Patrick-Rinaldi

« L’UP n’a pas rejoint R&E »

POLITIQUE / Le président de l’union pour la principauté, Patrick Rinaldi, explique pourquoi son groupe politique a rejoint la liste d’union présentée par Rassemblement & Enjeux pour les élections de février 2013;

 

Alors, finalement l’UP a rejoint R&E ?
L’Union pour la principauté (UP) n’a pas rejoint Rassemblement & Enjeux (R&E). En fait, R&E, l’UP, Synergie Monégasque (SM) et les indépendants sont ensemble sur une même liste. Mais personne n’a rejoint l’autre.

Comment se sont déroulées les discussions ?
Lorsque j’ai pris la présidence de l’UP, j’avais promis de rencontrer tous les responsables politiques monégasques. Ce que j’ai fait. Début juillet, on a donc rencontré l’Union des Monégasques (UDM). Et on ne peut pas dire que ça ait été concluant. Même chose avec l’Union nationale pour l’avenir de Monaco (UNAM) où les discussions n’ont pas abouties.

Les conséquences ?
Assez vite, on est arrivé à la conclusion qu’après nous avoir quitté un an auparavant, les élus UDM n’avaient pas changé de discours. Du coup, nos valeurs n’étaient plus les mêmes.

C’est-à-dire ?
Il y a chez l’UDM une certaine dérive qui nous gêne. Et puis sur le dossier de la réforme des retraites, c’est parti dans tous les sens. Or, on ne pouvait plus attendre. Il fallait faire cette réforme.

Mais l’UDM estimait que c’était un texte de loi complexe qui nécessitait plus de temps ?
C’était un texte très technique. Mais je ne vois aucun de nos élus capable de réaliser une nouvelle étude sur le régime de retraite monégasque. Il faut arrêter. Il y a déjà eu plusieurs études qui sont toutes arrivées à la même conclusion : il fallait réformer notre système de retraite. Or, quand on est un élu, il faut être responsable. Et avoir le courage de voter un texte.

Ce texte a cristallisé pas mal de tensions ?
Quand on écoute le rapporteur de ce texte sur la réforme des retraites, on a l’impression que l’UDM a tout fait, et que les autres n’ont rien fait. Une fois de plus, ça a été un grand moment d’hypocrisie. Et ce qui me gêne aussi, c’est la position du président du conseil national, Jean-François Robillon qui a parlé de « malentendu. » Or, on en est au énième malentendu de la part du président du conseil national. Vu le poste qu’il occupe, il serait temps qu’il entende correctement ce qu’on lui dit. Et notamment les Monégasques.

Impossible de recoller les morceaux avec l’UDM ?
Impossible. Même s’il ne faut pas renier le passé. Car il faut s’en servir pour construire ensuite. Donc après avoir rencontré l’UDM et l’UNAM, on s’est tourné vers R&E et Laurent Nouvion.

Le contact a été meilleur ?
C’est complètement différent. Même si on s’est engueulé avec R&E, on regarde devant. Si Anne Poyard et Laurent Nouvion n’ont pas toujours été d’accord, ils se sont toujours parlés. Et les passes d’armes verbales sont restées politiques. Il n’y a jamais eu d’attaques personnelles car il y a du respect.

Mais en mars 2011, lors de l’AG de l’UP, Anne Poyard, présidente de l’UP à l’époque, a durement critiqué R&E !
A cette époque, l’UDM venait de claquer la porte de l’UP. Et à ce moment là, l’objectif c’était de barrer la route à R&E. Et puis, on a évolué. On s’est aperçu ensuite que le positionnement au sein du conseil national n’a plus été le même. Du coup, intelligemment R&E et l’UP se sont rendus compte qu’on avait des valeurs communes. Et dès fin juillet, on savait qu’on ferait liste commune, même si on savait qu’on serait attaqué et critiqué. Car on est fort de nos différences. Et on est très fort de notre union.

Quelles valeurs communes vous avez avec R&E ?
Le futur, pour les Monégasques. Ce qui nous a poussé à faire un pari : remettre tout à plat sans discuter de réélection pour des postes au conseil national. Ce qui nous intéresse c’est de présenter aux Monégasques un objectif, un contrat politique qui devrait être communiqué courant octobre.

Vous allez prendre position sur quels sujets ?
Les Monégasques ont envie de connaitre nos positions vis-à-vis de l’Europe. Autre sujet important : la position qu’a aujourd’hui notre liste Horizon Monaco sur les finances publiques. Car si la principauté veut faire du social pour les Monégasques, pour Monaco et pour les enfants du pays, il faut des finances saines. Il y a un juste équilibre à trouver.

Comment vous avez défini le nombre de candidats UP sur cette liste ?
Au départ, on avait dit que pour deux candidats R&E, il y aurait un candidat UP. Mais comme il y avait de plus en plus de monde intéressé par cette liste, on a décidé de laisser de la place. D’ailleurs, on avait les moyens de présenter deux listes de 24 candidats. Et je peux vous dire que la deuxième liste aurait aussi eu de la gueule !

Au final, combien de candidats UP alors ?
Cinq : Anne Poyard, Jean-Michel Cucchi, Thierry Crovetto, Christophe Robino et le retour de Sophie Lavagna.

Mais après avoir démissionné du conseil national en avril 2011, Sophie Lavagna a assimilé l’UP à « une secte » (1) ?
Il n’y a pas de contradiction à voir aujourd’hui revenir Sophie Lavagna à l’UP. Parce que les personnes qu’elle visait ne sont plus à l’UP, mais à l’UDM.

Pourquoi Brigitte Boccone-Pagès ne se représente pas ?
Elle avait des attentes. Après, c’est une liste, un groupe, il y a une cohésion, ce qu’elle a bien compris. Et elle a décidé de laisser sa place. Il faut dire qu’au départ, on avait 8 candidats. Donc il a fallu que j’aille aussi voir les 2 autres qui n’ont finalement pas été retenus. Ce qui n’a pas été facile. Mais c’est aussi le rôle d’un président que de savoir dire non.

Et vous, pourquoi vous n’êtes pas candidat ?
Parce que j’estime que pour faire correctement son travail au conseil national, il faut au moins y consacrer un mi-temps. Or, j’ai un travail. Et c’est impossible pour moi. Donc on verra dans 5 ans. Du coup, je m’investis dans le comité de soutien de notre liste.

Votre rôle dans ce comité de soutien ?
Participer à toutes les réunions et essayer de faire passer au mieux toutes nos idées. A noter que tout le comité directeur de l’UP a déjà rejoint le comité de soutien d’Horizon Monaco. Mais on est ouvert à toutes les personnes de bonne volonté.

Pourquoi ne pas avoir organisé des primaires, comme l’a fait l’UDM ?
A l’UP, on ne prend pas nos électeurs pour des imbéciles. Organiser des primaires truquées, où on a ajouté des gens en sachant qu’ils ne seraient pas élus, tout en restant avec 16 candidats parce qu’on a 16 copains ou 16 copines, moi, je ne sais pas faire !

La force de votre liste ?
C’est son équilibre. Comme l’a dit Laurent Nouvion lors de notre meeting du 27 septembre, l’avantage de notre liste, c’est que, même si à Monaco c’est un sport national, il n’y a pas à panacher : le panachage est déjà fait ! Avec sur une même liste, l’UP, les indépendants, R&E et les représentants de l’époque du Rassemblement pour Monaco (RPM)…

Du coup, c’est la guerre avec l’UDM et l’UNAM ?
Non. Parce que notre liste est là pour faire des propositions pour Monaco. Et on est en guerre contre personne.

Mais l’UDM a parlé de votre liste comme d’une union nationale « contre-nature » et « à n’importe quel prix » ?
On ne va pas rentrer dans leur jeu. Car on a un projet, des propositions et ce qui nous intéresse c’est l’avenir de la principauté. Donc le jeu de la petite phrase, les attaques, on laisse tout ça à l’UDM.

Il risque d’y avoir des tiraillements entre les fortes personnalités de votre liste ?
Pour la présidence du conseil national, en cas de victoire, ça sera Laurent Nouvion. C’est décidé et c’est même signé. Donc ça ne posera pas de souci.

En cas de victoire, comment s’assurer que votre liste ne va pas imploser au fil du temps ?
D’abord, nos discussions et nos échanges n’ont jamais eu pour base le nombre de sièges à pourvoir. Ce sont les idées dont on a discuté en priorité. D’ailleurs, les questions liées au nombre de candidats pour chaque groupe ont été traitées lors de la toute dernière réunion. Ensuite, je crois que cette liste est composée de gens capables de parler et de s’écouter. Ce qui est très important.

Mais il y aura toujours des divisions entre les différents groupes politiques ?
Nos axes d’approche sont peut-être parfois différents selon les sujets abordés, mais on va tous dans la même direction.

Les grandes lignes du projet politique d’Horizon Monaco ?
Le socle de notre projet c’est une gestion et une économie saine pour avoir les moyens d’avoir un social à l’image de Monaco. Le tout, dans une belle indépendance. Ce n’est pas l’Europe qui gouverne en principauté. Ce sont ces fondements là qui nous ont rassemblé avec R&E.

Vous êtes d’accord avec Laurent Nouvion lorsqu’il dit que le béton c’est le « pétrole de Monaco » ?
A partir du moment où le béton est bien coulé, que ça a de la gueule, et que ce « pétrole » ne pollue pas trop… Je dis oui. Avec un juste équilibre bien sûr.

Les grands rendez-vous jusqu’au 10 février 2013 ?
Cinq soirées thématiques quartier par quartier qui se déroulent en octobre. Parce que ce que les gens ressentent à Fontvieille n’est pas forcément vrai au Larvotto. Ensuite, il y aura trois meetings en novembre, décembre et janvier.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) L’ancienne présidente de la commission Législation Sophie Lavagna a démissionné du conseil national en avril 2011. Dans une interview à Monaco Hebdo, elle estime alors à propos de l’UP qu’il est « négatif qu’à l’échelle de Monaco, un parti s’assimile à ce point à une secte. On assiste à une bagarre des égos. C’est franchement navrant et dangereux. D’ailleurs les observateurs ne s’y trompent pas : les gens vont désormais au conseil national comme ils iraient au cirque. »

 

FLASHBACK/
Quand l’UP critiquait R&E

 

En mars 2011, lors de son assemblée générale, Anne Poyard avait expliqué : « Nous allons travailler pour qu’en 2013, les fantômes du passé ne réapparaissent pas. Car il faut être clair et ne pas se tromper d’adversaire. Si l’énergie dépensée à mettre les choses au clair au sein de l’UP est fondamentale aujourd’hui, si cela paraît laisser du champ libre à R&E, c’est pour que nous soyons demain en capacité de leur barrer la route de 2013. »
Avant d’ajouter, toujours à propos de R&E : « Voulez-vous le retour du clanisme ? Voulez-vous que Monaco se noie dans un espace européanisé neutre et gris ? Voulez vous le retour de l’hyper libéralisme ? A les entendre, il faudrait imaginer un Monaco réservé aux grosses fortunes. La politique d’un pays ne s’achète pas forcément avec des millions, il ne suffit pas de côtoyer les salons dorés pour comprendre la réalité des familles monégasques et où se situe la stabilité d’un pays. » Reste donc à savoir si l’alliance de l’UP avec R&E parviendra à aller au-delà de ce discours qui avait marqué les esprits._R.B.