas luxueuses. Avec, cerise sur le gâteau, des prestations de type chauffeurs, cuisiniers ou femmes de chambre. Et si Airbnb vient de se lancer sur ce secteur, d’autres sites occupent déjà le marché. C’est notamment le cas de la start-up française Le Collectionist qui met en location des biens d’exception très onéreux. Un concept qui séduit de plus en plus de clients fortunés. Il ne faudrait donc pas que Monaco se fasse rattraper par ce phénomène certes naissant, mais grandissant. _S.B.