Marie-Pierre-Gramaglia-@Obs-DSC_0160

« Un cadastre solaire
dès cet été »

INTERVIEW/Selon le conseiller-ministre pour l’Environnement Marie-Pierre Gramaglia, certaines des mesures annoncées dans le cadre du Livre blanc sur la transition énergétique sont imminentes. Qu’il s’agisse du lancement d’une opération de logements domaniaux en bois, du cadastre solaire ou de la nouvelle réglementation thermique.

Quelles sont les priorités de la politique environnementale monégasque et en matière de transition énergétique ?

Notre priorité est de nous conformer à l’engagement pris avec la signature de l’accord de Paris. A savoir réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre en 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050. Il s’agit donc d’agir sur les principales sources des gaz à effet de serre à Monaco. Trois secteurs ont été clairement identifiés. Il s’agit de la consommation d’énergie fossile pour le chauffage, la valorisation énergétique des ordures ménagères que nous générons et la consommation de carburant pour le transport, pour un tiers chacun.

Comment ?

Sans être exhaustive, pour arriver à cet objectif, le gouvernement vient par exemple d’édicter une nouvelle réglementation sur le tri des déchets, avec l’obligation de mettre en place un tri sélectif pour les nouveaux bâtiments et sous 5 ans pour les bâtiments existants (avec une possibilité d’adaptation au cas par cas). De même, l’interdiction totale du chauffage au fioul existe depuis 2008 pour les nouveaux bâtiments. Nous allons supprimer le fioul dans les bâtiments publics le plus vite possible et une réflexion est en cours pour faire de même, a priori sous 5 ans, pour les édifices anciens. Aucun calendrier définitif n’a encore été fixé. Cette adaptation va engendrer des coûts pour les copropriétaires. Des aides financières de l’Etat pour accompagner cette mutation sont à l’étude.

Dans le Livre blanc sur la transition énergétique, vous annoncez également la réalisation d’un bâtiment public à énergie positive à Monaco, c’est-à-dire qui produit plus d’énergie (thermique ou électrique) qu’il n’en consomme. Concrètement, de quoi s’agit-il ?

L’Etat vient d’acquérir la Villa Carmelha, située 12 avenue Saint-Roman, pour 30 millions d’euros. Nous allons construire sur son emprise un bâtiment exemplaire à énergie positive, avec une structure en bois (R+10). Sur le toit de cette opération intermédiaire d’une vingtaine de logements domaniaux, il y aura un jardin potager ou des serres… Ce sera le premier prototype de construction à énergie positive lancé à Monaco !

Quand doit être lancée cette opération ?

Très rapidement ! On doit juste affiner les modalités pratiques, définir par exemple s’il sera construit en maîtrise d’ouvrage déléguée ou pas. Ce sera une réalisation très technique…

Construire en bois coûte plus ou moins cher qu’en béton ?

Le coût d’une structure bois n’est pas vraiment moins élevé qu’une structure en béton armé mais le gain se situe en termes de rapidité d’exécution, de chantier à faibles nuisances et de bilan carbone.

La réglementation énergétique de Monaco doit être mise à jour. Quand et dans quel sens ?

Effectivement, nous allons modifier la réglementation thermique d’ici la fin de l’année — Ce dispositif permet d’encadrer la thermique des bâtiments neufs et d’indiquer leur consommation énergétique maximale (chauffage, éclairage, production d’eau chaude sanitaire, ventilation et climatisation, N.D.L.R.). Le livre blanc sur la transition énergétique nous a montré que cela répond à une demande de copropriétaires et syndics pour inciter les particuliers à faire des rénovations, changer leurs fenêtres, mettre des panneaux photovoltaïques sur le toit, etc. Les subventions permettant d’accompagner ces mesures devraient également sortir fin 2017.

Cela permettra vraiment de diminuer la consommation d’énergie globale de la Principauté ? La tendance est-elle déjà à la baisse ?

L’augmentation totale de la consommation d’énergie, qui est de 39 % par rapport à 1990, s’est stabilisée en 2005. La production d’énergie locale (venant essentiellement des pompes à chaleur) a augmenté de 67 % par rapport à 1990 et la combustion fossile (gaz et fioul) a baissé de 8 %, donc on va dans le bon sens. D’ailleurs, un des objectifs de notre Plan Energie Climat, qui arrive à terme fin 2017, était de baisser la consommation unitaire d’énergie de 20 % en 2020 par rapport à 2007. On est déjà à -26 % !

La particularité de Monaco, c’est la dépendance énergétique vis-à-vis de la France ?

Effectivement. En 2015, la consommation annuelle d’énergie de Monaco était de 1 109 Gigawatt-heure. Cela correspond à 48 % d’électricité importée, 29 % des combustibles fossiles et 23 % de la production locale.

Sans aller jusqu’à l’autosuffisance, Monaco va augmenter la part de production locale ?

Nous avons en projet de réaliser deux boucles thalassothermiques au Larvotto et à La Condamine, pour alimenter les quartiers de bord de mer avec le système de pompe à chaleur. Celle de Fontvieille ira bientôt jusqu’à l’hôpital.

Peut-on imaginer des éoliennes en mer ?

Ce n’est pas envisageable. Il y a une pollution visuelle importante, les gens craignent les nuisances, et le vent n’est pas suffisant pour que ce soit rentable. En revanche, l’objectif est de développer le solaire. Nous équipons de plus en plus de bâtiments en panneaux photovoltaïques. Tout en essayant de préserver le côté urbanistique et esthétique. Ainsi, nous utiliserons peut-être des panneaux qui ressemblent à des tuiles oranges et qui, vus du ciel, seraient moins impactants.

Vous comptez aussi rendre public un cadastre solaire ?

Avant la fin de l’été, un cadastre solaire sera accessible à tous. Chacun pourra connaître la potentialité de son habitation en termes d’énergie solaire ainsi que la rentabilité de l’énergie fournie par rapport à l’exposition de son bâtiment au soleil. C’est un outil très innovant mis au service des résidents de la principauté. Très peu de villes en Europe en sont dotées.

Il y aura une possibilité d’auto-consommer ?

Les propriétaires peuvent auto-consommer ou injecter sur le réseau l’électricité photovoltaïque. En clair, le bâtiment peut s’auto-alimenter mais pas stocker et produire de l’énergie pour d’autres. C’est une réflexion à mener pour développer les smart grids en principauté.

Toutes ces mesures liées à la transition énergétique ont-elles été budgétisées ?

Sur les 10 prochaines années, on a calculé les grandes masses. Le premier poste, à savoir l’accompagnement des réglementations thermiques et l’amélioration des bâtiments, coûtera entre 20 et 30 millions d’euros (à partir de 2018). Pour la mobilisation et la formation des acteurs (syndics, BTP, etc), on a prévu 5 millions d’euros. Les travaux de rénovation thermique des bâtiments de l’Etat, eux, sont programmés entre 30 et 40 millions d’euros. Quant au développement des énergies renouvelables à Monaco et à l’étranger, il est estimé à une fourchette entre 30 et 35 millions d’euros. Tout cela sera financé par le Fonds vert, alimenté par l’excédent budgétaire et les usagers de la Smeg.

La mise en place d’une taxe carbone est-elle prévue ?

Pas pour l’instant. Nous sommes en discussion avec le conseil national. Toute création de taxe exige une loi. C’est le dernier point pour finaliser l’étude du code de l’environnement.

Ce code de l’environnement est un véritable serpent de mer…

Il y a une volonté commune de sortir ce code à la fin de l’année.

L’appel d’offres pour l’usine d’incinération est prévu pour la fin 2017 ?

Ce sera bien le cas. Ce sera un appel d’offres pour une usine de valorisation énergétique des déchets. Même si d’après la configuration de la principauté de Monaco, à savoir l’exiguïté du territoire, le système existant apparaît comme la meilleure solution, nous nous sommes engagés auprès du conseil national à ouvrir cet appel d’offres à n’importe quelle technologie. Peut-être même des technologies innovantes que l’on ne connaît pas encore…

Quel est le calendrier ?

Il y aura 6 mois pour répondre à l’appel d’offres puis nous étudierons les propositions en lice. Nous allons faire deux variantes dans l’appel d’offres. Une variante de reconstruction de l’usine in situ, qui entraînera l’arrêt du fonctionnement de l’incinérateur pendant un laps de temps, minimum 6 mois, impliquant notamment de trouver un accord avec la France afin de traiter les déchets. Mais aussi une variante dans le périmètre de Fontvieille, ce qui a l’avantage de ne pas arrêter le fonctionnement de l’usine. Ce serait plus simple, plus rapide à construire, moins coûteux. Nous réfléchissons actuellement à un autre site sur l’îlot Charles III.

_Propos recueillis par Milena Radoman

 

Une vaste consultation des habitants

INFORMATIQUE/Les usagers pourront à l’horizon 2019 suivre en direct leur consommation d’énergie à domicile grâce à l’installation de compteurs communicants dits intelligents.

Thomas-Battaglione-directeur-SMEG-et-Jean-Luc-Nguyen-directeur-de-mission-@-SN

Une consultation des habitants a été lancée le 8 mai auprès de 5 000 foyers monégasques. L’enjeu principal est la maîtrise des consommations d’énergie. Il s’agit, d’une part, pour la SMEG de cerner quelle est cette consommation, afin d’adapter ses propres moyens de production et de distribution pour proposer des solutions vers la transition énergétique. L’autre but est la prise de conscience des clients de leur propre consommation. « Le seul fait de connaître les chiffres des consommations et de leur coût enclenche une prise de conscience chez le consommateur et induit généralement une baisse immédiate de cette consommation », commente Thomas Battaglione, directeur général de la SMEG. 5 000 foyers ciblés en fonction de l’immeuble dans lequel ils vivent et du quartier, sont sollicités pour remplir un formulaire anonymement sur Internet https ://dataplus.smeg.mc. A travers une série de questions permettant d’identifier la taille de leur logement, ses équipements (électroménager, chauffage électrique, fioul, etc.), de mettre en évidence les comportements des habitants (éteignent-ils la lumière en sortant d’une pièce, quels types d’ampoules ont-ils installé, etc.), le consommateur décrit ses usages et ses contraintes. A la fin du questionnaire, le site Internet affiche un graphique de la répartition de la consommation d’énergie, ainsi qu’un tableau la développant en kWh et en euros.

Cette première phase de consultation se déroule jusqu’au 14 juillet. Les résultats seront analysés puis dévoilés début 2018. La SMEG aspire à proposer dès lors des solutions et des conseils aux consommateurs, alors que deux autres tranches de l’étude se poursuivront (deux fois 5 000 foyers seront à nouveau consultés).

Entreprises

Une telle étude a d’ores et déjà été menée en 2015 auprès de 1 200 professionnels et entreprises monégasques. Elle a révélé que 50 % de l’énergie consommée à Monaco l’est par 100 gros usagers. Les plus énergivores sont situés dans le tertiaire, l’industrie du tourisme et de l’hôtellerie en première ligne. Depuis cette consultation, des gestes simples et de petits équipements ont d’ores et déjà été conseillés à ces entreprises. Par exemple, le chauffage dans les chambres d’hôtel fonctionne généralement sans interruption que la chambre soit occupée ou non. La mise en place d’un thermostat réglable en fonction de la présence des clients permettra une baisse significative de la consommation de ces établissements. D’autres mesures sont prévues dans les mois qui viennent dans plusieurs entreprises.

_Sophie Noachovitch

écrit par Sophie Noachovitch