5g-interview-martin-peronnet-monaco-telecom

5G à Monaco « Il n’est pas question d’exposer
la population à des risques »

Interview — Le déploiement de la 5G à Monaco suscite de très nombreuses inquiétudes au sein de la population. Martin Peronnet, directeur général de Monaco Telecom, assure de son côté que les résidents n’ont pas de craintes à avoir. Mais garantit que l’opérateur monégasque sera « extrêmement vigilant » sur le potentiel déploiement des ondes millimétriques. Ses explications. —

 

DEPLOIEMENT ET APPORTS DE LA 5G

Depuis le mois de juillet, Monaco déploie la 5G sur l’ensemble de son territoire. Cette technologie est-elle véritablement indispensable pour la Principauté ?

La 5G est le réseau du futur. Graduellement, tous les Smartphones seront compatibles 5G. Les premiers sont en train d’arriver, nous les testons déjà. Compte tenu des usages qui ne cessent d’augmenter, si on veut continuer à profiter d’une expérience fluide à Monaco, le réseau 5G sera effectivement indispensable.

Rester uniquement sur un réseau 4G n’est donc pas envisageable selon vous ?

La consommation de data augmente de façon exponentielle tous les ans. Aujourd’hui, le réseau 3G est entièrement saturé en data, et le réseau 4G sera rapidement saturé à son tour, d’ici quelques années. On l’a vu déjà apparaître cette année sur le Grand Prix. Pour être capable de répondre à l’évolution naturelle des usages de nos clients, il faudra donc avoir des réseaux de beaucoup plus grande capacité, d’où la 5G.

Concrètement, pour les utilisateurs traditionnels, quels sont les apports de la 5G ?

Pour le grand public, la 5G apportera d’abord du confort supplémentaire. Une véritable expérience haut débit pour tout le monde. Au départ, les utilisateurs de téléphones portables ne consultaient que du texte. Puis s’est ajoutée la photo, et maintenant la vidéo. De plus en plus, on voit l’avènement du jeux vidéo en 3D sur les Smartphones, ainsi que l’usage massif d’applications dans le cloud. Ce qui veut dire qu’elles sont exécutées directement à partir du réseau, et qu’elles génèrent donc beaucoup plus d’échanges de données qu’un jeu ou une application stockée sur le terminal. Souvenons-nous des premiers services WAP. Leur lenteur était insupportable. C’est l’évolution des réseaux qui a fait que l’usage d’internet est aujourd’hui majoritairement mobile. Et qu’il sert à s’informer, à voyager, à acheter, à gérer ses comptes, à jouer, à se divertir, et bien sûr à communiquer, en image, en vidéo… Je pense que ce mouvement est inéluctable. Qui voudrait retourner sur un réseau 2G ? La performance d’un réseau 5G deviendra donc indispensable à l’avenir pour les utilisateurs. Et cela constituera également un bouleversement très positif pour les entreprises.

Pour quelle raison ?

La 5G va être un des éléments clé de la nouvelle révolution industrielle. Parce qu’elle permet de connecter et contrôler en temps réel tous les éléments d’une chaîne de production sans déployer une fibre derrière chaque machine. Un petit modem 5G suffira. Ce sera ainsi beaucoup plus simple de piloter de la logistique, de la production, de la robotisation.

La 5G va-t-elle permettre d’attirer de nouvelles entreprises à Monaco ?

La 5G sera, à moyen ou long terme, déployée partout dans le monde. A court terme, le déploiement de la 5G est un avantage concurrentiel pour Monaco qui va pouvoir attirer des entreprises pour la tester. Elle ne sera, en effet, pas disponible, notamment en France, avant au moins un an. A moyen terme, notre attractivité passera par la qualité du réseau, notre capacité à intégrer parfaitement les nombreuses évolutions de la technologie et de continuer nos efforts de couverture. La Principauté étant, de ce point de vue, un territoire particulièrement complexe.

Pouvez-vous nous donner d’autres exemples concrets des apports de cette technologie pour les utilisateurs ?

La voiture autonome se développe. C’est une réalité qui apparait progressivement, notamment à Monaco. La généralisation de cette révolution passe par l’installation de la 5G qui permettra des connexions instantanées entre les véhicules. Monaco attire les plus beaux yachts du monde entier. L’attractivité du port passe par l’excellence de ses solutions de communication. Là encore, la 5G permet d’équiper très facilement un bateau en connexion internet sans avoir à tirer une fibre. De nombreux exemples de nouveaux services sont en cours de conception, pour améliorer la vie quotidienne des résidents. Nous évoquerons de nouveaux dans les semaines à venir.

INQUIETUDES AUTOUR DE LA 5G

On sent de plus en plus d’inquiétudes au sein de la population sur le déploiement de la 5G à Monaco. Un groupe Facebook a même été créé en ce sens. On entend ici et là que la Principauté serait un cobaye dans le lancement de cette technologique : qu’en pensez-vous ? Les Monégasques sont-ils des souris de laboratoire ?

Monaco n’est pas du tout un cobaye. La 5G a déjà été lancée en Corée, en Suisse, aux Etats-Unis et elle commence à être lancée de façon industrielle un peu partout. Notamment au Royaume-Uni, puis en Italie prochainement. Il ne faut pas confondre le fait de vouloir être dans les premiers avec le fait d’être des cobayes. On n’installe ici à Monaco que des technologies qui sont éprouvées et industrielles. Nous sommes extrêmement vigilants sur ce sujet. Comme tout père de famille, je suis particulièrement sensible sur ces sujets de santé, et complètement aligné avec la stratégie de limitation des ondes électromagnétiques définie par le Gouvernement. Il n’est évidemment pas question d’exposer la population monégasque à des risques.

Que pouvez-vous dire pour rassurer la population ?

Beaucoup de fake news circulent sur la 5G. Le champ électromagnétique à Monaco est déjà extrêmement faible car dès 2010, le Gouvernement a pris des mesures drastiques en ce sens. Parce qu’à Monaco, nous souhaitons également être mieux protégés qu’ailleurs. Les limites de champ électromagnétique sont les plus faibles d’Europe ! C’est une contrainte pour arriver à une couverture parfaite mais nous l’assumons parfaitement. Et le déploiement de la 5G ne changera rien. Nous n’avons pas demandé d’augmentation du niveau de champ électromagnétique pour lancer la 5G.

Justement, pouvez-vous nous expliquer comment sont limitées ces ondes électromagnétiques aujourd’hui ?

En 2010, le gouvernement monégasque a adopté une réglementation extrêmement restrictive sur le sujet. A titre de comparaison, en Europe, la limite du champ électromagnétique se situe entre 41 et 63 volts par mètre, et ces mesures ne concernent que les émissions d’ondes sur des bandes de fréquences définies. A Monaco, la limite est de 6 volts par mètre, et cette limite concerne l’ensemble de la bande de fréquence de 100 kilos Hertz à 6 Giga Hertz. Cette limite englobe aussi bien les émissions de radio et de télévision que le wifi etc. Ce sont donc des niveaux extrêmement faibles. Et pour les opérateurs de téléphonie mobile, que ce soit Monaco Telecom, Bouygues, SFR ou Free, nous sommes limités à 4 volts par mètre. La première réponse que l’on donne à tous les utilisateurs inquiets est donc la suivante : la 5G ne veut pas dire que l’on change ces limites d’exposition aux ondes électromagnétiques à Monaco. Le Gouvernement maintient la contrainte de 4 volts par mètre pour les opérateurs mobiles et de 6 volts par mètre sur l’ensemble du spectre. Nous n’avons pas demandé à changer les limites d’expositions et nous ne comptons pas le demander.

Comment expliquez-vous alors qu’à Bruxelles et en Suisse, le déploiement de la 5G fasse autant polémique ?

A Bruxelles et en Suisse, les polémiques relèvent essentiellement du fait que les opérateurs et les réglementeurs ont justement souhaité augmenter cette limite d’exposition, ou que les niveaux de champs autorisés étaient considérés trop élevés.

Pouvez-vous nous affirmer aujourd’hui que la 5G ne comporte aucun risque pour la santé des utilisateurs et pour la population monégasque ?

Il est clair que le consensus scientifique, après 39 ans de recherche sur les champs électromagnétiques n’identifie pas de risque avéré sur les ondes électromagnétiques quand les limites d’émission sont respectées. Je lis sur les réseaux sociaux que nous ne nous préoccupons pas de la santé des gens… C’est absolument faux. La réglementation monégasque de 2010 est la plus sévère que je connaisse. Elle est très contraignante pour les opérateurs en termes d’investissement. Le champ électromagnétique à Monaco est, je le répète, extrêmement faible. Et pourquoi est-il si faible ? Non seulement car les autorités monégasques ont fixé des limites d’exposition, mais aussi parce que l’on essaie d’installer de plus en plus d’antennes qui du coup ont moins besoin d’émettre.

Installer plus d’antennes n’est-il pas, au contraire, plus dangereux ?

Non. La deuxième source de fake news est justement d’affirmer que les antennes sont le problème ! Au contraire, installer plus d’antennes, c’est la solution. Il vaut mieux en avoir beaucoup mais qui émettent faiblement que peu qui émettent fort. C’est un fait. C’est plus contraignant pour l’opérateur mais beaucoup plus protecteur pour la santé publique. De plus, ce qu’il y a de nouveau avec la 5G par rapport à la 4G, c’est que ce réseau n’émet que lorsqu’on s’en sert. La 5G intègre des technologies beaucoup plus intelligentes, qui font que lorsqu’il n’y a pas d’usage, il n’y a pas d’émission.

Pour assurer la couverture du futur réseau 5G, il faudra donc doubler, voire tripler le nombre d’antennes de téléphonie à Monaco ?

Pour le moment, on ne rajoutera pas de nouveaux sites pour la 5G. Cette technologie sera déployée sur des sites existants. Il y en a une quarantaine aujourd’hui à Monaco. Cet été, au lancement, 23 sites seront donc équipés en 5G.

Les services de renseignement américains soupçonnent Huawei (qu’ils accusent de surcroît d’être financé par les services de sécurité chinois) de vouloir installer des outils de surveillance électronique directement au cœur de ses équipements : cela ne vous inquiète pas pour Monaco ?

La sécurité de nos réseaux a toujours été notre priorité. Et celle du Gouvernement, avec lequel nous avons constamment partagé nos choix. Tous les fournisseurs présentent des failles de sécurité potentielles. Ce constat est général. Il suffit de constater le nombre de mises à jour sur les systèmes d’exploitation des ordinateurs par exemple pour se faire une idée. Ces failles peuvent être exploitées par des pirates ou par des gouvernements. L’actualité relate régulièrement ces problématiques. Quel que soit le fournisseur, nous devons donc nous protéger pour éviter que ces failles puissent être exploitées. Notre stratégie a été de construire une « forteresse » autour de chacun de nos systèmes et de contrôler toute entrée et sortie. Ça fonctionne un peu comme un sas d’entrée dans une banque. Chaque intervention nécessite une autorisation spécifique et toute action est enregistrée de bout en bout. Ceci nous permet également de rétablir la situation en cas d’erreur de manipulation. Nous travaillons main dans la main avec l’Agence monégasque de sécurité numérique (AMSN) sur ces sujets, qui audite régulièrement nos installations et nos pratiques. Le risque zéro n’existe pas, et la vigilance doit être quotidienne.

Les États-Unis ont annoncé une série de sanctions très fortes visant le constructeur chinois Huawei. Les entreprises américaines ne peuvent désormais plus collaborer avec le groupe chinois, et Google a annoncé qu’il ne fournirait plus son système d’exploitation Android au constructeur : qu’est-ce que cela vous inspire ?

Nous sommes bien entendu plus impactés sur les réseaux que sur les terminaux intégrant Android. Ceux-ci représentent une part de marché plus faible pour l’instant en Principauté que dans le reste de l’Europe. Comme tous les clients de ce fournisseur, ces décisions nous inquiètent. Nous suivons donc la situation au jour le jour. Pour l’instant, rien ne devrait impacter notre lancement de la 5G.

ONDES MILLIMETRIQUES

Dans un courrier adressé au gouvernement, co-signé par le Président du conseil national Stéphane Valeri et Franck Julien, président de la commission pour le développement du numérique, le Conseil national demande d’agir avec la plus grande prudence concernant le déploiement des ondes millimétriques, « car nous n’avons à ce jour que peu de recul sur leur impact environnemental ». Pouvez-vous nous expliquer tout d’abord ce que sont des ondes millimétriques ?

La 5G est elle-même une technologie très évolutive. Nous prenons en compte que l’évolution des usages nécessitera certainement d’exploiter de nouvelles fréquences pour écouler le trafic. Aujourd’hui, la 5G utilise la bande 3,5Ghz. Dans le futur, la technologie prévoit de tirer parti de la bande 28Ghz, une fréquence plus élevée qualifiée de « millimétrique ». Les Etats-Unis ont déjà lancé la 5G sur ces fréquences.

En Europe, elle n’est pas envisagée avant 2024. Ceci nous laissera du temps pour compiler les études (qui existent déjà significativement) sur ces fréquences, et conclure ou non à leur innocuité.

Quand ces ondes millimétriques vont-elles être déployées à Monaco ?

Aujourd’hui, ce qui va être déployé à Monaco ce ne sont pas des ondes millimétriques. Il n’est pas prévu de les déployer avant au moins les années 2023 ou 2024. Ainsi, lorsque vous voyez fleurir depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux, une littérature abondante et des commentaires anxieux sur ces ondes, c’est totalement hors sujet en ce qui nous concerne pour l’instant.

Certes, mais 2023 /2024 ce n’est pas si lointain. Partagez-vous cette prudence exigée par le Conseil national ?

Nous n’avons pas commencé à travailler sur le sujet des ondes millimétriques. Je n’ai pas de roadmap technologique à ce propos. Mais bien évidemment, avant de déployer quoi que ce soit à Monaco, nous regarderons de très près la littérature scientifique sur ce sujet. Et je ne doute pas un instant que le Gouvernement ne s’engagera dans cette voie qu’avec de sérieuses garanties. Comme le souhaite le Conseil national

Le déploiement des ondes millimétriques va-t-elle exiger de revoir à la hausse la limite d’exposition aux ondes et donc la réglementation monégasque en vigueur ?

Nous suivrons les recommandations et les réglementations du Gouvernement, comme nous l’avons toujours fait.

200 scientifiques issus de 36 pays demandent un moratoire sur le déploiement de la 5G « jusqu’à ce que les dangers potentiels pour la santé humaine et l’environnement aient été complètement évalués par des scientifiques indépendants de l’industrie » : que pensez-vous de ces études ?

Deux textes ont en effet été publiés sur ces sujets. Le premier en 2017, l’autre en 2018. Sur la première publication, il n’y a absolument rien de spécifique sur la 5G. L’appel des scientifiques affirme simplement qu’il ne faut pas augmenter la limitation du champ électromagnétique. Dans la deuxième publication, le texte explique qu’il faut être attentif aux ondes millimétriques car il n’y a pas assez de recul. Or, pour l’instant, on ne déploie pas d’onde millimétrique à Monaco. Des études scientifiques doivent sortir à l’avenir pour identifier quels sont les dangers potentiels sur ce point et nous seront attentifs aux conclusions.

Et si des dangers potentiels sont avérés ?

Alors, nous ne déploierons pas ces ondes à Monaco. Jamais le Gouvernement ne nous l’autoriserait d’ailleurs.

Aviez-vous anticipé cette irruption d’inquiétudes sur la 5G ?

Pour être tout à fait honnête, non… Pour le déploiement de la 4G, il n’y avait pas eu autant d’inquiétude.

D’où vient cette inquiétude selon vous ?

Un réseau qui va plus vite est dans l’esprit des gens un réseau puissant qui émettrait plus fort. Mais il faut juste comprendre qu’il s’agit simplement d’un réseau plus efficace. S’il y a un réseau à éteindre aujourd’hui, c’est la 2G, car cette technologie n’est pas efficace et, par conséquent, émet fortement. Ce que l’on devrait entendre aujourd’hui c’est plutôt : faîtes de la 5G et arrêtez la 2G !