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« L’essor de la finance
alternative est inéluctable »

FINANCEMENT/Monaco ne pouvait pas demeurer le seul Etat en Europe (avec le Vatican) à ne pas disposer d’une plateforme de crowdfunding. Depuis 2015, Monaco Crowdfunding joue ce rôle de catalyseur de projets.

Depuis son démarrage mi-2015, la plateforme Monaco Crowdfunding a permis de financer 18 projets. Dans les campagnes associatives les plus emblématiques, on retrouve la collecte de 150 000 euros pour la réintroduction des hippocampes dans la réserve marine du Larvotto (au profit de la Fondation Prince Albert II de Monaco) ou encore les 10 000 euros obtenus en un temps record (24 heures !) pour l’opération “Sauvez Nato” (au profit du Monaco Collectif Humanitaire avec le concours du footballeur Olivier Giroud). Terre de Monaco a de son côté pu monter son projet d’agriculture urbaine très rapidement, réussissant à offrir 1 400 m2 d’exploitation intramuros…

Au fil des mois, la société a peaufiné son modèle économique. « Le modèle de crowdfunding, tel qu’il existe en Europe, n’est pas transposable à Monaco. Monaco Crowdfunding s’est adaptée à l’environnement économique de la Principauté avec une offre innovante de validité des concepts (validated learning) et de campagnes privées (réservées à des investisseurs qualifiés ou professionnels). En juillet 2016, Monaco Crowdfunding a réalisé avec succès sa première augmentation de capital et des propositions d’entrée au capital émanant de fonds européens sont à l’étude », explique Sébastien Prat, le dirigeant fondateur de cette plateforme.

Responsabilité collective

Alors évidemment, les projets présentés ne rencontrent pas toujours le succès. « Un tiers n’ont pas atteint l’objectif financier. » Mais en cas d’échec, le dirigeant y voit une responsabilité collective. « Monaco Crowdfunding, pour ne pas avoir éventuellement décelé le manque d’implication du porteur du projet. Le porteur de projet qui attend tout de la plateforme et considère, une fois le projet mis en ligne, qu’il n’a plus rien à faire ou qu’il ne doit pas impliquer ses réseaux sociaux, ses clients ou ses adhérents. Les contributeurs qui n’ont pas toujours perçu l’intérêt de soutenir un projet utile. »

Projets durables

Reste que la plateforme de crowdfunding (la seule à bénéficier à ce jour d’une autorisation d’exercice en principauté) est devenue selon son fondateur « un véritable catalyseur de projets du monde entier », affluant de Zambie, Suisse, Sénégal, France, Etats-Unis, Ouganda, Espagne… Et visiblement, ce n’est qu’un début. « Nous allons ouvrir la plateforme à certaines associations françaises sur des projets de qualité. Plateforme d’impact investing, Monaco Crowdfunding met en relation des investisseurs et des porteurs de projets durables et responsables comme CleanData Innov, basée à Monaco, spécialisée dans la mesure et l’analyse des émissions de CO2, Fontaineo, société française spécialisée dans l’implantation de fontaines publiques en espace urbain, et enfin, NoFuel un projet monégasque de navettes nautiques premium 100 % électriques et connectées », annonce Sébastien Prat. Monaco Crowdfunding propose également de financer le développement de plusieurs sociétés, notamment impliquées dans la lutte des maladies nosocomiales ou dans la fabrication de produits in vitro destinés à la recherche médicale et à la pharmacologie. « L’essor inéluctable de la finance alternative doit être perçu comme une opportunité pour soutenir un écosystème d’entreprises innovantes et responsables en principauté. Monaco Crowdfunding entend y participer », conclut le chef d’entreprise.

_Par Sabrina Bonarrigo et Milena Radoman

 

Des anges gardiens en quête de success stories

ARGENT/A Monaco, on trouve aussi des Business Angels ou “investisseurs providentiels”. Présidé par le résident monégasque Mauro Dell’Orco, le réseau Angels’ Bay Invest a investi dans trois pépites.

Lorsqu’il est arrivé en principauté il y a 7 ans, Mauro Dell’Orco pensait déjà à investir dans des start-up innovantes. « Monaco est une belle plateforme pour tester un concept, c’est une sorte de laboratoire », explique l’Italien de 51 ans, qui a fait toute sa carrière à la Cegedim. Cet informaticien de formation (MBA à l’université Bocconi de Milan) a alors logiquement rejoint les réseaux de Business Angels de la région (Sophia Business Angels et Méditerranée Investissements), avant de fonder en 2016 Angels’ Bay Invest, qui regroupe aujourd’hui une trentaine de membres.

Retour sur investissement

Ces « investisseurs providentiels » soutiennent financièrement les start-up innovantes et mettent à la disposition du chef d’entreprise leur expérience et leur réseau. Leur profil ? 80 % d’hommes, la cinquantaine, pour beaucoup ex-entrepreneurs ou managers fortunés de la Côte d’Azur et Monaco. Attention, il n’est pas question de mécénat. « Le Business Angel était devenu le “pigeon” du financement. Il entrait dans la start-up au moment le plus risqué, une venture capital arrivait et lui demandait de sortir… Aujourd’hui, on cherche clairement un retour sur investissement en coinvestissant dès le début avec tous les acteurs du financement », explique Mauro Dell’Orco. Ce qui explique la sélection draconienne de projets opérée par Angel’s Bay Invest. « Nous nous comportons comme un fonds d’investissement. Nous avons adopté la technique de l’entonnoir. Repérage de projet grâce à nos “sentinelles”, comité de sélection, instruction des dossiers, évaluation du deal… Sur les 161 dossiers reçus en 2016, après filtrage, nous avons sélectionné trois start-up. » A savoir notamment eLichens, une société basée à Grenoble et dans la Silicon Valley produisant une plateforme complète intégrant des capteurs basse consommation et des stations de qualité de l’air — qui a levé 3 millions d’euros. Quant à CardiaWave, qui a reçu le Prix du président de la République, elle développe une technologie médicale non invasive pour soigner la sténose aortique. « Les premiers tests animaux ont très bien fonctionné. Si ça marche sur l’humain, c’est révolutionnaire », s’enthousiasme le résident monégasque. Conscient aussi que comme pour tout investissement, « le pari est important, ça passe ou ça casse… » Pour le réseau Angels’ Bay Invest, c’est un avantage d’avoir un pied à Monaco et un autre dans l’Hexagone. Surtout avec l’effet de levier existant en France. « L’investisseur est très bien couvert par l’Etat. Grâce au réseau France Angels, pour 1 euro investi, il y a un levier de 3,5 entre la BPI (Banque publique d’investissement), la région et les autres institutions », explique Mauro Dell’Orco, qui va bientôt signer un accord avec la région PACA.

_Milena Radoman

(1) France Angels, la fédération de réseaux de Business Angels, depuis 2001, c’est 500 millions d’euros investis au total, 3 000 entreprises créées, 15 000 emplois créés ou maintenus.