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« Nous nous occupons essentiellement de violences conjugales »

SOCIÉTÉ — L’association d’aide aux victimes d’infractions pénales (AVIP) porte secours à tout un panel de victimes, hommes ou femmes, monégasques ou étrangers, à partir du moment où l’infraction subie se déroule en Principauté. Valérie Campora-Lucas est directrice de l’association. Elle explique plus en détails son fonctionnement et ses missions —

Comment s’articule votre accompagnement ?

Premièrement, nous accueillons les victimes et nous essayons de comprendre les problèmes qu’elles rencontrent pour ensuite les diriger au mieux. L’objectif est de leur faire entendre leurs droits et de les aider, si nécessaire, à porter plainte. Nous les accompagnons aussi en audience, au tribunal correctionnel. Je précise toutefois que nous n’interférons pas avec le rôle de l’avocat. Nous ne représentons pas les victimes en tant qu’avocat, nous sommes là uniquement pour qu’elles ne se sentent pas seules.

Proposez-vous une prise en charge psychologique ?

L’autre dimension de notre accompagnement concerne en effet l’assistance psychologique. Pour cela, nous avons recours à des professionnels — médecins, psychologues, psychothérapeute — qui assistent les victimes dans notre local (1). Cet accueil peut se faire à titre individuel, en prise de parole en groupe ou en famille. Avant que les victimes portent plainte, nous faisons en sorte qu’elles se sentent mieux. C’est très important lorsqu’il y a eu de grosses violences physiques ou psychologiques. J’ajoute que notre accompagnement n’est pas limité dans le temps. Nous pouvons suivre une personne autant de temps que nécessaire.

AVIP.Monaco.mc

Quelles infractions pénales traitez-vous majoritairement ?

Dans la plupart des cas, il s’agit de violences conjugales. Nous accompagnons une soixantaine de personnes et parmi celles-ci, nous avons 35 cas de violences conjugales ou familiales. D’ailleurs, initialement, l’AVIP a été créée en 2014 à la suite de la promulgation d’une loi sur les violences particulières, en 2011. Il y avait un vide juridique et l’AVIP y a remédié. Cela dit, nous couvrons toutes les infractions pénales : vols, accidents de la route, abus de confiance, viols, escroqueries, coups et blessures volontaires etc. Depuis 2017 et une loi promulguée en Principauté de Monaco, nous traitons aussi les cas de harcèlement, moral ou sexuel.

Qui s’adresse à vous ? Y a-t-il un profil type ?

Le panel des gens que nous aidons est très vaste. Nous traitons des demandes de personnes venant de toutes les classes sociales, de toutes les origines et quasiment de toutes les nationalités ! La moyenne d’âge se situe environ entre 30 et 50 ans, mais nous avons eu une dame de 85 ans qui subissait des violences ou une jeune femme de 20 ans dans une situation de violences conjugales.

Le dépôt de plainte est-il toujours la meilleure issue ?

Il ne faut pas penser que la plainte est réparatrice. Dans le cas de violences conjugales, au bout d’un moment, la victime a un déclic, elle n’en peut plus. Il faut qu’elle parte. Partir, cela veut dire deux choses : divorcer ou porter plainte. Dans ce second cas, il faut réunir des preuves. Or la victime n’est pas toujours allée à l’hôpital pour faire constater les violences et avoir un certificat médical. En 2018, par exemple, nous avons eu 3 cas de viol sur des jeunes femmes. Une seule a porté plainte. Pour les deux autres, nous n’étions pas favorables au dépôt de plainte car c’était la parole de l’un contre celle de l’autre. Et puis ce n’est pas forcément réparateur, comme je le disais. Il faut d’abord se reconstruire psychologiquement.

Comment pourriez-vous développer votre aide, être encore plus efficace ?

Avant tout, je tiens à dire que nous sommes vraiment aidés par le gouvernement monégasque pour fonctionner au quotidien, grâce à une subvention (90 000 euros pour l’année 2019). Cela étant dit, à l’avenir, nous aimerions vraiment mettre en place un accueil à travers des collaborations avec d’autres associations/entités. Nous aurions aussi besoin de plus de personnes avec qui travailler pour développer un accueil psychologique très précis. Enfin, nous souhaiterions avoir des locaux plus adaptés. Ils sont très accueillants mais trop petits. Nous n’avons qu’un seul bureau, ce qui est insuffisant. Par mesure de confidentialité des victimes, nous ne pouvons recevoir qu’une personne à la fois.

90 000 euros, est-ce suffisant pour votre fonctionnement ?

Notre subvention a plus que doublé entre 2018 et 2019 mais nous avons aussi des donateurs, comme la mairie de Monaco ou des donateurs privés. Jusqu’à présent, nous fonctionnions sans salarié. Pour 2019, nous en avons un. Cela ajouté au loyer et au paiement des spécialistes fait qu’à la fin de l’année, il ne reste rien. Si l’on veut continuer à se développer, nous aurons besoin de moyens financiers supplémentaires. Heureusement, la Principauté est très à l’écoute sur ces questions.

Justement, que pensez-vous du droit des femmes à Monaco ?

Des lois ont été votées, l’AVIP a été créée. Depuis 7 ou 8 ans, il y a vraiment eu de grosses avancées législatives. Monaco est en pointe sur ce sujet.

Propos recueillis par Maxime Dewilder

(1) 15 rue Louis Aureglia. Renseignements : 93 25 00 07. www.avip-monaco.org/fr/

 

écrit par La rédaction