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« Des prévisions de pollution à J+1 et J+2 en 2018 »

ENVIRONNEMENT/Avec 200 capteurs répartis dans 80 stations, Air Paca cartographie la qualité de l’air dans la région. Et en 2018, à Monaco. Suite à un accord avec l’Etat monégasque, la population monégasque pourra suivre la pollution sur le territoire, comme l’explique à L’Obs’ Xavier Villetard, directeur opérationnel de l’association.

Surveillez-vous également la qualité de l’air à Monaco ?

Monaco a son propre réseau de stations de surveillance. Les autorité environnementales monégasques mesurent leurs propres valeurs et publient un rapport annuel. Leur volonté est de s’aligner sur les mêmes valeurs de références et obligations européennes que nous. Depuis deux ans, Air Paca a pris en charge le maintien technique des stations et nous mettons en place un modèle de qualité de l’air à Monaco.

Vous venez de signer un accord. Quel est l’apport pour le citoyen ?

Notre partenariat, initialement technique, prend effectivement une autre dimension. On a signé les accords il y a quelques jours. On a bon espoir de mettre en place un système de modélisation d’ici un an ou deux. On va ainsi modéliser les niveaux de pollution en particules, oxydes d’azote, et ozone. L’objectif est de répliquer ce qu’on met en place dans la région Paca. A savoir une carte qui s’actualise tous les jours et offre des prévisions de pollution à J +1 et J +2. On va essayer de faire mieux et d’affiner l’analyse. Comme Monaco est escarpé, avec des immeubles en hauteur, on va tenir compte de la 3D et intégrer la dimension bâti.

Ce qui permet de connaître les niveaux de pollution en fonction des rues et des immeubles ?

La complexité de Monaco, c’est que le territoire est côtier mais très pentu. Par moments, la pollution reste bloquée dans la ville et ne peut s’évacuer s’il n’y a pas de bonnes conditions de dispersion. L’atmosphère est suffisamment grande pour absorber la pollution générée sauf quand il n’y a pas de vent.

Dans les idées préconçues, on imagine que les zones côtières sont moins polluées. C’est vrai ?

Ça dépend des moments… Grâce à la présence de la mer, il y a toujours du vent en bord de mer. Une brise de mer emmène la masse d’air vers le large, un vent de terre, vers la terre… Tout dépend de la période de la journée. Cette alternance entre le jour et la nuit va permettre une dispersion plutôt favorable. Mais dans les périodes où il n’y a pas de vent, suivant la configuration de la côte, on peut avoir une accumulation ponctuelle et localisée, qui va gêner les gens.

Avec des impacts sur la santé ?

Cela peut effectivement avoir un impact sur la santé chez les personnes sensibles. Les allergiques, les personnes âgées, les insuffisants respiratoires et les enfants en bas âge.

Vous recommandez d’ailleurs d’éviter le footing sur la promenade des anglais. Cette préconisation est transposable à Monaco, le long de la mer ou près de la voie rapide ?

Je ne connais pas bien la topographie de Monaco mais il est évident qu’il faut éviter de courir sur un axe de trafic important, à proximité des pots d’échappements, même en bord de mer ! Si on a une route derrière soi, on subit la pollution de la route. La zone d’impact d’un axe routier principal, c’est entre 200 et 300 mètres. De manière générale, il vaut mieux surventiler et faire du sport le matin et en fin de journée (soit éviter les périodes entre 10h et 17h)…

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POLLLUTION/Selon Air Paca, et un rapport de la préfecture des Alpes-Maritimes de septembre 2017, sur le département des Alpes-Maritimes, une part importante des résidents est soumise à des niveaux de pollution supérieurs aux seuils sanitaires recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé. Cela est particulièrement le cas pour les pollutions à l’ozone (100 % des habitants), aux particules en suspension (27 %) et aux oxydes d’azote (9 %).

Air Paca insiste également sur la pollution de l’air par les navires ?

C’est un sujet qui avait été un peu négligé jusqu’alors. La prise de conscience est récente. Avec la baisse des émissions de gaz à effet de serre sur terre, le poids des émissions polluantes en mer augmente. Le secteur maritime va devoir agir.

Il représente une source de pollution de l’air importante ?

A Marseille, la pollution des bateaux au port représente 10 à 15 % des émissions d’oxyde d’azote et de particules. Les bateaux fonctionnent avec le carburant le plus sale de tous les moteurs. Le fioul de soute est le carburant le moins raffiné et génère le plus de pollution au moment où on le brûle. Les populations sont impactées quand les bateaux sont à quai, à portée des habitations. Et cela concerne tous les types de bateaux, pas seulement les paquebots de croisières. Je pense aux navires qui transportent du fret ou du vrac (charbon, céréales, etc). Heureusement, la réglementation sur leur carburant doit évaluer à partir de 2020 au niveau mondial. L’amélioration ne portera pas sur tous les polluants mais uniquement sur le niveau de souffre. C’est dommage mais c’est déjà mieux que rien…

Et en Méditerranée ?

Certaines zones géographiques ont pris de l’avance. En mer duNord et sur la Manche, les bateaux doivent déjà utiliser du carburant moins souffré ou mettre des filtres sur les bateaux. Ce n’est pas le cas en Méditerranée, faute d’accord politique trouvé entre les pays européens, nord africains et asiatiques moyen-orientaux.

Quel est votre sentiment sur la Cop 23 ?

Les Cop ont tendance à parler uniquement de gaz à effet de serre et de réchauffement climatique. Le climat, c’est une chose, mais il ne faut pas oublier de prendre en compte les impacts sanitaires de la pollution de l’air. C’est un aspect qui passe au second rang… Par exemple, nous sommes particulièrement vigilants sur le combustible bois. Il est considéré comme un combustible vert et renouvelable, qui ne compte pas dans les bilans de gaz à effet de serre, alors que si la combustion de bois n’est pas maitrisée, elle peut générer beaucoup de pollution en termes de particules. C’est tout le débat actuel sur les centrales à bois et charbon.

écrit par Milena